
Coincés entre un gouvernement nationaliste et des rebelles qui mènent une guerre en son nom, les Tamouls du Sri Lanka sont pris en étau dans un conflit qui les dépasse. ATTENTION : certaines images du reportage peuvent choquer.
Le Sri-Lanka, qui a tout d’une île paradisiaque, n'a connu que la guerre ces trente dernières années. Le bilan est lourd. Plus de 70 000 victimes sont tombées lors des affrontements entre les forces de l'armée et les séparatistes tamouls. Le mois dernier le cessez-le-feu en vigueur depuis 2002 a volé en éclats et la guerre a repris ses droits. La région nord du pays est au centre du conflit. Elle est revendiquée par les Tigres tamouls, des rebelles hindouistes dans un pays peuplé majoritairement par des cinghalais bouddhistes. Deux communautés qui vivent entre la terreur et la méfiance.
En marge du conflit, les arrestations arbitraires et les disparitions rythment le quotidien de la population tamoule. Les organisations humanitaires font aujourd’hui état de 12 000 personnes disparues, depuis le début du conflit.
Le ministre sri-lankais des Affaires sociales justifie la politique d’arrestations massives en expliquant que les Tamouls n’ont pas le choix, puisque selon lui « ils sont tous, qu’ils le veuillent ou non, parties prenantes dans le conflit ». Il ajoute que «s’ils ne soutiennent pas la politique des Tigres Tamouls, ils sont eux-mêmes harcelés par les terroristes ».
Mano Ganeshan, avocat et membre du comité de Défense des Tamouls, se bat depuis des années pour dénoncer les emprisonnements arbitraires et les discriminations dont sont victimes les membres de sa communauté. Menacé à cause de ses prises de positions, il ne sort plus de chez lui et vit dans la crainte d’un attentat. Il dénonce le « nettoyage ethnique » de la capitale, qui se manifeste par ces déplacements forcés de Tamouls. Il tente d’aider les mères désespérées à la recherche de leurs fils détenus. Certaines femmes ont perdu la trace de leurs enfants après un simple contrôle d’identité. Selon lui, « nombreux sont les Tamouls qui sont détenus cinq, six ans, sans aucun procès, au nom de l’état d’urgence et de la lutte contre le terrorisme. Certaines mères meurent sans jamais avoir revu leurs enfants. »
Attisée par le nationalisme des autorités qui se radicalise, la tension est aujourd’hui palpable dans les rues de Colombo. Trois décennies de combats, d’attentats et d’assassinats auront contribué à creuser définitivement le fossé entre les communautés tamoules et cinghalaises. Pour la majorité des Cinghalais, les Tamouls ne sont que des hindous de basses castes originaires d’Inde et débarqués par les Anglais au siècle dernier pour travailler sur les plantations de thé.