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L'identité du soldat américain accusé d'avoir tué 16 civils afghans, dimanche dernier, dans la province de Kandahar, a été révélée. Il s'agit de Robert Bales (à droite), un sergent de 38 ans. Il a été transféré samedi aux États-Unis.
REUTERS - Le sergent Robert Bales, identifié vendredi par un responsable américain comme étant le soldat accusé d’avoir tué dimanche 16 civils afghans, est arrivé tôt samedi matin sur la base du Kansas où il va être détenu en attendant son procès, apprend-on de source militaire.
Le sous-officier de 38 ans sera maintenu à l’isolement dans une cellule de la base de Fort Leavenworth, précise un communiqué de l’US Army.
Robert Bales est accusé d’être sorti de sa base près de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, pour abattre froidement 16 villageois afghans, en majorité des femmes et des enfants. Son acte a provoqué une grave crise diplomatique dans les relations américano-afghanes.
« Je pense qu’il va être inculpé assez vite », a commenté Jeffrey Lustick, avocat de la défense à Washington et ancien procureur militaire de l’Armée de l’air.
L’US Army a décrit samedi un soldat de devoir, formé comme tireur d’élite, mais aussi comme secouriste au cours d’une formation intitulée « combat life saver » (littéralement, « sauveur de vie au combat »).
Décoré à plusieurs reprises pour bonne conduite et une fois pour services rendus à la défense nationale, il a été renvoyé sur le terrain en Afghanistan fin 2011.
Selon un responsable gouvernemental cité vendredi par le New York Times, le massacre de Kandahar a été une « combinaison de stress, d’alcool et de problèmes familiaux - il a pété les plombs ».
Pression politique
L’avocat du sergent, John Henry Browne, a nié vigoureusement la dernière partie de l’assertion, assurant que le mariage de son client, père de deux enfants en bas âge, « se portait très bien ».
John Henry Browne a indiqué qu’il pourrait défendre son client en mettant en avant son état de santé, dont de possibles troubles post-traumatiques « communément invoqués pour la défense de soldats », a-t-il dit.
Robert Bales a été soigné pour un choc au cerveau après que son véhicule blindé s’est retourné au cours de son dernier séjour en Irak, où il a passé en tout 37 mois entre 2003 et 2010.
L’argument du trouble psychique risque toutefois d’être difficile à plaider devant la Cour martiale qui sera amenée à le juger, estiment les experts.
Son avocat, qui a pu lui parler brièvement vendredi pour la première fois, a déclaré à la chaîne CNN que Robert Bales lui avait « paru distant, un peu comme un lapin ébloui par des phares, mais OK ».
Le secrétaire à la Défense Leon Panetta a laissé entendre cette semaine que le sergent pourrait risquer la peine de mort, même si aucun soldat américain n’a été exécuté depuis 1961. Le dernier avait été condamné pour le viol d’une fillette.
Plusieurs condamnés se trouvent en revanche dans le couloir de la mort et la peine capitale devrait être également requise contre le commandant Nidal Hasan, accusé d’avoir abattu 13 soldats sur la base de Fort Hood, au Texas, en 2009.
« La pression politique va être telle que la peine de mort sera sûrement requise (contre Robert Bales) », estime Neal Puckett, un avocat qui avait défendu les Marines accusés d’avoir massacré 24 civils irakiens dans la ville d’Haditha en 2005.