Dans un livre d'entretiens à paraître prochainement, Benoît XVI a autorisé l'utilisation du préservatif "dans certains cas". Outre ce propos déjà largement commenté, le pape aborde nombre de sujets sur lesquels il était attendu.
Dans le livre "Lumière du monde - le pape, l'Église et les signes des temps", recueil d’entretiens réalisés en collaboration le journaliste allemand Peter Seewald, le pape Benoit XVI aborde diverses questions qui ont touché, à un moment ou à un atre, les cinq années de son pontificat.
Le livre doit être officiellement présenté à la presse la semaine prochaine ; pourtant, de larges extraits ont
déjà été publiés et les réactions ne se sont pas fait attendre, notamment sur le tournant qu’il a pris quant à l’utilisation du préservatif. Très attendue du grand public, cette question n’est toutefois pas la seule à avoir été abordée ou à avoir suscité des réactions. Retour sur les points les plus importants.
- Sur l’utilisation du préservatif et sur la sexualité
"Ouverture d’une brèche" : l’expression est souvent revenue dans la presse en réaction à la prise de position du pape sur le préservatif. Dans le recueil d’entretiens à paraître mardi, Benoît XVI prend l’exemple d’un homme prostitué. Le souverain pontife évoque l’utilisation du préservatif comme possible "dans certains cas, quand l'intention est de réduire le risque de contamination, cela peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement".
Nombreux sont ceux qui, notamment au sein de la communauté catholique et dans les associations de lutte contre le sida, saluent ce changement de discours, le qualifiant de "pas en avant". D’autres estiment cependant cette évolution trop timide. Pour l’association de lutte contre le sida Act-Up, le pape "est encore loin du compte". Le Sidaction s’est quant à lui dit "désolé" de la position de Benoît XVI, toujours "à l'opposé des certitudes scientifiques" sur un usage étendu du préservatif.
Plusieurs théologiens, nuancent toutefois le caractère révolutionnaire de la déclaration papale. Ils rappellent qu’il ne s’agit pas d’une transformation du dogme de l’Eglise sur la contraception, mais plutôt d'une évolution de son discours.
Par ailleurs, pour Christian Terras, rédacteur en chef de la revue catholique critique "Golias", Benoît XVI "tente de réagir face au discrédit avancé dont il est l’objet" depuis sa "déclaration choquante" de 2009. Il fait référence à la phrase que le souverain pontife avait prononcée dans l’avion qui le transportait vers l’Afrique, affirmant que le préservatif "aggravait" le problème du sida.
- Sur Pie XII
D’autres déclarations du recueil d’entretiens n’ont pas été reçues de façon aussi positive. Benoit XVI confirme qu’il maintient, malgré la polémique, le procès en béatification du pape Pie XII, accusé de ne pas s’être prononcé contre la Shoah et les déportations de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Allant encore plus loin, il affirme que son prédécesseur a été "l'un des grands Justes, qui a sauvé des juifs plus que personne". Selon Benoït XVI, "il est parfaitement clair que s'il avait protesté publiquement, les Allemands auraient aussitôt cessé de respecter" l'extraterritorialité vaticane des couvents et des monastères de Rome, où se cachaient des juifs. "Les milliers d'entre-eux qui y avaient trouvé refuge (...) auraient certainement été déportés", avance t-il.
La réaction de la communauté juive ne s’est pas fait attendre. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a notamment rappelé que l’opinion du pape "n'est partagée par aucun historien sérieux".
Ces "commentaires nous remplissent de douleur et de tristesse", a réagi dimanche Elan Steinberg, vice-président du Rassemblement américain des rescapés juifs de l'Holocauste et de leurs descendants. Ils "jettent une ombre menaçante sur les relations entre le Vatican et les juifs », a-t-il estimé.
- Sur les scandales de pédophilie
Benoît XVI et Peter Seewald sont également revenus au cours de leurs entretiens sur les scandales provoqués par les cas de pédophilie chez des prêtres qui ont littéralement frappé l’Eglise catholique cette année.
Admettant que les affaires d'abus sexuels n’étaient pas arrivées "de façon totalement inattendue (...)", il évoque cependant un "choc inouï" face à l’ampleur du scandale.
A la question de savoir si pendant ce scandale il a pensé à démissionner, il répond : "Il ne faut pas fuir quand le danger est grand. Par conséquent, ce n'est certainement pas le moment de démissionner".
- Sur l’Islam
Autre point marquant abordé dans le recueil d’entretiens, l’ouverture à l’Islam. Benoît XVI prône un dialogue "sincère". Il dit également ne pas voir de justification à l'interdiction en Europe du port du voile intégral par des musulmanes.