
L’Italie s’est enfoncée dans une impasse au terme des législatives. Alors que la coalition centre-gauche va contrôler la Chambre des députés, aucune formation ne s’impose au Sénat. De nouvelles élections pourraient être nécessaires.
C’est un peu le scénario du pire qu'est en train de vivre la gauche italienne. Après un décompte quasi-définitif, les résultats des élections législatives des 24 et 25 février se sont traduits par une déconvenue de taille pour les démocrates de Pier Luigi Bersani. Si, conformément aux prévisions, son parti remporte bien la majorité des sièges à la Chambre des députés, c’est en revanche la désillusion dans la course au Sénat.
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Selon des chiffres du ministère de l'Intérieur portant sur plus de 99,9 % des bureaux de vote, c'est bien Silvio Berlusconi, allié à la Ligue du Nord, qui crée la surprise en arrivant en tête à la Chambre haute, dont le rôle en Italie est aussi important que celui de la Chambre des députés. En vertu d’une loi électorale complexe, la gauche remporte 97 sièges, avec 31,63 % des voix, contre 110 à la droite, bein que si celle-ci n'obtienne que 30,71 % des voix.
Preuve qu’après une année de cure d’austérité, une grande partie des électeurs italiens a préféré se rallier aux idées anti-européennes de Silvio Berlusconi, parti sous les huées en novembre 2011, et que "l’on donnait pourtant mort politiquement", rappelle Caroline de Camaret, envoyée spéciale de FRANCE 24 en Italie.
"Un vote choc"
L’actuelle loi électorale en Italie est si complexe qu’elle a été surnommée "Porcellum", (porcherie). La Chambre des députés, Chambre basse, compte 630 sièges tandis que le Sénat en compte 315 (plus quatre sénateurs nommés à vie). Tous les sièges seront pourvus à l’issue des élections générales du 24 et 25 février. Les sièges dans les deux chambres sont répartis de façon proportionnelle, dans le respect de certaines limites visant à encourager les partis à former des coalitions. Celle qui arrive en tête se voit décerner le "prix de la majorité" à la Chambre des députés qui lui garantit au moins 340 des 630 sièges. " Le prix de la majorité" s'applique également au Sénat, mais sur une base régionale, ce qui rend plus difficile pour une coalition d’obtenir une majorité de sièges dans les deux chambres.
Reste que, en ce mardi matin, les résultats définitifs n’augurent rien de bon. Car même en cas d'une hypothétique alliance entre la gauche et le centre du chef du gouvernement sortant Mario Monti, aucune majorité claire, soit 158 sièges, ne se dégagerait au Sénat. Impossible en l'état actuel des choses de former un gouvernement. C’est "un vote choc qui nous donne un Parlement bloqué", titrait ce matin le "Corriere della Sera". "Le pays affronte une situation très délicate", a commenté de son côté Pier Luigi Bersani.
"Pour former un gouvernement, il faudrait que le Parti démocrate trouve des alliances", explique Tristan Dessert, correspondant de FRANCE 24 à Rome, "or elles seront forcément improbables, forcément fragiles (...) Et en face, il y a Berlusconi et Grillo qui peuvent bloquer toute avancée au Sénat puisqu'à eux deux, ils sont majoritaires".
Silvio Berlusconi a toutefois indiqué ce mardi, dans une interview télévisé, qu'il ne serait pas contre l'idée d'une alliance avec le centre-gauche de Bersani...
Beppe Grillo graind vainqueur
Selon les résultats officiels, Beppe Grillo, seul véritable vainqueur du scrutin, obtient aux alentours de 25 % dans chacune des deux chambres, devenant de fait la troisième force politique du pays. Surfant sur une vague de contestation populaire, le MouVement cinq étoiles de l’ancien humoriste, devenu homme politique, a donc su séduire de nombreux Italiens lassés de la classe politique traditionnelle.
En face, le grand perdant reste le chef du gouvernement sortant, Mario Monti, dont la coalition ne dépasse pas les 10 % des suffrages. Du jamais vu pour un président de Conseil sortant. Bien que "Super Mario" et son gouvernement technique soient parvenus à redonner de la crédibilité à l'Italie face aux marchés, l'austérité aura eu raison de sa popularité éphémère.
Retourner aux urnes ?
Les principales places boursières européennes ont clôturé en forte baisse au lendemain des législatives italiennes, ce mardi. Alors qu'à Paris, le CAC 40 chute de 2,67 % en fin de séance, les Bourses de Londres, de Francfort et de Milan ont respectivement perdu 1,34 %, 2,27 % et 4,89 %. Ces tendances reflètent la crainte des marchés de voir l'Italie s'engager dans une impasse politique à la suite du scrutin et des répercussions que cette situation pourrait avoir sur la zone euro.
Selon plusieurs responsables du Parti démocrate, de nouvelles élections pourraient bien avoir lieu pour débloquer la situation. "Il faudrait réformer la loi électorale et retourner aux urnes", déplore Stefano Fassina, un cadre du parti en charge des questions économiques. Une option que les marchés financiers et les partenaires européens de l'Italie ont toujours redoutée.
"Il s’agit de la pire issue possible du point de vue des marchés (...) Mais de nouvelles élections semblent inévitables", a commenté Alessandro Tentori, de la compagnie financière Citigroup. "Ce serait en effet un désastre dans le troisième pays de la zone euro confronté à une grave crise de la dette", ajoute de son côté Caroline de Camaret.
Seul le démocrate Enrico Letta se veut plus optimiste et tente de croire dans la formation d’un gouvernement. "Le vainqueur a la responsabilité de faire les premières propositions au chef de l’État" Giorgio Napolitano, a-t-il déclaré. "Un retour aux urnes se semble pas aujourd’hui la meilleure option à suivre", a-t-il ajouté.