
Le youtubeur et streameur américain Darren Jason Watkins Jr, plus connu sous le nom d'IShowSpeed, diffuse une vidéo à ses "followers" lors d'un événement organisé à l'Admiralty Mall de Lagos, le 21 janvier 2026. © Toyin Adedokun, AFP
Course contre un guépard en Afrique du Sud, visite d'une mine de diamants au Botswana, découverte des spécialités culinaires éthiopiennes, danse avec les Masaï au Kenya, exploration des pyramides d'Égypte... L'influenceur afro-américain IShowSpeed a achevé mardi 17 janvier une exubérante tournée de 28 jours en Afrique, où il a offert à ses 50 millions d'abonnés sur YouTube l'image d'un continent jeune et dynamique.
Âgé de 21 ans, Darren Jason Watkins Jr, plus connu sous le nom d'IShowSpeed, est l'un des influenceurs les plus suivis de la planète. Il a passé des dizaines d'heures en live sur les réseaux sociaux, multipliant les interactions avec la population dans chacun des vingt pays qu'il a traversés. La star afro-américaine a fait de courts séjours – par ordre alphabétique – en Afrique du Sud, en Algérie, en Angola, au Bénin, au Botswana, en Côte d’Ivoire, en Égypte, en Eswatini, en Éthiopie, au Ghana, au Kenya, au Liberia, au Maroc, au Mozambique, en Namibie, au Nigeria, au Rwanda, au Sénégal, en Zambie et au Zimbabwe.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixAu point de faire réaliser à de nombreux internautes américains que l'Afrique était plus développée que ce que les clichés hollywoodiens renvoient. "Ils nous ont fait croire que l'Afrique était pauvre et misérable, ses directs m'ont fait changer de perception", "On nous apprend que l'Afrique est primitive, dangereuse, qu'il ne faut pas y aller", disent certains abonnés afro-américains manifestement émus dans des vidéos de réaction à la tournée.
"Il montre une autre Afrique, une Afrique qui bouge, qui se modernise, qui a envie de faire de grandes choses. Il passe dans des endroits où il y a des infrastructures modernes", explique à l'AFP Qemal Affagnon, spécialiste des réseaux sociaux et créateur d'Internet sans frontières.
"À l'heure où l'exécutif américain peut parfois présenter l'Afrique dans des termes assez péjoratifs, il diffuse un autre narratif. C'est quelque chose qui a visiblement touché son public américain", poursuit-il.
À Lagos, il a fêté son 21e anniversaire en passant la barre des 50 millions d'abonnés sur YouTube ; à Luanda, il s'est émerveillé de "l'amour reçu" et de "la folle énergie" ; avant de s'enthousiasmer sur les buildings de Nairobi ou d'Addis Abeba.
Il s'est toutefois bien gardé de parler de politique, y compris dans des pays réputés autocratiques, s'attirant au passage quelques critiques.
Celui qu'on surnomme "Speed" a appliqué au continent africain les recettes de ses voyages aux quatre coins du monde : ses équipes le filment en direct, dans des déambulations à un rythme effréné, où il alterne découvertes culturelles, interactions avec des vendeurs ou artistes de rue... et diverses pitreries.
Quatre millions d'abonnés de plus en un mois
Sur YouTube, la tournée est une réussite, avec près de quatre millions d'abonnés supplémentaires en un mois et un live à la finale de la Coupe d'Afrique des nations au Maroc qui a déjà cumulé 15 millions de vues, se plaçant directement dans son top 10.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixIl compte aussi 45 millions d'abonnés sur Instagram et 47 sur TikTok, pour une fortune personnelle estimée à 20 millions de dollars par Forbes.
Son objectif n'est pas de se poser en "sauveur" de l'Afrique, mais d'en montrer la "vraie image", sans paternalisme ni victimisation, assurent ses fans.
"Le fait qu'il soit le premier streameur américain à faire tout un tour de l'Afrique, c'est historique. C'est un énorme accomplissement qu'il a réalisé pour l'industrie du streaming", se réjouit le youtubeur nigérian Stephen Oluwafisayomi, alias "Stevosky".
Et quand un membre de son équipe, à bord d'un hélicoptère au Bénin, lui fait remarquer qu'on dirait "Miami, sans les maisons", il répond du tac au tac : "Non, cela ressemble juste au Bénin."
De quoi séduire certains gouvernements, pour attirer des nouveaux visiteurs.
"Il y a des pays qui, aujourd'hui, font des clins d'œil à certaines communautés d'afro-descendants et il peut servir de lien entre ces deux mondes", explique Qemal Affegnon.
Fan de Cristiano Ronaldo
À Nairobi, il a rencontré la ministre du Tourisme, Rebecca Miano, et reçu un message vidéo de chaleureuse bienvenue du président William Ruto, tandis qu'en Égypte, il a été autorisé à filmer en direct à l'intérieur de la pyramide de Gizeh.
IShowSpeed a commencé sa carrière comme beaucoup de streameurs en se filmant en train de jouer à des jeux vidéo.
Mais ce fan de football – et en particulier de Cristiano Ronaldo – ne se contente pas de rester sur son fauteuil de gameur et s'est rendu notamment en Asie, en Europe et en Amérique du sud, frôlant régulièrement l'émeute.
Lors de sa tournée africaine, maillot de football de l'équipe nationale de chaque pays sur le dos, il a parfois été pris à partie, soit par des fans trop enthousiastes, soit par un public hostile.
Comme en Algérie, où il a dû interrompre son direct – fait rare – alors que des supporteurs lui jetaient des bouteilles dans un stade, lors d'un match de football.
Celui qui a été désigné "streameur de l'année" 2024 et 2025 aux Streamer Awards, une récompense internationale du secteur, et dont les excès l'ont fait bannir de la plateforme Twitch entre 2021 et 2023 pour "coercition ou intimidation sexuelle", doit effectuer cette semaine un test ADN censé révéler ses origines sur le continent.
Au Liberia, où de nombreux Noirs américains ont émigré au XIXe siècle pour renouer avec leurs racines africaines, il a rencontré un homonyme dont les aïeuls ont quitté l'Ohio, la région natale de Speed : "C'est vraiment mon ancêtre", s'est amusé ce dernier.
Avec AFP
