
À Chicago, des commerces affichent des visuels sur leurs vitrines qui interdisent l’entrée aux agents de la police anti-immigration. © Observateurs/TikTok
"L’ICE n’est pas la bienvenue ici", "ICE hors de ma propriété", "Zones sans raids de l’ICE". Aux États-Unis, de plus en plus de messages hostiles aux agents de la police de l’immigration – l'Immigration and Customs Enforcement, ou ICE – apparaissent sur les vitrines des magasins, comme en témoignent des vidéos partagées sur les réseaux sociaux ces dernières semaines.
C’est notamment le cas dans la région de Chicago, cible d’une vaste opération de l’ICE depuis le 8 septembre. Baptisée "Midway Blitz", celle-ci a déjà conduit à plus de 1 500 arrestations à travers l’Illinois, selon le département américain de la Sécurité intérieure (DHS).
En réaction, le maire démocrate de Chicago, Brandon Johnson, a signé le 6 octobre un décret créant des "zones sans ICE" ("ICE-free zones"). Ce décret interdit notamment aux agents de l’ICE d'utiliser les propriétés de la ville, comme les parkings municipaux, pour leurs opérations. Il invite également les commerçants à "se joindre à l'effort municipal pour protéger [leurs] communautés" en affichant des pancartes interdisant l'accès aux agents de l'ICE, à moins qu'ils ne présentent un mandat judiciaire.
"Si nous avons une plateforme et le privilège de pouvoir nous exprimer, alors c'est notre obligation de le faire"
Parmi les commerces locaux qui ont affiché des pancartes s'opposant aux opérations de l’ICE se trouve The WasteShed, une ressourcerie spécialisée dans le matériel artistique et les fournitures scolaires implantée à Chicago et dans la banlieue nord d’Evanston.
Une de leurs affiches montre une main tenant une allumette dont la flamme fait fondre un glaçon. Elle est surmontée de l’inscription "Zone sans ICE" (le mot "ice" signifie "glace" en anglais).
"Les agents d'ICE/CBP [l’Agence de protection des frontières, NDLR] n'ont pas l'autorisation d'entrer dans ce commerce sans mandat judiciaire valide", indique également le panneau.

La directrice exécutive de The WasteShed, Eleanor Ray, a expliqué à la rédaction des Observateurs de France 24 pourquoi elle a choisi d’afficher ce poster :
"Il y a eu beaucoup de perturbations et d'anxiété à Chicago récemment à cause des activités de l'ICE. Les agents de l'ICE ont été extrêmement agressifs ; il y a eu énormément de raids. Toute la communauté est, à juste titre, très bouleversée par cette situation. L'ICE agit clairement en toute impunité.
Nous avons donc créé nos propres affiches – également en espagnol – pour les placer sur la vitrine et signifier notre opposition à ce qui se passe, pour montrer que nous y pensions. Nous voulons rassurer notre communauté en lui disant que nous faisons tout notre possible pour la protéger.
Nous ne sommes pas touchés au même degré que d'autres entreprises de notre quartier, mais une partie substantielle de notre clientèle est latino.
La justice sociale et environnementale a toujours été un pilier de notre travail. Et je pense que si nous avons une plateforme et le privilège de pouvoir parler au nom des membres de notre communauté qui nous sont chers, alors c'est notre devoir de le faire."
"Zones sans ICE"
Eleanor Ray explique qu’elle réfléchissait à afficher ces panneaux depuis des semaines. L’idée, dit-elle, a germé au moment de l'élection du président Donald Trump, mais s’est particulièrement imposée après les descentes de l’ICE à Los Angeles en juin. Elle se dit "heureuse" que la ville ait adopté un décret sur le sujet :
"Quand ils ont voté l’arrêté, je me suis dit : 'OK, on a une base légale solide pour dire à ces gens qu'ils n'ont pas le droit d’entrer dans un lieu autrement ouvert au public.'
