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Abolition de la peine de mort, légalisation du cannabis ou port du préservatif dans les films pornos... Tous ces sujets, entre autres, qui préoccupent les Américains seront soumis à référendum, en marge de l’élection présidentielle le 6 novembre.

Légalisation du cannabis et du mariage gay, interdiction de la peine de mort ou encore obligation du port de la capote pour les acteurs de films pornos…  Les électeurs américains seront amenés à se prononcer mardi sur ces questions de société, autant celles qui divisent en profondeur les Américains que d'autres moins polémiques. Plus de 170 référendums locaux sont en effet organisés dans 38 des 50 États américains en parallèle de l’élection présidentielle.

La procédure référendaire est ancienne aux États-Unis et essentielle aux yeux des Américains, qui ont parfois modifié le cours de leur Histoire et le visage de leur pays par ce biais.  Il y a un siècle exactement, les femmes ont, par exemple, obtenu le droit de vote dans l’Oregon et l’Arizona.

Comme lors de chaque élection, présidentielle ou de mi-mandat, nombre de référendums sont organisés à cette date clé dans l'espoir de motiver les électeurs et ceux qui considèrent que l'élection présidentielle ne présente d'enjeu majeur. Une occasion pour les deux principaux camps d’en tirer avantage. 

Réforme de santé, fumette et mariage gay
Des groupes de pression politique et différentes associations (religieuses notamment) ont soumis une série de propositions en Floride, État indécis, espérant mobiliser l’électorat républicain : interdire de mobiliser les deniers publics pour rembourser l’avortement, autoriser en revanche les subventions aux groupes religieux ou supprimer des points de la réforme de la santé d’Obama.
Les démocrates du Colorado, quant à eux, espèrent tirer avantage de la proposition de légaliser le cannabis. Une question qui met le scrutin sous tension  alors que le "oui" l'emportait en septembre, le "non" reprend l’avantage à l'approche du jour J.
La légalisation totale du cannabis est également au programme de l’Oregon et de l’État de Washington. Dans ce dernier, les groupes en faveur de la légalisation prétextent que la lutte contre la marijuana mobilise à perte les ressources de la police, ainsi détournée de missions plus importantes. Ils préconisent que la vente et la distribution de cannabis soient régulées par la commission déjà en charge de l’alcool. L’Arkansas, le Montana et le Massachusetts prônent eux la légalisation à des fins spécifiquement médicales.
Le mariage homosexuel sera également l’un des autres grands thèmes de la cuvée 2012 des référendums. Pour la première fois, on demandera aux électeurs de se prononcer sur des propositions visant à autoriser l’union gay et non à l’interdire. Ce sera notamment le cas dans le Maine, le Maryland, le Minnesota et l’État de Washington où le président Barack Obama a appelé les citoyens à voter "oui".
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La Californie à la charge contre la peine de mort
Dans cet état de la côte est, le référendum est un incontournable du processus démocratique : 70 référendums constitutionnels et 200 portant sur des lois ordinaires y ont eu lieu depuis 1980.
Après avoir adopté le mariage gay en 2008, la Californie fait figure d’État progressiste.
Le 6 novembre, il affichera donc onze propositions, notamment l’augmentation des impôts pour financer les écoles et les services sociaux d’urgence ou l’étiquetage des OGM. Cette dernière proposition se heurte au lobby des géants de l’agrochimie et de l’agroalimenaire qui font barrage au texte à coup de millions de dollars.
Mais les Californiens se prononceront également sur une question épineuse : la peine de mort. De nombreuses figures politiques, dont le maire de Los Angeles, Antonio R. Villaraigos, ainsi que divers groupes de pression et associations laïques comme religieuses ont rallié la proposition 34 qui approuve l'abolition de cette peine. Un combat qui s’inscrit dans l’air du temps aux États-Unis où l’opinion publique semble de plus en plus hostile à la peine capitale. Cinq États l’ont proscrite ces dix dernières années. Si leur combat n’est pas nouveau, cette année les abolitionnistes avancent un argument qui ne doit pas grand-chose à l’éthique ou à la morale :  l'exécution, qui a souvent lieu après plusieurs années, coûte au final plus cher à l’État que la condamnation à perpétuité.
Chasse, pêche et capotes
D’autres propositions -  dont certaines strictement locales - vont également se faufiler sur les bulletins à rallonge du  6 novembre. Entre la peine de mort et les OGM, le comté de Los Angeles, terre de prédilection de l'industrie du porno, demandera par exemple à ses électeurs de répondre à la question suivante : les stars du X devront-elles porter un préservatif à l’écran ? Cette mesure a été initiée à la demande d’un groupe d’activistes, et soutenue par un certains nombre d'acteurs du milieu, qui espèrent ainsi limiter la propagation des maladies sexuellement transmissibles (MST).
Dans un tout autre registre, en Arizona, les Républicains ont fait pression pour trancher la question du statut de leur trésor touristique : le Grand Canyon. Il sera demandé aux électeurs si ce site doit rester entre les mains de l’État fédéral ou passer entre celles des résidents de l’Arizona. Les Républicains cherchent à reprendre le contrôle de ces millions d’hectares et à redonner à leur État la souveraineté sur l'"air, l’eau, les terres publiques, les minéraux, la vie sauvage et les ressources naturelles qui se trouvent dans les limites de son territoire."
Pour rester dans le domaine naturel, les électeurs du Nebraska, de l’Idaho, du Kentucky et du Wyoming seront quant à eux consultés sur la protection des pêcheurs et des chasseurs. Dans l’Idaho, là encore, les Républicains veulent faire valoir les droits des trappeurs "les premiers à s’être installés dans leur État" sur ceux des défenseurs des droits des animaux. Dans la série chasse, pêche, nature et tradition, le Dakota du Nord, État du Mid-Ouest américain, soumettra à ces électeurs la mesure 5 proposant  de criminaliser la violence sur les chats, les chiens et les chevaux. En cette saison de Thanksgiving, aucune proposition n’a en revanche été soumise pour la sauvegarde des dindes sauvages, pourtant une spécialité locale... Allez savoir pourquoi.