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Entretien historique entre Hillary Clinton et le président birman

Hillary Clinton, qui effectue la première visite d'un secrétaire d’État américain en Birmanie depuis 50 ans, a rencontré le président Thein Sein. Elle veut encourager l'ouverture du pays, théâtre de réformes depuis la dissolution de la junte.

AFP - La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'est entretenue jeudi avec les leaders du nouveau gouvernement birman lors d'une visite historique destinée à encourager et tester un régime isolé, qui a multiplié les réformes ces derniers mois.

"Je suis ici parce que le président (Barack) Obama et moi sommes encouragés par les mesures que vous et votre gouvernement avez prises pour votre peuple", a déclaré Mme Clinton lors d'une rencontre avec le président Thein Sein dans la capitale Naypyidaw.

"Votre visite est la première en cinq décennies. Votre visite est historique et sera un nouveau chapitre dans les relations", a de son côté souligné le président birman, par l'intermédiaire d'un interprète.

"J'apprécie l'atmosphère que vous avez créée pour des relations amicales", a ajouté l'ancien général et ancien Premier ministre de la junte, qui pousse aujourd'hui pour les réformes.

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Entretien historique entre Hillary Clinton et le président birman

Cette première visite d'un chef de la diplomatie américaine depuis John Foster Dulles en 1955 intervient après huit mois de réformes spectaculaires depuis la dissolution en mars de la junte, qui a transféré ses pouvoirs à un gouvernement dit "civil".

Dans un pays toujours dominé par les militaires, le nouveau régime a en particulier permis le retour au coeur du jeu politique de l'opposante Aung San Suu Kyi, libérée de résidence surveillée il y a un an.

Sa Ligue nationale pour la démocratie (LND), dissoute par les militaires en mai 2010 pour avoir annoncé son boycott des élections de novembre suivant, a décidé de se réenregistrer et de présenter des candidats aux prochaines législatives partielles.

La lauréate du prix Nobel de la paix a elle-même confirmé mercredi son intention de se présenter lors de ce scrutin, pour la première fois de sa carrière politique.

Avant son entretien avec Thein Sein, Mme Clinton a rencontré jeudi son homologue Wunna Maung Lwin. Selon des responsables américains, elle devait lui exprimer ses inquiétudes concernant des liens militaires supposés avec la Corée du Nord, même si les Etats-Unis ont indiqué ne voir aucun signe d'un programme d'armement nucléaire majeur dans le pays.

Elle doit ensuite se rendre à Rangoun et rencontrer Mme Suu Kyi, incontournable interlocutrice des capitales occidentales.

Mercredi, la fille du général Aung San, héros de l'indépendance assassiné, avait espéré lors d'une visioconférence entre la Birmanie et Washington que le voyage de Mme Clinton contribuerait à encourager le changement.

"J'espère que la visite de la secrétaire d'Etat Clinton ouvrira la voie à une relation meilleure (...) et qu'il y aura une sorte d'entente qui profitera à l'avancée des réformes", avait-elle déclaré.

La secrétaire d'Etat avait elle-même espéré mercredi, juste avant son arrivée, que les efforts de réformes se traduiraient par un véritable "mouvement pour le changement".

Elle avait indiqué aux journalistes qu'elle déterminerait par elle-même "quelles sont les intentions du gouvernement actuel en ce qui concerne la poursuite des réformes, politiques et économiques".

Elle a plusieurs fois indiqué qu'elle n'envisageait pas la levée immédiate des sanctions économiques américaines, étape qui nécessiterait de toute façon l'approbation du Congrès.

Les Etats-Unis ont d'autres outils potentiels à leur disposition pour encourager le nouveau régime, comme l'augmentation de l'aide au développement dans un pays très riche en ressources naturelles mais malgré tout l'un des plus pauvres de la planète.

Ils pourraient également nommer un ambassadeur en Birmanie, où ils sont représentés par un diplomate de rang inférieur depuis les élections de 1990, remportée largement par la LND, qui n'a jamais été autorisée à exercer le pouvoir.

Mme Clinton devait d'autre part insister pour la libération de tous les prisonniers politiques.

Environ 200 d'entres eux, dont le célèbre humoriste Zarganar, avaient été libérés en octobre, mais entre environ 500 et plus de 1.600 selon les estimations sont toujours derrière les barreaux.