Auparavant, seules les zones privées d'un commerce leur étaient interdites, donc on s'était simplement assuré de désigner une partie de notre espace comme privée.
Quand ils ont voté cet arrêté nous permettant de déclarer l'intégralité du lieu interdit à l'ICE, on a immédiatement affiché un panneau disant : 'Ne venez pas ici. Nous ne soutenons ni ne voulons de votre intervention dans notre communauté.'"
En signe de soutien, WasteShed a également déclaré être une "zone sans ICE" sur son compte Instagram, rappelant que garantir la sécurité de sa clientèle était une priorité.
"Nous sommes conscients que la situation est effrayante en ce moment. Nous voulons que tout le monde se sente en sécurité et bienvenu chez nous... [Nous] ne coopérerons pas avec les forces de l'immigration fédérales," indique la légende de la publication.
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Accepter Gérer mes choixPlusieurs organisations, comme l’Illinois Workers in Action et l’Immigrant Legal Resource Centre, ont mis à disposition des visuels prêts à l’emploi que les entreprises peuvent imprimer, afficher ou partager sur les réseaux sociaux. La Ville de Chicago a également distribué gratuitement des affiches.
Eleanor affirme que ces pancartes se sont "largement répandues" dans la ville. "Je pense que la communauté est assez unie sur le fait de ne pas vouloir de ces gens-là [les agents de l’ICE] ici. Leurs priorités ne sont pas les nôtres. Leurs tactiques ne sont pas les nôtres", souligne-t-elle.
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Accepter Gérer mes choixLe compte X de réponse rapide de la Maison Blanche a immédiatement condamné l'initiative du maire de Chicago, déclarant : "C’est DÉGOUTANT. Il aide et encourage des criminels clandestins meurtriers, violeurs, trafiquants et membres de gangs."
"C'est une période absolument terrifiante pour beaucoup de gens"
Pour Eleanor Ray, afficher son soutien est d’autant plus crucial qu’elle est témoin de l’impact des raids sur les membres de sa communauté :
"C'est une période absolument terrifiante pour beaucoup de gens. Les immigrés de notre communauté ont peur, et quiconque ayant le teint mat a – et c’est compréhensible – peur parce qu'il risque d'être visé. L'ICE interpelle des gens dans la rue et les détient en moins de dix minutes. Ils ne mènent pas d'enquête très approfondie sur l'identité des gens ou leur statut légal. Ils agissent d’abord et posent des questions après. Donc les gens évitent les déplacements inutiles.
Nous avons dû annuler des événements. Nous organisions des ateliers d’art populaire mexicain, mais les participants ne se sentaient pas de venir, car le quartier était visé par des raids, ce qui est tout à fait compréhensible."
Le mouvement visant à créer des "zones sans ICE" commence à s’étendre au-delà de Chicago. Des localités comme le comté de Santa Clara en Californie ou Evanston, dans la banlieue de Chicago, ont adopté des politiques similaires ces derniers jours.
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Accepter Gérer mes choix"Rien n'est suffisant actuellement"
Bien qu’Eleanor Ray qualifie le geste de "très peu de choses", elle explique que ces pancartes sont l’une des manières trouvées par la communauté pour résister.
"Je pense que tout le monde reconnaît que ce n'est pas suffisant, et que rien n'est suffisant actuellement. Mais nous essayons tous de trouver ce que nous pouvons contrôler et de le mettre en place.
Je sais que de nombreuses opérations d'entraide ont été mises en place pour livrer des courses aux gens afin de minimiser les points de vulnérabilité. Il y a aussi une école primaire de l’autre côté de notre pâté de maisons, où la majorité des élèves sont des enfants noirs ou métis. Des patrouilles de quartier ont donc été organisées pour s'assurer que les parents peuvent récupérer leurs enfants en toute sécurité après l'école. Nous nous efforçons de soutenir ce genre d'initiatives."
Cet article a été traduit de l'anglais. L'original est à retrouver ici.
