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Le Nigeria demeure paralysé par la grève générale qui menace de s'étendre au secteur du pétrole. Déjà affaibli par les attaques du groupe islamiste Boko Haram, le gouvernement de Goodluck Jonathan devrait lâcher du lest, estime un spécialiste.

Après quatre jours de grève générale au Nigeria, la mobilisation ne faiblit pas. Des dizaines de milliers de manifestants continuent de défiler pacifiquement dans les rues des grandes villes du pays pour protester contre le doublement des prix de l’essence.

La ville de Lagos, poumon économique qui compte 15 millions d’habitants, est particulièrement touchée par ce mouvement social, rapporte Tundé Fatundé, professeur à l’université du Lagos, interrogé par France24.com. "Je ne peux pas aller travailler depuis quatre jours, témoigne-t-il. Toutes les activités économiques et commerciales de la ville sont bloquées. Les transports en commun, les aéroports, les ports et les banques ne fonctionnent pas."

Les manifestants dénoncent la hausse du prix de l’essence, qui a doublé le 1er janvier (0,3 euro à 0,66 euro), en raison de la suppression par le gouvernement des subventions aux carburants. "La majorité de la population est trop pauvre pour payer le carburant à ce prix", explique l’universitaire. Dans ce pays le plus peuplé du continent (160 millions d’habitants), 70 % de la population vivent avec moins de deux dollars par jour, et 50 millions des jeunes sont sans emploi, selon la Banque mondiale.

Pour Laurent Fourchard, chercheur pour le laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM), le mouvement social touche l’ensemble du pays mais la mobilisation diverge selon les régions. "Le sud-ouest du pays est très affecté, comme les villes de Lagos et Kano, souligne-t-il. Cela s'explique en partie par le fait que l’État de Lagos est gouverné par des membres de l’opposition." Et de poursuivre : "En revanche, le Sud-Est est moins touché, notamment la région du Delta qui est, elle, gérée par un membre du parti de la majorité, le Parti démocratique populaire [PDP]".

Appel à l'arrêt de la production pétrolière

Malgré ces particularités régionales, les Nigérians restent unis derrière les syndicats nationaux, qui ont appelé à la poursuite de la grève jusqu'au rétablissement des subventions. De son côté, le principal syndicat nigérian du secteur pétrolier, la Pengassan (Petroleum and Natural Gas Senior Staff Association of Nigeria), a appelé à l'arrêt complet de la production à partir de dimanche minuit. Le pétrole est vital pour le pays, plus gros producteur de brut d'Afrique devant l'Angola avec près de 2,4 millions de barils par jour, et représente 90 % des exportations nationales.

La pression s’accentue donc sur le gouvernement de Goodluck Jonathan, déjà fortement fragilisé par les attaques du groupe islamiste Boko Haram (quelque 140 morts sont à déplorées dans les attaques antichrétiennes revendiquées par la secte depuis le 25 décembre 2011).

Corruption

Le gouvernement, qui a d'ores et déjà prévenu qu'il retiendrait les journées de salaire des fonctionnaires grévistes, devrait finir par céder, estime Laurent Fourchard, "comme ce fut le cas lors des précédents conflits, en 2004 notamment". "Le président Goodluck Jonathan a commis une erreur en doublant le prix du pétrole", poursuit le chercheur.

Selon des responsables officiels et des économistes nigérians, les autorités devraient réaliser 8 milliards de dollars (6,3 milliards d'euros) d'économies avec la suppression de cette subvention sur le carburant. Leur objectif : financer des infrastructures, mais aussi des programmes axés sur la santé et l’éducation.

Toutefois, les Nigérians ne cachent pas leur scepticisme quant à une répartition équitable de cette subvention entre les différents États du pays. Pour Laurent Fourchard, à travers ce mouvement social, les Nigérians s’élèvent aussi contre la corruption qui gangrène le pays. "Les Nigérians savent qu’ils ne verront pas la couleur de cet argent car ils ne croient pas à la redistribution des richesses."

Seule note d'espoir dans cette crise, une médiation entre les syndicats et le gouvernement est en cours afin de mettre un terme à la crise.