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YouTube bloque l'accès en Égypte et en Libye au film qui a mis le feu aux poudres

Le site de partage de vidéos YouTube a décidé de bloquer "temporairement" l’accès depuis l’Égypte et la Libye à la bande-annonce du film jugé offensant pour l'islam qui a déclenché une flambée de violences anti-américaines dans ces pays.

Face aux violences anti-américaines en Libye et en Égypte, qui ont été déclenchées par la diffusion sur Internet de la bande-annonce d’un film jugé antimusulman, YouTube a décidé de réagir. La plateforme de partage de vidéos détenue par Google a bloqué “temporairement”, mercredi 12 septembre, la disponibilité de “L’innocence des musulmans” sur son site en Égypte et en Libye. De leur côté, l’Afghanistan et l’Indonésie ont ordonné la fermeture complète du site YouTube sur leur territoire.

“Ce qui ne pose pas de problème dans un pays peut être offensant dans un autre”, a justifié Google dans un communiqué. Le géant de l’Internet a précisé avoir agi en pensant “aux familles des personnes tuées dans les attaques en Libye”. Faisant ainsi référence notamment au meurtre de J. Christopher Stevens, l’ambassadeur américain en Libye.

Pour autant, YouTube considère que ce film - qui représente le Prophète, ce qui en soit est jugé blasphématoire par les musulmans, comme un obsédé sexuel et un homosexuel - n’enfreint pas les règles de la plateforme de partage de vidéos. “Nous travaillons à une communauté où chacun peut exprimer son opinion”, souligne YouTube pour expliquer pourquoi le site n’enlève pas complètement cette vidéo de 14 minutes.

Cette approche deux poids-deux mesures est inédite pour YouTube. En effet, traditionnellement le site se considère uniquement comme un hébergeur non responsable de ce qui est mis en ligne. À ce titre, il se limite à intervenir lorsque des internautes lui signalent des contenus qui pourraient être illégaux (problème de droits d’auteur, représentation d’actes répréhensibles, etc.).

Boîte de pandore ?

YouTube ne fait généralement pas de particularisme national en raison du sacro-saint principe de la liberté d’expression protégée par le deuxième amendement de la Constitution américaine. Il peut y être contraint par une décision de justice, comme en Italie en 2010. Google avait alors dû bloquer dans ce pays l’accès à une vidéo montrant un enfant handicapé se faisant maltraiter.

Dans le cas de “L’innocence des musulmans”, la décision de Google revêt un caractère presque diplomatique. Elle fait en effet suite aux déclarations de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton qui, le 11 septembre, avait déploré “les efforts [de cette vidéo, ndlr] de dénigrer les croyances religieux d’autres personnes”.

Reste que l’approche de YouTube dans cette affaire risque d’ouvrir une boîte de Pandore pour Google. “Il faudra faire attention à ce que ce précédent ne soit pas invoqué par d’autres pour forcer YouTube à enlever des vidéos en invoquant des spécificités communautaires ou régionales”, souligne Yochai Benkler, professeur de droit à Harvard sur le site américain MarketPlace.