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Morsi fait la leçon aux États-Unis

Attendu aux États-Unis pour participer à sa première Assemblée générale de l'ONU qui s'ouvre ce lundi, le président égyptien Mohamed Morsi est revenu sur ses liens avec les États-Unis, au cours d'un entretien qu'il a accordé au "New York Times".

Mohamed Morsi souhaitait "se présenter aux Américains". Les propos qu'il tient sur les relations entre l'Égypte et les États-Unis, dans l'entretien qu'il a accordé au "New York Times" paru samedi 22 septembre, pourraient lui valoir un accueil réservé de la part peuple américain.

Si le président égyptien dit être à Washington "pour réparer les relations avec les États-Unis et revitaliser l’alliance avec son pays, qui est, selon lui, la pierre angulaire de la stabilité régionale", il ne se prive pas de dispenser quelques leçons aux Américains. Dans les lignes du quotidien New Yorkais, l'homme politique proche des Frères musulmans estime que les États-Unis "devraient changer fondamentalement leur approche du monde arabe en montrant un plus grand respect pour ses valeurs, et aider à construire un État palestinien s’ils veulent surmonter des décennies de colère refoulée."

Des relations rafraîchies

Selon Didier Billion, directeur des études de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris),  le président égyptien que l’on croyait incompétent et sans charisme, se révèle être un très fin tacticien. "En rappelant la nécessité de la construction d’un État palestinien, Mohamed Morsi met le doigt où ça fait mal en rappelant l’échec cuisant de la politique d’Obama au Moyen-Orient et satisfait, par la même, l’opinion égyptienne de culture traditionnellement antiaméricaine", analyse le spécialiste, joint au téléphone par FRANCE 24.

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Morsi fait la leçon aux États-Unis

À la question "considérez-vous l’Égypte comme un allié des États-Unis ?", le président égyptien se fait évasif et répond, dans un sourire : "Cela dépend de votre définition d'un allié". Le chef d'État a toutefois estimé que les deux pays étaient de "vrais amis". Une réponse adressée à Barack Obama, qui, quelques jours plus tôt, avait déclaré au cours d’une interview que les États-Unis ne considéraient pas les Égyptiens comme "des alliés", ni "comme des ennemis".

Les relations entre l'Égypte et les États-Unis, délicates depuis la chute du dictateur Hosni Moubarak, se sont compliquées avec la diffusion sur Internet d'extraits d'un film islamophobe, produit aux États-Unis. "On ne peut pas dire que les relations entre le Caire et Washington soient aujourd’hui tendues mais elles sont difficiles", confie à FRANCE 24 Henry Laurens, professeur au collège de France, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe.

Des intérêts à conserver

Le dirigeant égyptien, attendu à New York pour l'Assemblée générale de l'ONU, a souhaité, en outre, profiter de l’occasion pour rencontrer le président Obama à la Maison Blanche. À Washington, on a poliment décliné l’invitation en prétextant un problème d’emploi du temps. Rien de dramatique cependant, selon Didier Billion. "Si les relations sont moins fluides qu’avant entre l’Égypte et les États-Unis, les présidents des deux pays respectifs connaissent néanmoins très bien les limites à ne pas dépasser, assure le chercheur. D’ailleurs, ils sont obligés de maintenir de bonnes relations pour leurs propres intérêts."

Le président "frériste" sait qu’il doit ménager les États-Unis. L'Égypte est, après Israël, le plus important bénéficiaire de l'aide américaine. Des négociations sont d’ailleurs en cours pour que Washington allège la dette égyptienne d’un montant d'un milliard de dollars. De son côté, Washington a besoin d’entretenir de bonnes relations avec Le Caire, qui reste une place stratégique, incontournable dans le monde arabe.

Rassurer l’opinion publique égyptienne

En tant que premier président élu démocratiquement dans son pays, et en tant qu'islamiste, le président égyptien entend donner des gages à sa population et incarner la rupture avec l'ère Moubarak. Dans son entretien avec le journal américain, Morsi rappelle que les États-Unis ne doivent pas s’attendre à ce que l’Égypte vive sous les propres règles de Washington, comme c’était le cas sous le régime Moubarak.

Saied Lawendi, expert au Centre d'études politiques et stratégiques d’Al-Ahram interrogé par FRANCE 24, explique les récentes déclarations du président égyptien par sa volonté de plaire aux Frères musulmans. En partie, mais pas seulement, modère Didier Billion : "Il s’agit aussi de plaire à l’opinion publique égyptienne en montrant qu’il n’est pas l’homme des Américains, le petit doigt sur la couture du pantalon, comme pouvait l’être Hosni Moubarak." Depuis son élection, le président égyptien se démène pour diversifier ses appuis diplomatiques et économiques. Mohamed Morsi a été élu pour redresser le pays d’une économie exsangue. Après s’être rendu à Pékin, le 28 août, pour sa première visite officielle en dehors du Moyen-Orient, le président égyptien s’intéresserait de près à l’Arabie saoudite et à l’Iran. Une façon de contrebalancer la dépendance qu’engendre l’aide américaine. Taper sur Washington, alors qu’une vague d’antiaméricanisme déferle sur le nord de l’Afrique et au Moyen-Orient, pourrait s’avérer utile pour décrocher de nouveaux partenariats arabes.