
D’après la presse australienne, celui qui est présenté comme Ben Zygier s’apprêtait à faire des révélations sur l’utilisation de passeports étrangers par les services secrets israéliens.
L’affaire est digne d’un scénario hollywoodien. Alors que les révélations s’enchaînent sur le mystérieux "prisonnier X" retrouvé pendu le 15 décembre 2010 dans sa cellule israélienne, la presse australienne affirme ce vendredi 15 février que cette affaire pourrait être liée à la mort d’un chef militaire du mouvement palestinien Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, abattu par des agents du Mossad ayant notamment la nationalité australienne, dans un hôtel à Dubaï en janvier 2010.
"Il se peut que Zygier [le "prisonnier X" est présenté par la chaîne australienne ABC sous l’identité de Ben Zygier, ndlr] s'apprêtait à sonner l'alarme mais il n'a pas pu le faire", a déclaré vendredi au "Sydney Morning Herald" Warren Reed, un ancien agent des services secrets australiens. Selon le quotidien, les informations qu’il allait dévoiler portaient sur des opérations et des pratiques du Mossad, notamment le recours à de faux passeports australiens. "Et s'il divulguait cette information à quelqu'un appartenant à des services secrets ennemis […] il aurait pu porter atteinte à la sécurité nationale d'Israël non pas de manière immédiate, mais à cinq, dix ou quinze ans", a avancé l'ancien agent secret sur ABC, vendredi.
Des ressortissants australiens liés à l’assassinat d’une figure du Hamas
À l’époque, l’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh avait fait grand bruit. Membre fondateur des bridages Izz ad-Din al-Qassam, bras armé du Hamas, l’homme était traqué par les services secrets israéliens pour avoir tué deux soldats de Tsahal en mars 1989. Il était également considéré comme un maillon essentiel de la contrebande d'armes à destination de Gaza. Le 20 janvier 2010, au lendemain de son arrivée incognito à Dubaï, Mahmoud al-Mabhouh était retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel.
La police de la ville-État avait accusé les services secrets israéliens d'avoir perpétré l'assassinat et assuré que les membres de l'équipe détenaient des passeports étrangers (non israéliens), dont quatre australiens. Un officier du Mossad ayant fait défection, Victor Ostrovsky, avait alors affirmé dans la presse australienne qu'Israël utilisait régulièrement de faux passeports australiens pour ses agents.
L'Australie est "un pays 'clean', qui bénéficie d'une bonne image, comme la Nouvelle-Zélande. Il n'y a pas beaucoup de pays comme ça et notre nationalité peut donc être très utile dans le domaine des services secrets", a ajouté Warren Reed. "Il n'y a pas qu'Israël qui le fait mais les services secrets israéliens dépendent sans doute de ce genre de chose plus que les autres", a-t-il également déclaré à Sky News.
Le "prisonnier X" arrêté peu de temps après l'affaire de Dubaï
En février 2010, soit quelques semaines après l’assassinat de cette figure du Hamas, le "prisonnier X " était arrêté en Israël pour des raisons de sécurité et enfermé dans la prison de Ramleh au sud de Tel-Aviv.
Le "prisonnier X" faisait partie d'un groupe d'au moins trois personnes dotées de la double nationalité israélo-australienne qui avaient émigré vers Israël. Tous faisaient l’objet d’une enquête de l’agence australienne de renseignements, l'ASIS, et avaient utilisé leur passeport australien pour se rendre en Iran, en Syrie et au Liban, des pays qui interdisent l'entrée aux détenteurs de passeports israéliens, ajoute le "Sydney Morning Herald".
Alors que la polémique enfle autour de cette affaire, le ministère de la Justice israélienne a annoncé, vendredi, l’ouverture d’une enquête complémentaire sur les circonstances entourant la mort du "prisonnier X", retrouvé mort dans sa cellule le 15 décembre 2010. La juge en charge de l’affaire veut notamment savoir s’il y a eu "des problèmes de négligence".