
Les autorités iraniennes ont décidé d'annuler une visite de députés du Parlement européen en raison de leur demande de rencontrer les deux lauréats du prix Sakharov, le cinéaste Jafar Panahi et l'avocate Nasrin Sotoudeh.
La visite d'une délégation de cinq eurodéputés à Téhéran a été annulée samedi 27 octobre après le refus des autorités iraniennes d'autoriser une rencontre avec les deux lauréats iraniens du prix Sakharov 2012, le cinéaste Jafar Panahi et l'avocate Nasrin Sotoudeh.
"Les cinq eurodéputés [de gauches et écologistes] étaient sur le point de décoller pour Téhéran quand la chef de la délégation Tarja Cronberg a reçu un coup de fil de l'ambassadeur iranien auprès de l'Union européenne, disant qu'ils ne seraient pas autorisés à rencontrer les deux lauréats du prix Sakharov", a indiqué une source au Parlement européen à Bruxelles.
Les cinq députés devaient initialement se rendre à Téhéran du 27 octobre au 2 novembre pour une visite officielle organisée dans le cadre des échanges avec le Parlement iranien.
"Comprendre le point de vue des Iraniens"
Cette visite devait débuter seulement 24 heures après l'attribution par le Parlement européen du prix Sakharov à Jafar Panahi et Nasrin Sotoudeh, condamnés à de lourdes peines dans leur pays. La rencontre aurait pu être bénéfique, estime Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), interrogé par FRANCE 24. "Certes le contexte [n’était] pas idéal, l’Europe ayant choisi une ligne dure à l’encontre de Téhéran. […] Il faut néanmoins laisser se nouer ce type de relations, qui permettent aux Européens de mieux comprendre le point de vue des Iraniens, de rencontrer de nouveaux responsables politiques, et parfois d’avancer sur certaines questions."
"La situation se complique en Syrie, où la République islamique joue un rôle important. Les Américains et les Israéliens font de plus en plus pression au sujet du programme nucléaire iranien. Malgré les désaccords actuels, il faut discuter car c’est un pays culturellement attaché au dialogue", ajoute l’expert.
Le président du Parlement européen, Martin Schulz, avait indiqué vendredi que la délégation chercherait à rencontrer les lauréats du prix Sakharov. Si elle en était empêchée, "elle rentrera sur le champ", avait-il affirmé.
L’Iran refuse que la délégation rencontre les deux prisonniers
Telle est la tournure prise par les événements. "L'Iran a rejeté une condition posée par la délégation parlementaire de l'Union européenne, qui veut rencontrer deux prisonniers", a déclaré le conseiller du président du Parlement iranien pour les affaires internationales, Hossein Sheikholeslam, cité samedi matin par l'agence Isna. "Si la délégation est d'accord pour venir malgré tout en Iran selon l'agenda accepté initialement, il n'y a aucune objection à sa visite. Mais nous ne pouvons pas accepter la pré-condition actuelle".
Vendredi, après l'annonce du prix Sakharov, la conférence des présidents qui réunit le président du Parlement et les chefs des groupes politiques "avait décidé que la délégation devrait remettre en main propre l'invitation pour recevoir le prix à Strasbourg en décembre", a indiqué une source au Parlement européen. La délégation emmenée par l'écologiste finlandaise Tarja Cronberg devait également rencontrer ses homologues au Parlement iranien ainsi que des représentants de la société civile.
Mme Cronberg avait promis que la délégation aurait l'occasion d'insister sur l'inquiétude des Européens concernant la situation des droits de l'Homme en Iran "directement avec des responsables et des représentants de la société civile".
Cette visite s'inscrit dans le "volet dialogue de la double approche de l'UE vis-à-vis de l'Iran, faite de sanctions et de dialogue", a-t-elle estimé dans un communiqué publié cette semaine.
L'Union européenne, à l'instar des Etats-Unis, a mis en place depuis deux ans des sanctions de plus en plus sévères contre l'Iran, soupçonné de chercher à se doter de l'arme atomique.
La dernière visite d'une délégation du Parlement européen en Iran remonte à 2007.
France 24 avec dépêches