
Rifaat al-Assad photographié à Paris le 15 novembre 2011, avant son procès dans cette ville. © Michel Euler, AP/ File picture
Il était connu sous le nom de "boucher de Hama", ville syrienne devenue tristement célèbre par un massacre commis en 1982. Le régime avait alors brutalement écrasé une rébellion menée par les Frères musulmans. Rifaat al-Assad, frère d'Hafez et oncle de Bachar al-Assad, est mort mardi 20 janvier aux Emirats arabes unis, selon deux sources proches du dossier.
Ancien officier de l’armée, Rifaat avait aidé Hafez al-Assad à s’emparer du pouvoir lors du coup d’État de 1970 et à établir un régime autoritaire. Pendant ses années d’exil passées principalement en France, il n’a jamais renoncé à ses ambitions présidentielles. Il était rentré en Syrie en 2021, avant de fuir à nouveau en 2024 à la suite de la chute de son neveu, le président Bachar al-Assad.
À la mort de Hafez en 2000, Rifaat s’était opposé au transfert de pouvoir à Bachar, se déclarant lui-même successeur légitime — une contestation de leadership qui s’avéra finalement sans effet.
Depuis l’étranger, en 2011 il avait exhorte son neveu à démissionner rapidement pour éviter la guerre civile. Plus d’une décennie plus tard, alors que Bachar al-Assad était encore au pouvoir, il avait autorisé son oncle à rentrer chez lui pour échapper à la prison en France, où il a été reconnu coupable d’avoir acquis des millions d’euros de biens immobiliers grâce à des fonds détournés de l’État syrien.
A la chute du "boucher de Damas" le 8 décembre 2024, Rifaat al-Assad a tenté de fuir via une base aérienne russe mais s'est vu refuser l’entrée. C'est finalement par la frontière libanaise, qu'il a quitté la Syrie.
Massacre de Hama en 1982
Rifaat al-Assad, frère cadet de Hafez, était né dans le village de Qardaha, une région montagneuse proche de la côte méditerranéenne, cœur de la communauté alaouite dont est issue la famille.
Après le coup d’État de 1970, il est devenu une figure puissante du régime Assad. A la tête des forces d’élite loyales il écrase le soulèvement des Frères musulmans à Hama en 1982, l’une des plus graves menaces au pouvoir de Hafez durant ses trente ans de règne. L’assaut dévastateur a duré trois semaines et fait officiellement plus de 10 000 morts.
En 2022, le Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR), organisme indépendant, affirma — sur la base d’estimations informées — qu’entre 30 000 et 40 000 civils ont été tués à Hama.
En mars 2024, le Ministère public de la Confédération suisse a annoncé qu’il traduirait Rifaat al-Assad en justice pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en lien avec les évènements de Hama.
Son rôle dans l’écrasement du soulèvement de Hama a renforcé encore son statut au sein du régime. En 1983, il est ainsi nommé vice-président. Un an plus tard, il tente un coup de force mais échoue. Il quitte alors la Syrie.
Installé en Europe en tant qu’homme d’affaires fortuné, Rifaat al-Assad s’établit d’abord à Genève, avant de s’installer en France, puis en Espagne. En 2020, un tribunal français le condamne à quatre ans de prison pour avoir acquis plusieurs millions d’euros de biens immobiliers à l’aide de fonds détournés de l’État syrien.
L’ensemble de ses biens en France, estimés à 100 millions d’euros à l’époque, a été saisi, ainsi qu’une propriété londonienne évaluée à 29 millions d’euros.
Il a toujours nié ces accusations.
Avec Reuters
