Les trois opérateurs historiques, Orange, SFR et Bouygues, reconnaissent que, depuis deux mois, l’arrivée de Free Mobile sur le marché de la téléphonie mobile leur a fait perdre des clients... et donc de l’argent.
La victimisation, c’est le filon qu’exploitent les principaux opérateurs téléphoniques français - SFR, Bouygues et Orange -, deux mois après l’arrivée de Free Mobile sur le marché. Tous trois ont rendu publics, ces derniers jours, le nombre de clients qu’ils affirment avoir perdu au profit de Free et de ses forfaits à prix cassés mis en place le 10 janvier. Un exode qui, assurent-ils, va les obliger à revoir leur prévision de croissance et pourrait donc avoir un impact sur l’emploi dans le secteur.
Le 22 février, Orange, la filiale mobile de France Telecom, déplorait le départ de 400 000 clients, séduits par Free. C’est Bouygues qui s’est ensuite plaint, le 29 février, révélant que 134 000 de ses abonnés avaient trouvé l’herbe plus verte chez le nouveau venu de la téléphonie mobile. Enfin, cette valse à trois temps a pris fin avec SFR, la filiale téléphonie de Vivendi, qui a annoncé, le 1er mars, avoir perdu 200 000 clients depuis le début de l’année.
Environ 734 000 abonnés "arrachés" par Free ?
Xavier Niel, patron de Free, aurait donc convaincu 734 000 ex-abonnés des trois opérateurs historiques, même si l'entreprise se refuse pour l’instant à confirmer ces chiffres. Lors de la présentation de ses résultats financiers, le 8 mars, Free se contentera d’évoquer les chiffres annuels de 2011.
Orange, SFR et Bouygues ont averti que les prix pratiqués par Free allaient avoir des conséquences financières pour eux. “Il faudra attendre 2014 pour retrouver une belle croissance”, a résumé Jean-Bernard Lévy, président du directoire de Vivendi (SFR) dans le journal "Les Échos" du 1er mars. Bouygues, de son côté, a laissé planer le spectre d'éventuels licenciements en évoquant une phase de “rigueur” visant à réaliser 300 millions d’euros d’économie en 2012.
L’alignement des offres des “historiques” sur les forfaits de Free (les gammes à bas prix Sosh chez Orange, B&You chez Bouygues et Red chez SFR) égratine également leurs marges. En effet, aucun des trois larrons ne pense pouvoir maintenir les confortables marges de 20% - comme jusqu’à présent.
Les couacs de Free
Si la réaction première des concurrents de Free a été de vouloir s’aligner sur ces nouveaux forfaits, une autre stratégie commence à voir le jour chez certains. Stephane Richard, PDG d’Orange, a ainsi expliqué, le 28 février, que son groupe allait mettre “l’accent sur la qualité des services afin de justifier un prix plus élevé sur certaines offres”. Une manière d’espérer qu’après l’enthousiasme des débuts, les clients Free se lassent des inconvénients censés être le lot quotidien des abonnés à des forfaits à bas prix.
Ainsi, Xavier Niel avait-il reconnu, lors de son audition devant l’Assemblée nationale le 25 janvier, que son nouveau service avait connu quelques couacs. Il citait là un engorgement de la centrale d’appels réservée aux clients, tout en assurant que ces problèmes étaient passagers. Mais la concurrence espère qu’ils perdureront assez longtemps pour éloigner les clients de Free.