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Le procureur a requis la relaxe générale pour l'ancien président Jacques Chirac et ses neuf coprévenus dans le principal volet de l'affaire des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris.
AFP - Le parquet, sans surprise, a requis mardi la relaxe générale pour Jacques Chirac et ses neuf coprévenus dans l'affaire des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris.
Concluant environ deux heures et demie de réquisitoire, le procureur Michel Maes a d'abord demandé la relaxe de l'ancien président de la République, jugé en son absence pour raisons de santé, et de ses coprévenus dans le principal volet de l'affaire, qui avait été instruit à Paris.
"Je demande la relaxe pour l'ensemble des prévenus pour les faits qui leur sont reprochés", a-t-il déclaré.
"Si vous deviez considérer que le délit est constitué, vous prononcerez une dispense de peine", a-t-il ajouté à l'adresse du tribunal, concernant un des 28 emplois visés par le procès, l'attribution d'un chauffeur à l'ancien secrétaire général de Force ouvrière, Marc Blondel.
Dans un second temps, Michel Maes a requis la relaxe dans l'autre volet de l'affaire, qui avait été instruit à Nanterre et dans lequel Jacques Chirac est le seul prévenu.
"La preuve n'est pas rapportée que Jacques Chirac avait connaissance des situations individuelles... Vous prononcerez la relaxe", a-t-il conclu.
"C'est totalement caricatural, à la limite du ridicule", a réagi à l'extérieur de la salle d'audience Me Jérôme Karsenti, avocat de l'association anticorruption Anticor, qui s'est constituée partie civile au procès.
Cela démontre "la maladie de la justice française, on voit bien l'asservissement au pouvoir politique", a-t-il ajouté.
itMe Georges Kiejman, un des avocats de Jacques Chirac, s'est en revanche félicité de la demande de relaxe. "Le plus important, c'est qu'elle a été motivée." "La théorie affirmée avec un peu de légèreté qu'il y aurait eu un sombre complot me paraît avoir été mise à mal", a-t-il estimé.
L'autre représentante du ministère public, Chantal de Leiris, avait auparavant vivement contesté que les procédures de recrutement des chargés de mission reprochés à Jacques Chirac et ses coprévenus aient été "occultes" ou "frauduleuses".
"Les procédures péchaient par un manque de rigueur administrative" et une possible "dilution des responsabilités", a concédé Chantal de Leiris.
Mais, "en tous cas, il n'y a pas de système frauduleux", "encore moins mafieux", a-t-elle affirmé . "On est loin des affirmations péremptoires de l'ordonnance de renvoi", qui a fait état d'une gestion opérée "dans la plus grande opacité", a-t-elle également asséné.
En septembre 2009 et octobre 2010, au terme de l'instruction des deux volets de l'affaire, le ministère public avait requis un non-lieu général. Le parquet a donc pris ses réquisitions dans la logique de cette ligne.
Les deux vice-procureurs ont pris la parole pour s'employer à démontrer que les 28 emplois litigieux, rémunérés par la mairie de Paris au début des années 90, avaient bien une utilité pour la municipalité ou, dans le cas contraire, que Jacques Chirac n'avait pas connaissance de leur caractère fictif.
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Les faits remontent à l'époque où l'ex-président était maire de Paris, président du RPR, et préparait la présidentielle de 1995, qu'il a remportée après deux échecs successifs.
Chantal de Leiris a considéré que Jacques Chirac n'était pas "le concepteur de la procédure de recrutement des chargés de mission", une pratique "qui existait avant son arrivée à la mairie de Paris" en 1977.
Elle a en outre appelé le tribunal à "réfléchir à (la) dimension internationale du maire de Paris" et au caractère "politique" de sa fonction.
Concernant ses directeurs de cabinet, elle a estimé qu'ils n'étaient "qu'un maillon de la chaîne de recrutement" et ne pouvaient être considérés comme "complices". Leur signature, a-t-elle ajouté, "n'était qu'un acte formel".
L'audience se poursuivait mardi en fin d'après-midi avec les premières plaidoiries de la défense.