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Groenland : Trump impose le sujet à Davos, Macron dit préférer "l'État de droit" aux "brutes"
Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont durci le ton mardi à Davos face aux menaces répétées de Donald Trump sur le Groenland. Emmanuel Macron a dit préférer "le respect plutôt que les brutes", et "l'État de droit plutôt que la brutalité". Il doit en principe repartir de Davos mardi soir, sans croiser Donald Trump qui arrive seulement le lendemain.
Le président français Emmanuel Macron s'exprime au Forum économique mondial de Davos (Suisse), le 20 janvier 2026. © Denis Balibouse, Reuters

Face aux menaces répétées sur le Groenland de Donald Trump, le président français, Emmanuel Macron, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont haussé le ton mardi 20 janvier, au Forum économique mondial de Davos.

Le président américain veut s'emparer de ce territoire autonome appartenant au Danemark, invoquant des motifs de sécurité face aux Russes et aux Chinois. Un sujet qui braque ses alliés européens au sein de l'Otan et qu'il a néanmoins imposé à l'ordre de jour de la réunion annuelle du Forum économique mondial, qui se tient toute la semaine à Davos, en Suisse.

"Nous plonger dans une spirale descendante ne ferait qu'avantager les adversaires que nous sommes tous deux déterminés à tenir à l'écart. Notre réponse sera donc ferme, unie et proportionnelle", a martelé Ursula von der Leyen lors de son discours mardi matin à la tribune du Forum.

Plus tard dans la journée, Emmanuel Macron, arrivé lui aussi sur place, a appelé l'Union européenne (UE) à "utiliser" les outils "très puissants" dont elle dispose en matière commerciale quand elle "n'est pas respectée". Il a dénoncé une "concurrence des États-Unis d'Amérique" à travers une politique commerciale qui "exige des concessions maximales et vise ouvertement à affaiblir et subordonner l'Europe", tout en invoquant le recours à l'instrument "anticoercition" de l'UE, considéré comme un "bazooka" en cas de guerre commerciale.

"Nous devons l'avoir"

Les droits de douane supplémentaires, dont Washington menace plusieurs pays européens qui s'opposent à ses visées sur le Groenland, seraient une "erreur, en particulier entre alliés de longue date", a insisté de son côté Ursula von der Leyen. La réponse de l'UE sera "ferme, unie et proportionnée", a-t-elle ajouté.

Le Parlement européen a d'ailleurs décidé de suspendre le processus de ratification de cet accord commercial à la suite des dernières menaces en date de Donald Trump.

Le vice-Premier ministre chinois, He Lifeng, qui s'exprimait juste après elle, a également mis en garde : "Un petit nombre de pays privilégiés ne devraient pas bénéficier d'avantages fondés sur leurs seuls intérêts et le monde ne peut pas revenir à la loi de la jungle où les forts s'en prennent aux faibles."

Groenland : Trump impose le sujet à Davos, Macron dit préférer "l'État de droit" aux "brutes"
Le vice-Premier ministre chinois He Lifeng au Forum économique mondial de Davos, le 20 janvier 2026, en Suisse. © Fabrice Coffrini, AFP

Donald Trump malmène le multilatéralisme depuis son retour à la Maison Blanche il y a un an, utilisant les droits de douane comme une arme pour atteindre ses objectifs. Après son offensive sur le Venezuela et son pétrole, il multiplie ces derniers jours les déclarations sur le Groenland. "Je ne pense pas qu'ils vont résister beaucoup. Nous devons l'avoir", a assuré lundi Donald Trump à un journaliste en Floride, qui l'interrogeait sur le territoire autonome.

"Le Groenland est essentiel pour la sécurité nationale et mondiale. Il ne peut y avoir de retour en arrière, sur ce point, tout le monde est d'accord !", a-t-il insisté mardi sur son réseau Truth Social, indiquant avoir eu "un très bon entretien téléphonique" avec Mark Rutte, le secrétaire général de l'Otan.

"Les États-Unis d'Amérique sont de loin le pays le plus puissant au monde. Nous sommes la seule PUISSANCE capable d'assurer la PAIX dans le monde et cela se fait, tout simplement, par la FORCE !", a-t-il écrit.

L'instrument anticoercition, "bazooka" européen

Le président américain a également posté une image générée par intelligence artificielle (IA) le montrant, accompagné du vice-président, JD Vance, et du ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, en train de planter un drapeau américain dans un paysage arctique. Un panneau indique : "Groenland, territoire américain depuis 2026".

Groenland : Trump impose le sujet à Davos, Macron dit préférer "l'État de droit" aux "brutes"
Le drapeau groenlandais à Nuuk, le 19 janvier 2026. © Jonathan Nackstrand, AFP

Emmanuel Macron a dit préférer "le respect plutôt que les brutes", et "l'État de droit plutôt que la brutalité". Il doit en principe repartir de Davos dès mardi soir, sans croiser Donald Trump qui arrive seulement le lendemain. 

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a en revanche affirmé vouloir rencontrer en Suisse le président américain, disant vouloir "éviter une escalade douanière".

La délégation américaine est cette année l'une des plus importantes jamais enregistrée à Davos d'après les organisateurs, et la présence des États-Unis est très visible, avec de nombreux commerces de la rue principale privatisés par des entreprises américaines et même une "USA House" installée dans une église où les membres du gouvernement multiplient les interventions.

Groenland : Trump impose le sujet à Davos, Macron dit préférer "l'État de droit" aux "brutes"
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, devant la Maison des États-Unis, lors d'une conférence de presse au Forum économique mondial à Davos, le 19 janvier 2026, en Suisse. © Fabrice Coffrini, AFP

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a notamment réfuté mardi, à Davos, l'hypothèse que les Européens puissent mettre en place des rétorsions financières et se débarrasser de leurs bons du Trésor américain. "Je suis sûr que les Européens vont continuer à en détenir", a-t-il dit lors d'un point presse.

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a de son côté estimé qu'il ne serait "pas judicieux" pour l'UE de recourir à son instrument "anticoercition", considéré comme un "bazooka".

Le Premier ministre canadien a apporté son soutien "ferme" au Groenland et au Danemark, soulignant "leur droit unique" à décider de l'avenir de cette grande île arctique. "Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table (des discussions), nous sommes au menu", a ajouté Mark Carney lors d'un discours à Davos.

En revanche, le chef de l'ONU, Antonio Guterres, a annulé sa venue en raison d'"un gros rhume".

Avec AFP