
Le président Donald Trump sourit après avoir tiré au sort les États-Unis, le 5 décembre 2025 à Washington. © Evan Vucci, AP
Début décembre, Donald Trump recevait tout sourire le Prix de la paix de la Fifa à l'occasion du tirage au sort du Mondial 2026, à Washington. "C'est ce que nous voulons d'un dirigeant", avait alors déclaré Gianni Infantino, le patron de la Fifa, énumérant des accords de paix signés sous la houlette du locataire de la Maison Blanche.
Cette décision avait fait grincer des dents au regard de la politique étrangère et intérieure du milliardaire républicain. Quelques semaines plus tard, l'escalade des tensions a atteint un nouveau pic et la gêne ne fait qu'augmenter. Alors que le président américain a dernièrement fait capturer son homologue vénézuélien, multiplié les menaces de s'approprier le Groenland ou d'ériger de nouvelles taxes douanières contre les États européens qui s'y opposent, de plus en plus de voix réclament un boycott de la Coupe du monde de football coorganisée cet été par le Canada, le Mexique et les États-Unis, qui accueilleront 78 des 104 matches.
Comme le rapporte le journal The Guardian, les conséquences pour le Mondial figuraient parmi les sujets abordés lundi 19 janvier par une vingtaine de présidents de fédérations de football réunis à Budapest. "Des discussions informelles sur la crise du Groenland ont eu lieu en marge d'une manifestation organisée pour célébrer le 125e anniversaire de la fédération hongroise de football, sachant qu'une réponse européenne unifiée pourrait s'avérer nécessaire si Trump cherchait à envenimer la situation", explique le quotidien britannique.

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"Un recours pour amener le président Trump à la raison"
Les premiers appels au boycott se sont notamment fait entendre depuis l'Allemagne, l'une des grandes nations du football, avec quatre titres au compteur. Si Donald Trump met à exécution ses "menaces concernant le Groenland et déclenche une guerre commerciale avec l'UE, j'ai du mal à imaginer que des pays européens participent à la Coupe du monde", a ainsi déclaré l'influent député conservateur Roderich Kiesewetter mardi au journal Augsburger Allgemeine.
Un autre député de la CDU, Jürgen Hardt, porte-parole de son groupe sur la politique extérieure, a évoqué auprès du journal Bild une "annulation du tournoi" comme "ultime recours pour amener le président Trump à la raison". Réclamant une "réponse unie" de l'Europe, le député social-démocrate (SPD) Sebastian Roloff a évoqué auprès du journal économique Handelsblatt l'option d'"envisager un renoncement à la participation à la Coupe du monde".
Selon un sondage de l'institut Insa pour Bild effectué jeudi et vendredi auprès de 1 000 personnes, près de la moitié des Allemands (47 %) approuveraient un boycott du Mondial en cas d'annexion effective du Groenland par Washington. Un gros tiers (35 %) y demeurerait opposé.
En réponse, la fédération allemande de football (DFB) et la fédération internationale (Fifa) décideront en toute "autonomie" d'un boycott ou non du Mondial organisé cet été en grande partie aux États-Unis, a indiqué le gouvernement allemand à l'AFP. "Cette évaluation incombe donc aux fédérations concernées, en l'occurrence la DFB et la Fifa. Le gouvernement fédéral acceptera cette appréciation", a indiqué la ministre d'État chargée des Sports Christiane Schenderlein, membre de la CDU, le parti conservateur du chancelier Friedrich Merz.
Au Pays-Bas, le présentateur de télévision Teun van de Keuken a lancé une pétition appelant au boycott, qui a déjà recueilli plus de 100 000 signatures. "Nous ne voulons pas que nos footballeurs apportent un soutien implicite à la stratégie de terreur violente mise en œuvre par le président Donald Trump contre des migrants innocents en participant à ce tournoi", indique la pétition. "Nous rejetons également l’ingérence militaire agressive des États-Unis et considérons qu’il est insoutenable que nos joueurs participent à un tournoi organisé par un président qui menace d’envahir et d’occuper le Groenland, ce qui détruirait l’Otan et mettrait en péril la paix mondiale."
"Pas de volonté de boycott" du côté français
Du côté de la France, dont l'équipe va elle aussi participer à la compétition, des voix évoquent aussi un boycott. Lundi dans un entretien au Figaro, Claude Le Roy, l'ancien sélectionneur du Sénégal, disait "se demander s'il ne faudrait pas appeler au boycott de la Coupe du monde 2026, vu le comportement de Donald Trump à l'égard du continent, avec un président de la Fifa (Gianni Infantino) qui se targue d'être à ses côtés", faisant référence à la suppression des aides américaines au développement qui a frappé l'Afrique de plein fouet.
Mardi, le député La France insoumise Éric Coquerel a également appelé la Fifa à ne jouer la Coupe du monde cet été qu'au Mexique et au Canada : "Sérieux, on imagine aller jouer la Coupe du monde de foot dans un pays qui agresse ses 'voisins', menace d'envahir le Groenland, détruit le droit international, veut torpiller l'ONU, instaure une milice fachiste et raciste dans son pays, y attaque les oppositions, interdit d'accès à l'épreuve les supporters d'une quinzaine de pays, prévoit de bannir des stades tout signe LGBT+, etc. ?", a-t-il écrit sur X.
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Accepter Gérer mes choixEn réponse, la ministre des Sports Marina Ferrari a indiqué mardi soir qu'"il n'y a pas de volonté de boycott" du côté français. "Au stade où nous nous parlons actuellement, il n'y a pas de volonté de boycott du côté de notre ministère de cette grande compétition qui est attendue", a-t-elle dit à la presse lors des vœux du monde sportif.
"Maintenant, je ne préjuge pas de ce qui pourrait se passer, mais j'ai entendu aussi des voix qui s'élevaient qui viennent de certains blocs politiques. Je tiens à ce qu'on dissocie le sport (et la politique). La Coupe du monde de foot, c'est un moment extrêmement important pour tous les amoureux du sport", a-t-elle ajouté.
Inquiétude des supporters africains
Cet appel au boycott s'ajoute aux tensions engendrées par les restrictions de visas annoncées par les États-Unis au cours des dernières semaines. Certains supporters africains s'inquiètent de ne pas pouvoir faire le déplacement pour assister à la compétition.
Mais comme l'explique le journal algérien TSA, "le département d’État a précisé que la mesure ne concerne que les visas immigrants. À ce stade, il n’y a pas de suspension formelle du déplacement des supporters des pays africains". Le quotidien note toutefois que "l’administration américaine a imposé une caution pouvant aller jusqu’à 15 000 dollars aux demandeurs de visas de plusieurs pays dont l’Algérie".
En 2022, le Mondial organisé au Qatar avait déjà fait l'objet d'appels au boycott pour des raisons écologiques et sociales, mais sans effet. Quatre ans plus tard, la Fifa est de nouveau dans la tourmente. La proximité affichée entre Gianni Infantino et Donald Trump pose question.
Selon le journal The Independent, des hauts responsables du monde du football estiment que le patron de la Fifa "espère simplement que la situation finira par se calmer, comme c'est souvent le cas avec les crises provoquées par Trump". Mais comme le souligne le quotidien britannique, "si un incident survient, Infantino sera confronté à la plus grave crise de l'histoire de la Fifa. La Coupe du monde la plus lucrative de tous les temps pourrait bien devenir la plus désastreuse."
Avec AFP
