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"Tous ces gens travaillaient" : à son procès en appel, Marine Le Pen nie l'existence d'un "système"
Jugée en appel pour détournement de fonds, l'ex-présidente du RN a assuré mardi qu'il n'existait "pas de système généralisé", plaidant des situations distinctes pour chaque assistant parlementaire. Condamnée en première instance et actuellement inéligible, elle est interrogée dans un procès à forts enjeux politiques, prévu jusqu'au 11 février.

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Marine Le Pen au tribunal de Paris, le 20 janvier 2026. © Bertrand Guay, AFP
01:37

"Tous ces gens travaillaient" pour leurs eurodéputés. Mardi 20 janvier, Marine Le Pen a tenté de convaincre la cour d'appel de Paris, qui la juge pour détournement de fonds, que chaque contrat litigieux d'assistant parlementaire d'un eurodéputé Front national (FN) était un "cas différent" d'un autre, récusant avoir donné des consignes.

À la barre pendant près de cinq heures, la triple candidate malheureuse à la présidentielle y revient à trois reprises : "Le terme de 'système' me gêne, car on a le sentiment d'une manipulation".

Pour Marine Le Pen, il s'agit de s'en prendre à la pierre angulaire de l'accusation, identifiée comme déterminante dans la lourdeur de sa condamnation en première instance au printemps dernier. Elle avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, 100 000 euros d'amende et, surtout, à cinq ans d'inéligibilité avec effet immédiat, ce qui l'empêche à date de concourir à l'élection présidentielle.

La justice lui reproche, ainsi qu'au parti (alors appelé Front national, aujourd'hui nommé Rassemblement national) et à dix autres cadres, d'avoir embauché des assistants parlementaires pour leurs eurodéputés, rémunérés par des fonds européens, mais dont l'activité réelle n'était qu'au seul bénéfice de la formation d'extrême droite.

"Des plans sur la comète"

Devant la présidente de la cour d'appel, Michèle Agi, Marine Le Pen se montre d'abord contenue au début de son interrogatoire, dans un effort de contrition qui doit trancher avec l'atmosphère houleuse lors de l'audience de l'année dernière devant le tribunal correctionnel.

La députée du Pas-de-Calais se veut ferme, mais peine rapidement à contenir un agacement au fur et à mesure qu'elle est questionnée sur des éléments du dossier équivoques, voire embarrassants.

Cet e-mail, envoyé entre "tiers payeurs" qui font la joint-venture avec le Parlement européen, qui propose un vaste plan de chaises musicales des assistants, afin d'éviter la "catastrophe" ? "On a l'impression qu'il n'y a que des considérations financières qui président", observe la magistrate. "Vous avez raison, c'est le sentiment qu'on peut avoir, mais ils faisaient des plans sur la comète", jure Marine Le Pen.

Ce message du trésorier du parti Wallerand de Saint-Just – "Je crois que Marine sait tout cela" –, en réponse à un eurodéputé qui s'inquiète d'un système d'emploi fictif ? "Je n'en étais pas destinataire, mais ce qui est sûr, c'est que si j'avais reçu un mail comme celui-là, je n'y aurais pas répondu avec cette désinvolture", assène-t-elle.

D'ailleurs, fait-elle observer, "la masse salariale du Front national ne cesse d'augmenter en 2014, 2015, 2016. Si vraiment il y avait eu une volonté, en quelque sorte, d'alléger le FN, ça se verrait de partout. Ça ne se voit absolument nulle part".

Responsabilité de Jean-Marie Le Pen

Mardi, la cour d'appel avait commencé la journée par l'interrogatoire du député de l'Yonne Julien Odoul, mis en grande difficulté sur la réalité de son emploi d'assistant parlementaire d'une eurodéputée frontiste, Mylène Troszczynski, en 2014-2015, alors que l'organigramme du parti le présentait comme "conseiller spécial" de Marine Le Pen, alors présidente de la formation.

"Je n'ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski, car elle ne me donnait pas de travail", a-t-il admis à la barre. L'enquête avait établi qu'en un an et demi, il n'avait eu que 12 communications avec sa supérieure théorique et que de leurs 3 appels, le plus long avait duré 4 minutes et 17 secondes.

Julien Odoul a soutenu s'être alors mis informellement au service de Marine Le Pen, car Mylène Troszczynski lui "avait dit de (se) rendre utile au sein du siège du Front national".

"Tous ces gens travaillaient" : à son procès en appel, Marine Le Pen nie l'existence d'un "système"
L'avocat du Parlement européen, Patrick Maisonneuve, au palais de justice de Paris, le 20 janvier 2026. © Bertrand Guay, AFP

Après avoir esquissé, à l'ouverture des débats la semaine dernière, une inflexion dans sa défense – "si tant est qu'un délit a été commis" –, en se concentrant sur la contestation de toute "intention" fautive, Marine Le Pen s'est finalement contentée d'un mea culpa a minima : "C'était peut être contestable, condamnable, le fonctionnement n'était peut-être pas idéal, mais tous ces gens travaillaient" pour leurs eurodéputés.

Seule évolution notable : une bascule des responsabilités sur son père, Jean-Marie Le Pen, qui était, selon elle, "en quelque sorte dirigeant de ce mini-groupe" d'eurodéputés jusqu'en 2016, même après qu'elle lui avait succédé à la tête du parti cinq ans plus tôt.

L'interrogatoire doit se poursuivre mercredi.

Avec  AFP