
Vladimir Poutine et Xi Jinping à Pékin, le 20 mai 2026. © Maxim Shemetov, Reuters
Le président chinois Xi Jinping reçoit mercredi 20 mai Vladimir Poutine pour un sommet affirmant la force des relations entre les deux puissances, moins d'une semaine après l'entreprise de détente menée à Pékin par leur homologue américain Donald Trump.
Xi Jinping a accueilli Vladimir Poutine par une poignée de main au pied des marches du Palais du Peuple dans le centre de Pékin, quelques jours après avoir fait de même avec Donald Trump. Puis les leaders des deux géants asiatiques, qui se donnent du "vieil ami" et du "cher ami" et se sont rencontrés presque 40 fois au cours de plus de 13 années d'exercice concomitant du pouvoir, auront une série d'entretiens.
Ils discuteront de la visite de Donald Trump, parmi les différents sujets brûlants d'intérêt commun comme la guerre au Moyen-Orient, les approvisionnements énergétiques, les remises en cause de l'ordre international, anticipent les experts. La guerre livrée en Ukraine par la Russie devrait aussi être abordée, même si les analystes jugent peu probable que Xi Jinping fasse pression sur Vladimir Poutine.
Le projet de grand gazoduc "Force de Sibérie 2" qui relierait les plus grosses réserves de gaz naturel russes dans le nord de la Sibérie et la Chine pourrait aussi être évoqué. Il est capital pour la Russie, qui y voit un débouché pour ses hydrocarbures délaissés par l'Europe à la suite de la l'invasion de l'Ukraine. Mais sa réalisation tarde.
Trump puis Poutine, un enchaînement fortuit ?
Vladimir Poutine cherchera auprès de Xi Jinping l'assurance que la décrispation tentée avec les États-Unis à l'occasion de la visite de Donald Trump n'aura pas lieu aux dépens de la Russie, conjecturent les analystes. Les deux parties présentent le sommet comme l'illustration de rapports anciens à l'épreuve des turbulences. L'occasion en est le 30e anniversaire d'un "partenariat de coordination stratégique".
Le Kremlin décrit l'enchaînement des visites de Donald Trump et Vladimir Poutine comme fortuit. La venue de Vladimir Poutine, qui en est à sa 25e visite en Chine, était prévue avant que Donald Trump ne reporte la sienne initialement programmée fin mars.
"Les relations sino-russes constituent l'une des relations entre grandes puissances les plus stables, les plus matures et les plus stratégiquement précieuses du monde actuel", dit la chaîne d'État chinoise en anglais CGTN. Les relations ont atteint "un niveau véritablement sans précédent", a affirmé Vladimir Poutine dans une vidéo adressée au "peuple chinois".
"Intérêts communs" à la Chine et à la Russie
Au-delà de la visite de Donald Trump, qui n'a pas donné lieu à de grandes annonces, Chine et États-Unis restent au contraire engagés dans une intense rivalité stratégique, commerciale et technologique.
CGTN souligne l'étendue des "intérêts communs" à la Chine et à la Russie. Tous deux sont opposés à un ordre mondial dominé par les États-Unis et l'Occident. Xi Jinping et Vladimir Poutine devraient signer une déclaration en faveur d'un monde multipolaire. Chine et Russie sont par ailleurs des partenaires de longue date de l'Iran et de la Corée du Nord.
Les liens sino-russes se sont renforcés après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Les exportations de pétrole russe vers la Chine ont augmenté d'environ 30 %, montrent des données de centres d'analyse européens.
La relation est déséquilibrée. Les importations russes n'ont représenté qu'environ 5 % des importations de la Chine en 2025, selon les Douanes chinoises. À l'inverse, la Chine a représenté plus du tiers des importations et plus du quart des exportations de la Russie en 2025, selon l'agence russe Tass. La Chine était fin 2025 le principal acheteur de pétrole brut et de charbon russes et le deuxième de gaz acheminé par pipeline, selon le Centre de recherche sur l'énergie CREA.
La Chine est directement impactée par les blocus iranien et américain du détroit d'Ormuz, par lequel transite une grande partie de ses approvisionnements. "Le renforcement des liens dans l'énergie pourrait occuper une place importante durant la rencontre, Pékin voulant obtenir davantage d'énergie russe", estime Joseph Webster, chercheur à l'Atlantic Council.
Mais la Chine, soucieuse de diversification, veillera à ne pas tomber dans une dépendance vis-à-vis de la Russie, préviennent les analystes. Les points de vue sur la guerre américano-israélienne contre l'Iran pourraient diverger, la Russie profitant du conflit grâce à un assouplissement des sanctions, anticipent-ils.
Avec AFP
