
Le salon mondial de l’automobile de Detroit démarre dans un climat teinté d’optimisme. Les constructeurs veulent faire de ce rendez-vous un symbole : cette industrie est de nouveau en pleine forme. Reflet de la réalité ou méthode Coué ?
Detroit revit. Du moins, les constructeurs automobiles qui y sont réunis jusqu’au 23
janvier pour le Salon mondial de l’automobile le répètent. Dans cette ville meurtrie par la crise, ils annoncent tous que le pire est passé et que le secteur est à l’aube d’un nouvel âge d’or. Un tel optimisme ne frôle-t-il pas la méthode Coué ?
"Les signaux positifs sont incontestables", juge Nejat Seyhun, professeur d’économie spécialisé dans l’industrie automobile à l’Université du Michigan. En 2011, il estime que près de 13 millions de véhicules seront vendus aux Etats-Unis, la meilleure année en trois ans.
Le marché américain montre un regain d’intérêt certain pour les constructeurs du monde entier. Ce n’est pas un hasard si Porsche fait un retour remarqué à ce salon. La marque de luxe allemande n’avait pas pointé le bout de ses enjoliveurs à Detroit depuis quatre ans. Avec les prix du pétrole revenus à des niveaux plus normaux, des crédits qui recommencent à être octroyés, la demande est repartie à la hausse. Pour marquer le coup, les organisateurs du salon ont annoncé que 40 nouveaux modèles – quasiment le double qu’en 2010 – allaient être présentés.
Grosses cylindrées vs voitures électriques
Les constructeurs américains profitent également des problèmes de Toyota aux Etats-Unis. Le premier constructeur mondial ne s’est jamais réellement remis du scandale occasionnés par les rappels de voitures qui l’avait ébranlé fin 2009. "GM et Ford ont repris l’an passé 2% de parts de marché à leur concurrent japonais", rappelle Nejat Seyhun. Surtout, l’image de marque de Toyota a beaucoup pâti de cette histoire. "Les Américains qui jugeaient Toyota plus fiable que Ford ou GM ont complètement changé d’avis", confirme Nejat Seyhun.
Tout n’est pas rose pour autant au royaume des quatre roues made in USA. Même si les prévisions de ventes pour 2011 se réalisent, le record de 2007 (17 millions de voitures vendues) est encore loin. Au-delà, il y a là un choix risqué. Les trois stars de Detroit, GM, Ford et Chrysler ont décidé de présenter de nouveaux modèles de grosses cylindrées lors de ce salon. Ils parient sur un retour de cette tradition automobile américaine en 2011 alors que les constructeurs européens et asiatiques misent tout sur les voitures électriques ou hybrides. Certes GM et sa "Chevy Volt" ou Ford et sa "Focus" ont également un modèle hybride dans leur panoplie. Mais les sommes investies dans ces nouvelles grosses cylindrées risquent de manquer si le phénomène de la voiture électrique décolle vraiment.
Surtout que le marché américain ne peut plus suffire à un constructeur. L'achat de voitures en Chine a connu une croissance de près de 40% en 2010. Les autres marchés émergents – Amérique du Sud, Russie – gagnent aussi en importance. "Certes, la réputation du marché américain demeure très forte, mais le secteur devient de plus en plus multi-polaire et il faut en tenir compte dès maintenant", conclut Nejat Seyhun.