
Jean-Marie Messier, l'ancien patron de Vivendi accusé de malversations, est sorti aujourd'hui du tribunal correctionnel de Paris après trois jours de comparution. Le jugement sera rendu le 19 novembre 2010.
AFP - Jean-Marie Messier, grâce à ses talents intacts de communicant et un parquet convaincu de son innocence, a parfaitement maîtrisé son rendez-vous avec la justice française, qui va devoir trancher d'ici le 19 novembre sur les soupçons de malversations imputés à l'ex-PDG de Vivendi Universal.
L'ancien patron emblématique du CAC 40, âgé de 53 ans, peut quitter assez serein la 11ème chambre du tribunal correctionnel de Paris où il a comparu du 2 au 25 juin: une relaxe générale a été requise par le parquet.
En janvier dernier, dans le cadre d'un procès en action collective, un tribunal américain avait déjà dédouané "J2M" des soupçons de mensonges sur les comptes du groupe qu'il a dirigé jusqu'en juillet 2002. Le groupe Vivendi avait été condamné.
A Paris, Jean-Marie Messier, notes et graphiques en main, a adopté une ligne de défense déjà rôdée à New York: reconnaître des erreurs dans la gestion du groupe de médias et communications en plaidant un contexte difficile (éclatement de la bulle internet, 11-septembre, rivalités internes entre administrateurs).
Et surtout: démentir formellement la moindre volonté de tromper les marchés et les actionnaires en leur dissimulant le niveau réel d'endettement du groupe. L'ancienne star du capitalisme français a assorti sa mise au point d'un discours humble et repentant, regrettant son "arrogance" passée.
Poursuivi pour "diffusion d'informations fausses ou trompeuses" sur la santé financière du groupe, "abus de bien social" en lien avec son parachute doré et "manipulation de cours" de l'action Vivendi, Jean-Marie Messier a systématiquement protesté de sa "bonne foi".
Il a pointé les failles du dossier: peut-on lui reprocher l'abus de bien social que constituerait un parachute doré qu'il a négocié, mais jamais touché? Doit-il être condamné pour avoir massivement racheté des actions Vivendi après les attentats du 11 septembre afin de protéger l'entreprise des spéculateurs? Les autorités boursières aux Etats-Unis, où Vivendi était également cotée, avaient assoupli leurs règles en la matière.
Sa défense converge avec la position du parquet aux yeux duquel aucun élément du dossier ne permet d'établir sa culpabilité. Il faudrait pour cela détenir la preuve d'une intention délictueuse.
Or, pour le ministère public, rien ne démontre que le dirigeant et les anciens collaborateurs jugés à ses côtés ont délibérément cherché à induire en erreur analystes et petits porteurs.
Face à ce tir de barrage, les avocats des parties civiles, représentant les actionnaires lésés de Vivendi, ont endossé le rôle de l'accusation et mené la charge contre les prévenus.
Environ 300 particuliers réclament à la justice française une indemnisation compensant l'effondrement du titre Vivendi après la démission forcée de Messier confronté à une crise de liquidités du groupe.
Mais dans un procès sans témoin, constitué uniquement de fastidieuses lectures des pièces du dossier, leurs représentants ont souvent eu du mal à porter la contradiction à l'ancien PDG.
Ils ont régulièrement invoqué un argument de poids: la condamnation prononcée à l'encontre de Messier par l'autorité des marchés financiers (AMF), et partiellement confirmée par la cour d'appel de Paris en 2005, pour avoir mal informé les marchés.
Quel camp emportera la conviction des juges de la 11ème chambre, qui rendra sa décision le 19 novembre? Patron aujourd'hui anonyme, délaissé par les médias au profit du prévenu Jérôme Kerviel, Jean-Marie Messier espère définitivement solder ses comptes avec la justice.