
, envoyée spéciale à Perpignan – Le webdocumentaire "Prison Valley", qui propose un voyage dans l’industrie carcérale dans le Colorado, a reçu le prix du webdocumentaire France 24 et RFI au 22e festival Visa pour l’image. Retour sur 18 mois de dur labeur.
"C’est la version 'clean' de l’enfer". Relevée dans un média américain, cette phrase pique la curiosité de Philippe Brault, photographe français. Il se renseigne : une ville de 36 000 âmes s'est construite dans un coin reculé du Colorado, aux États-Unis, autour d’une "mono-industrie". Alors que des villes vivent de l’automobile ou du high-tech, Canon City vit au rytme de ses treize prisons - un quatorzième établissement est en construction.
Fin 2008, avec son acolyte, David Dufresne, ancien journaliste à "Libération", Philippe Brault fait le projet de partir à la rencontre des habitants qui ont tous, par leur métier, un pied hors de prison, et un pied "dedans".
Un an et demi plus tard - dont cinq petites semaines sur place et plusieurs longs mois d’intense travail de mise en scène graphique et web -, le webdocumentaire "Prison Valley" se présente un peu comme un road-movie interactif. L’internaute est invité à voyager à bord d’une large voiture américaine, à loger dans des motels miteux, et à frapper à la porte de différents protagonistes du récit : le shérif, la jeune journaliste, l’activiste pour le droit des prisonniers, le gardien de prison… Il est même possible de dialoguer par "chat" avec eux.
Ce travail de longue haleine - qui a également mobilisé durant huit mois pleins une équipe d’une dizaine de collaborateurs emmenée par Alexandre Brachet chez Upian -, a été récompensé par le prix du webdocumentaire, organisé par France 24 et RFI à l'occasion du 22e festival de photojournalisme Visa pour l’image, à Perpignan. "On a tout de suite apprécié la démarche de ces journalistes indépendants, qui se sont donné les moyens d'une enquête rigoureuse, au long cours", explique le président du jury, Samuel Bollendorff. La qualité de la narration, à la fois linéaire et interactive, séduit.
Le webdocumentaire est-il le nouvel eldorado du photojournalisme ? Philippe Brault y a trouvé son compte, en tout cas. Peut-être pas financièrement - car malgré l’aide débloquée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), et la collaboration avec la maison de production Upian et la chaîne de télévision Arte, le budget de 30 000 euros n’est toujours pas à l’équilibre. Mais le projet a comblé les attentes de ce féru de photos et de vidéos. "Je suis très heureux d’avoir fait ce travail. J’ai pris beaucoup de plaisir à manier de nouveau la caméra - ce que je n’avais pas fait depuis que j’étais assistant caméra dans le cinéma au début de ma carrière -, et j’ai appris des tas de choses au niveau de l’informatique et du Web. En fait, c’est l’année où j’ai le plus appris depuis 10 ans."
Le jury de ce 2e prix du webdocumentaire a aussi été fortement séduit par "Times of Crisis", un projet réalisé par Reuters. "Cette gigantesque agence de presse a détaché une équipe pour qu'elle retrace la crise économique en photographie, décrit Samuel Bollendorff. Les chiffres deviennent des visages, et la fameuse crise financière qui a commencé à l’automne 2008 prend forme humaine. C’est un vrai enjeu que de mettre ainsi en forme cette information brute et rigoureuse sur le plan journalistique. Et c’est même étonnant que cette agence, cotée en bourse, véhicule un message engagé politiquement." Pour saluer ce travail, le jury accorde à l’équipe de 'Times of Crisis' une "mention spéciale".
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