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La fronde des conservateurs contre Mahmoud Ahmadinejad s'intensifie

Mahmoud Ahmadinejad s’est vu refuser par la justice iranienne le droit de visiter la prison d’Evine. Un nouveau signe de la fronde des conservateurs auquel fait face le président iranien. Analyse.

Elle était déjà prévue à l’agenda du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, le 8 octobre. Mais une fois de plus, la visite de la prison d’Evine n’a pas eu lieu, les autorités judiciaires, qui gèrent les établissements pénitentiaires en Iran, en ont décidé autrement. Sans ambages, le procureur général iranien Gholamhossein Mohseni Ejeie a ainsi annoncé, dimanche, qu’il avait refusé au président iranien cette visite au motif "qu’elle n’était pas une priorité".

"Alors que nous faisons face à des circonstances particulières et que les priorités du pays sont l'économie et les conditions de vie de la population (...), toutes les autorités devraient se concentrer sur les questions essentielles (...) et la visite d'une prison est secondaire", a ainsi affirmé le procureur.

Selon les médias iraniens, la visite de la célèbre prison d'Evine, où sont détenus la plupart des prisonniers politiques, avait d’abord été "reportée" par l'autorité judiciaire.

Contestation en interne

Mais ce coup dur infligé au chef de l’État est loin d’être le premier. Ahmadinejad est, en effet, de plus en plus mis en difficulté par les conservateurs, fortement représentés au Parlement. En septembre dernier, le conseiller presse de la présidence, Ali Akbar Javanfekr, a été condamné à une peine de six mois de prison pour publication d'informations "contraires aux codes islamiques et à la morale".

Javanfekr, qui est également directeur de l'agence officielle Irna et du groupe de presse gouvernemental Iran, a également été reconnu coupable d’avoir insulté sur son site web le Guide suprême de la Révolution, l'ayatollah Ali Khamenei, mais aucune précision n’a été donnée sur les circonstances de cet acte.

Pour le procureur Mohseni, l'intérêt d’Ahmadinejad pour Evine, "qui n'a jamais fait une telle demande depuis sept ans et demi qu'il est président", est d’ailleurs lié à "la présence dans la prison d'une personne qui lui est proche". Une allusion claire à Javanfekr.

Début octobre encore, les autorités américaines ont médiatisé la défection du caméraman qui accompagnait Mahmoud Ahmadinejad à l’Assemblée générale de l’ONU. L'homme a demandé l’asile politique aux États-Unis. Ce qui peut sembler anodin au premier abord est, en fait, un évènement d’importance, le caméraman qui accompagnait le président étant un homme de confiance. Le site d’information Slate.fr rapporte même des informations selon lesquelles il aurait eu en sa possession des enregistrements vidéo de conversations entre le président iranien et certains dignitaires du régime.

"Ahmadinejad est tombé en disgrâce"

Autant de signaux qui font dire à Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l’Iran, que "tout ceci n’est pas nouveau : ces tensions durent depuis un an environ". Plusieurs polémiques ont, en effet, opposé le président iranien et l’appareil judiciaire du pays, contrôlé par l’aile conservatrice du régime proche du Guide de la République islamique Ali Khamenei.

C’est d’ailleurs avec ce dernier que les relations d’Ahmadinejad sont les plus problématiques. "Sa relation avec le guide Khamenei s’est petit à petit détériorée", explique le chercheur, qui ajoute que le religieux a fait comprendre à Ahmadinejad qu’il ne pourrait pas se représenter en 2013. Selon Thierry Coville, "Ahmadinejad n’a plus voix au chapitre pour ce qui concerne le nucléaire, notamment". "Il est tombé en disgrâce", n’hésite pas à affirmer le chercheur.

Les députés n’ont eu de cesse de critiquer la gestion économique orchestrée par le président et ses façons de faire. "On lui reproche notamment de prendre des libertés avec le principe de séparation des pouvoirs", explique Thierry Coville.

En mars, Ahmadinejad avait même été convoqué à une séance de questions par le Parlement. C’était la première fois qu’une telle demande, prévue toutefois par la Constitution, était faite dans l’histoire de la République islamique. Mais loin de clarifier les choses, son intervention a jeté de l’huile sur le feu et provoqué la colère des parlementaires qui l’avaient jugée "insultante", selon les termes du porte-parole des signataires de la convocation du président. Début octobre, une centaine de parlementaires ont de nouveau demandé à convoquer le président pour l’interroger sur "la fluctuation du cours des devises étrangères, la mauvaise gestion de la Banque centrale iranienne, la récente flambée des prix et les problèmes économiques". "Petit à petit les opposants du président au Parlement ont convaincu le guide qui a opéré une prise de conscience et décidé de l’écarter", explique Thierry Coville.

À huit mois des élections, c’est donc sans Ahmadinejad ou son bras droit Esfandiar Rahim Mashaei que se jouera la partie. Mais en l’absence d’opposition de gauche construite, c’est du clan conservateur qu’émergent, pour l’heure, les principaux candidats, l’un d’eux n’est autre que le gendre du guide.