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Qui sont les ravisseurs des sept Français enlevés au Cameroun ? Des négociations sont-elles possibles avec leurs ravisseurs ? Éléments de réponses avec Marc-Antoine Pérouse de Montclos, spécialiste du Nigeria, invité sur FRANCE 24.

Au lendemain de la revendication, dans une vidéo postée sur YouTube, de l'enlèvement des sept Français kidnappés au Cameroun le 19 février par le groupe islamiste Boko Haram, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chargé de recherche au Centre population et développement (CePed), spécialiste du Nigeria, répond aux questions de FRANCE 24.

FRANCE 24 : La vidéo diffusée lundi permet-elle d'affirmer que les auteurs de l'enlèvement appartiennent à la secte Boko Haram?

Marc-Antoine Pérouse de Monclos : Certes, beaucoup d'éléments indiquent que le groupe émane de Boko Haram. Mais il faut rester extrêmement prudent. Tout d'abord, la secte Boko Haram n'a encore jamais commis d'enlèvement d'expatriés. Ensuite, la vidéo n'a pas été révendiquée par le leader de la secte, Abubakar Shekau, mais seulement par un groupe qui dit appartenir à Boko Haram.

Qui d'autre pourrait se cacher derrière cet enlèvement ?

M.-A. P. M. : La vidéo montre des personnes armées qui se réclament de Boko Haram, qui demandent la libération de femmes, emprisonnées au Nigeria, et d'hommes militants de Boko Haram, incarcérés au Cameroun. Plusieurs questions demeurent toutefois en suspend : la vidéo a t-elle été tournée au Nigeria ? Date-t-elle de lundi ou de la semaine dernière ?  Nous n'en savons rien pour le moment. J'ai l'intuition qu'il s'agit d'une cellule autonome qui émane de Boko Haram mais qui n'a pas forcément agi sur ordre. Certains communiqués des responsables de la secte disent n'être pour rien dans cet enlèvement. Ils se sont peut-être trouvés un peu par hasard face à cette famille de touristes français dans le parc naturel de Waza. Le groupe, qui sillonnait la région située entre les frontières nigérianes et camerounaises, a alors dû décider d'enlever les Français sur sa propre initiative.

Doit-on craindre pour la vie des otages ?

M.-A. P. M. : Dans l'hypothèse où il s'agirait d'un enlèvement crapuleux, il y a de la place pour des discussions. Il peut y avoir une demande de rançon en sous main - non exprimée dans la vidéo -, qui laisse la place à une négociation  financière, et non pas seulement politique.

La secte Boko Haram est-elle aujourd’hui suffisamment puissante pour étendre son action dans le sud du Nigeria ?

M.-A. P. M. : C’est la question que tout le monde se pose. Ma crainte est que, parmi les groupes gravitant autour de Boko Haram, certains s’en séparent et deviennent des groupes terroristes professionnels susceptibles d'étendre leur action dans le sud. Il ne pourrait s'agir, en tout cas, du canal historique de la secte qui, lui, est très ancré dans le Nord. Ces groupes autonomes pourraient alors se fondre dans la population, à Lagos par exemple, ou dans les grandes villes économiques méridionales qui présentent des cibles stratégiques : une institution étatique, une ambassade, un pont, etc.