logo

Alors que l’Europe de l’Est connaît le taux de contamination au VIH le plus élevé de la planète, aucun acteur politique de la région ne s’est déplacé à la Conférence internationale sur le sida. "Une absence inquiétante", selon un expert.

Ils étaient attendus, aucun n’est venu. Les responsables politiques d’Ukraine, de Russie et des pays de l’ex-bloc soviétique n’ont pas assisté à la Conférence internationale sur le sida qui s'achève aujourd’hui, à Vienne. "Une absence regrettée et inquiétante", selon Jean-Paul Moatti, directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Car, selon les dernières estimations de l'Onusida, c’est dans cette région que la maladie progresse le plus. Avec, comme premier facteur de contamination, la drogue. Plus de 80 % des personnes qui y sont officiellement répertoriées comme séropositives consomment des drogues par injection.

Un palmarès macabre qui serait à l’origine de l’absence des acteurs politiques dans la capitale autrichienne. Dans les pays de l'Est, les toxicomanes, considérés comme de véritables parias de la médecine, sont relégués au rang de citoyens de seconde zone. Violentés, exclus, non-traités, "ils sont criminalisés", explique Jean-Paul Moatti.

La politique de l’autruche

Pour le chercheur, les grands absents n’ont eu d’autres choix que celui de faire la politique de l’autruche. "Tous ces responsables savent parfaitement qu’en laissant les toxicomanes sur le bord de la route, le problème du sida ne fera que s’aggraver. Mais ils ne veulent pas se l’entendre dire. Venir à Vienne, c’est remettre en cause leur politique", explique-t-il.

Dans ces pays, le bilan sanitaire et social est pourtant déplorable. Certains malades n’osent même plus se présenter dans les centres de soins. "Fréquemment, les consommateurs de drogues qui viennent chercher des médicaments sont arrêtés par la police. En Ukraine, ils peuvent être détenus 72 heures. Ils voient leur identité relevée puis inscrite dans les fichiers gouvernementaux", révèle également la revue médicale "The Lancet", qui publiait récemment une étude sur le sujet.

D’un point de vue médical, la situation est tout aussi intolérable. "On sait comment stopper l’épidémie dans la population toxicomane, mais les pays ne sont pas prêt à faire leur révolution mentale en acceptant les marginaux", explique le chercheur.

Un peu de baume au cœur cependant : la présence à Vienne des militants des ONG et du milieu associatif, très actifs dans les pays de l’Est, redore le blason de ces États "défaillants". "Ils font un travail de grande qualité dans des conditions épouvantables, déplore Jean-Paul Moatti. Heureusement que ces personnes se bougent sur le terrain pour sauver la vie de malades si dérangeants dans une société si hypocrite."