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Les électeurs algériens partagés entre résignation et optimisme

Les Algérois que FRANCE 24 a rencontrés, à quelques semaines des législatives qui se tiendront jeudi 10 mai, et qui comptaient se rendre aux urnes, semblaient partagés entre résignation et optimisme quant à l’avenir du pays. Reportage.

Quelque 21 millions d’électeurs algériens sont appelés aux urnes le 10 mai pour élire leurs députés. Cependant, la campagne électorale qui s’est achevée le 6 mai, dans une indifférence générale soulignée avec insistance par les médias algériens, laisse craindre un taux d’abstention encore plus important que celui de 2007 (37 % de participation).

Une crainte qui a incité le président Abdelaziz Bouteflika à multiplier les appels en faveur d'une large participation aux législatives. Événement qu'il n'a pas hésité à comparer au 1er novembre 1954, date du déclenchement de la guerre d’Algérie. Dans les rues de la capitale, les Algérois rencontrés par FRANCE 24 et qui comptaient toutefois se rendre aux urnes, semblaient partagés entre résignation et optimisme quant à l’avenir du pays.
Justice sociale et chômage
"Ces élections ne servent à rien", peste Reda, un fonctionnaire âgé de 38 ans, posté près d’un des nombreux cybercafés d’Alger. Un fatalisme qui ne l’empêchera pas d’aller voter jeudi. "J’irai voter non par conviction, mais pour qu’on ne vole pas ma voix comme cela est déjà arrivé il y a quelques années lorsque quelqu’un avait voté à la place de son père", s’empresse-t-il de préciser. S’il affirme soutenir le président Bouteflika "qui fait de son mieux", il dénonce ceux qui, autour du chef de l’État, "font tout pour l’empêcher de réformer". Selon lui, les deux problèmes majeurs que sont la cherté de la vie et l’explosion du chômage ne seront pas réglés par les nouveaux élus, alors même que l’Algérie est un pays richissime. "Je plains sincèrement les jeunes qui cherchent un premier emploi, je suis actuellement à la recherche d’un emploi mieux payé poursuit-il, mais il n’y a pas beaucoup d’opportunités".
Une préoccupation partagée par Abdelhafid, un Algérois âgé de 24 ans. Cheveux gominés et barbe ciselée, il étudie le droit à la Faculté de Ben Aknoun, sur les hauteurs de la capitale. Rencontré à la sortie d’un cours, il confie n’avoir jamais voté jusqu’ici, bien qu’il soit détenteur d’une carte d’électeur. "Ces élections sont importantes, je vais y participer car c’est l’occasion d’améliorer les choses et de renouveler les gouvernants", dit-il. Mais le jeune homme, qui insiste pour dire qu’il veut fonder une famille et construire son avenir en Algérie et "nulle part ailleurs", reconnaît ne pas savoir pour qui voter."C’est difficile de s’y retrouver parmi les 44 partis en lice, indique-t-il. Pour trancher je vais voir qui s’adresse et s’intéresse le plus aux jeunes, car j’aimerais que les nouveaux députés se penchent rapidement sur les problèmes majeurs de la jeunesse que sont le défaut de justice sociale, le chômage et le manque de logements".
"Il faut s’occuper de la jeune génération"
Plus loin, à proximité du Mémorial du Martyr d'Alger, Fatiha, mère de trois jeunes enfants, insiste elle aussi sur la question de la jeunesse. "La priorité doit être l’éducation, si on ne peut plus sauver ceux qui ont terminé leur cursus, il faut s’occuper de la jeune génération en mobilisant les fonds nécessaires pour la former et préparer son avenir", dit-elle en caressant les cheveux de son fils aîné. À 38 ans, elle dirige une école spécialisée dans l’audiovisuel à Tizi Ouzou, en Kabylie. Un projet qu'elle a pu concrétiser grâce à un microcrédit octroyé par l’État. "Malgré les problèmes quotidiens, il faut reconnaître que certaines facilités existent dans le pays, qui a un gros potentiel", concède-t-elle.
Mais interrogée sur les enjeux des législatives, elle renvoie dos à dos les électeurs et les hommes politiques algériens. "Il y a un problème de civisme dans le pays, les gens se plaignent de la fraude mais ils ne font rien contre ce phénomène qui ne peut être éradiqué que par une prise de conscience collective et citoyenne, poursuit-elle. Ils critiquent sans cesse leurs élus, ce qui ne les empêche pas de revoter par opportunisme en leur faveur à chaque élection". Par conséquent, Fatiha affirme s’attendre à ce que ce scenario se répète le 10 mai. "Le courant ne passe pas entre la classe politique et la population à cause d’un manque de communication et des excès de bureaucratie. Il ne faut plus gérer le pays avec des méthodes vieilles de dix ans" constate-t-elle.
"Hara-Kiri"
Abderrahmane, rencontré par FRANCE 24 dans un café près de l'École des Beaux-arts d'Alger, où il enseigne depuis une trentaine d’années, est quant à lui d’un optimisme sans faille. Il affirme en effet que les conditions semblent réunies pour que les législatives soient une réussite. "Vu le contexte régional, l’Algérie a pris conscience que ce scrutin devra être irréprochable, elle est condamnée à aller vers des élections propres car dans le cas contraire c’est un hara-kiri", explique-t-il en sirotant un thé à la menthe.
Il estime que l’État fait ce qu’il peut, même s’ il n’est pas parfait, car l’Algérie ne profite pas assez de son potentiel humain et de ses immenses richesses. "Le pays est un très grand chantier qui se construit, on aurait pu se développer beaucoup plus, c’est vrai, mais l’essentiel est de croire et d’avancer pour revenir en force, et c’est ce qui est en train de se passer". Et de conclure : "Dans la classe politique, il y a ceux qui travaillent et ceux qui sont corrompus, ceux qui se sacrifient pour le pays et ceux qui font du business, les électeurs doivent se prononcer sur ce seul critère".