
Il est tôt ce vendredi lorsque le "France 4x4", emmené par Laure Manent et Valérie Defert, prend le départ pour la deuxième journée de course du Rallye Aïcha des Gazelles. Un parcours a priori sans embûches... Récit.
Le soleil est rasant, la brume se lève petit à petit sur le désert. Devant nous, un long plateau, quelques arbres ici et là ponctuent le paysage, le sol est légèrement caillouteux et assez roulant. Nous avançons sur deux, trois kilomètres sans problème. On s'arrête régulièrement pour faire le point, reprendre notre cap, le plus près possible de notre objectif.
Nous filons à 40 km/h environ sur un cap de 81 degrés. Le soleil nous éblouit, nous rabattons les pare-soleil et avançons un peu plus doucement pour mieux appréhender le terrain. Valérie est copilote sur cette étape, elle a les yeux rivés sur la carte pour suivre notre avancée sur la trajectoire que nous avons fixée. Je conduis et scrute le paysage malgré l'éblouissement.
Une courbe douce s'annonce à quelques dizaines de mètres, nous ralentissons pour franchir doucement l’oued. Sans à-coup. Je lève le pied de l'accélérateur et freine pour prendre la pente en diagonale. Nous continuons de nous rapprocher de la pente. Valérie continue d'analyser la carte. De mon côté, je cherche le bon passage pour passer l'obstacle. Tout d'un coup, tout s'accélère.
Nous réalisons que la pente n'existe pas : c'est une falaise ! Là, devant nous, à quelques mètres à peine maintenant. J'écrase la pédale de frein de toutes mes forces, Valérie lève la tête, aperçoit le vide, a à peine le temps de hurler "Accroche-toi !" pendant que je lui crie "Attention, on y va !" Un dernier coup de volant à gauche pour essayer de stopper la voiture parallèlement à la falaise. Peine perdue, nous sommes trop près du vide, le 4x4 est entraîné par sa force d'inertie, il bascule en une seconde.
"Miraculées"
La chute. Derrière l'écran du pare-brise, nous voyons le paysage basculer, nous sommes en train de chuter. Chacune s'accroche à ce qu'elle peut et contracte ses muscles au maximum pour absorber le choc. Nous ignorons la profondeur de la falaise avant d'avoir, pour ainsi dire, le nez dessus. Quelques mètres - cinq tout de même - et nous percutons le sol.
Silence.
Quand nous rouvrons les yeux, nous réalisons que nous sommes tombées... et que nous ne sommes pas blessées ! Incroyable. Nous regardons nos jambes pour voir si l'adrénaline n'est pas en train de nous empêcher de ressentir des douleurs. Valérie me demande aussitôt comment je vais. Elle va bien elle aussi, c'est un énorme soulagement.
La voiture est couchée sur le flanc gauche et fait face à la falaise. A travers le pare-brise, nous voyons de l'huile goutter du capot, le moteur ne tourne plus mais le contact est toujours mis. Valérie est suspendue en l'air, tenue par sa ceinture de sécurité, je suis couchée sur le côté, des bouteilles d'eau, nos instruments de navigation et les cartes sont tombés sur moi. Je ne vois rien, j'ai du mal à respirer.
Valérie me dégage alors que je sens que je suis à deux doigts de me mettre à paniquer. Elle me demande de l'aider à se détacher, elle s'installe à côté de moi et nous ôtons nos casques. Nous sommes à l'étroit, tout est sens dessus-dessous, nous nous sentons oppressées, nous commençons à suffoquer.
Miss France à la rescousse
La portière et la fenêtre du côté du copilote sont bloquées, le pare-brise intact, impossible de sortir. Nous essayons de contacter les secours grâce à l'Iritrack, cette balise qui signale notre position au PC course en permanence. Impossible de la faire fonctionner, les fils sont arrachés et elle a volé à travers l'habitacle.
Nous nous souvenons que nous avons croisé quelques minutes plus tôt l'équipage 192, celui d'Alexandra Rosenfeld et Valérie Bègue, deux anciennes Miss France. Elles allaient dans la même direction que nous et ne doivent pas être très loin. Nous appuyons sur le klaxon à plusieurs reprises, pendant plusieurs minutes, en espérant qu'elles nous entendent et pourront appeler les secours.
Nous essayons de sortir ; on envisage de briser le pare-brise à coups de pieds et de casques avant de réaliser que l'une des fenêtres arrière est complètement brisée. Valérie rabat le siège du passager et je grimpe à travers le coffre pour sortir. Nous craignons que le véhicule ne bascule à nouveau mais tout semble stable. On sort enfin !
On peut à nouveau respirer normalement, c'est un grand soulagement. On s'éloigne de la voiture, de peur qu'elle ne s'enflamme.
Quelques instants plus tard, les Miss France arrivent. Elles déclenchent leur balise de sécurité et appellent le PC course pour demander des secours. Elles expliquent que la voiture est couchée, très endommagée, mais que nous allons bien et que nous sommes debout. Quelques minutes plus tard, une voiture de l'organisation arrive avec les ordres des médecins : nous coucher immédiatement, ne pas faire d'efforts. Les secours suivent très rapidement, un 4X4 avec Laetitia, l'un des médecins de l'organisation, arrive suivi de l'hélicoptère avec un autre médecin, Julien. Il tourne autour de nous et se pose à quelques mètres.
La prise en charge est immédiate, un médecin pour chacune d'entre nous. L'air grave sur leurs visages nous affole. Ils commencent à nous ausculter, vertèbre par vertèbre, membre par membre. Après une heure d'observation minutieuse, les médecins nous livrent leur diagnostic : nous sommes officiellement indemnes ! De vraies miraculées.
Repartir ?
Valérie veut repartir aussitôt, on supplie les mécaniciens de faire tout leur possible pour remettre notre "France 4x4" d'appoint. Les espoirs sont réduits mais pas nuls. Un camion plateau de l'organisation vient récupérer le véhicule et le déposer dans une ville voisine où Aziz, un mécanicien hors-pair, nous dit-on, vient l'examiner. Son diagnostic est mitigé, il doit démonter pour voir si on peut sauver la voiture. Nous croisons les doigts et espérons que nous pourrons repartir, pour nos sponsors, nos collègues, nos proches... tous ceux qui ont cru en nous.
Finalement, le verdict du mécanicien tombe : la voiture est trop endommagée pour pouvoir repartir.
La chute a été rude, la déception est immense. Le moral en prend un coup, nous oscillons en permanence entre la joie d'être en vie, indemnes, et la tristesse profonde de devoir abandonner la course pour laquelle nous nous sommes investies à fond depuis un an. Mais l'accident fait partie des risques lorsqu'on participe à une course automobile. Nous ne sommes pas les premières Gazelles à quitter le rallye... et nous ne seront sans doute pas les dernières. Cela n'en reste pas moins difficile à accepter.
Mais nous refusons de rester sur cette déception et nous y retournerons : l'organisation nous a déjà inscrites pour l'année prochaine. Et cette fois, jusqu'au bout !