
Les personnes ayant commencé à travailler tôt, les femmes et les fonctionnaires : telles sont les catégories qui seront le plus affectées par la réforme des retraites présentée mercredi par le gouvernement.
Le gouvernement a rendu public, mercredi 16 juin, les grandes lignes de son avant-projet de réforme des retraites. Le texte prévoit notamment un recul de 60 à 62 ans de l’âge légal (l’âge minimum) de départ à la retraite d’ici à 2018 et une augmentation de la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d'une retraite à taux plein : celle-ci passera à 41 ans et trois mois en 2013 (contre 41 ans en 2012).
L’économiste Jacques Bichot, auteur de "Retraite, le dictionnaire de la réforme" (L’Harmattan, avril 2010), fait le point sur les trois catégories de population qui sont les grandes perdantes de cette réforme.
Les ouvriers et les employés
Ceux qui ont commencé à travailler très jeunes, souvent les ouvriers et les employés, seront les plus touchés par le recul de l’âge légal de départ à la retraite. Ce sont surtout eux qui, aujourd’hui, partent à 60 ans. Les cadres, en revanche, partent peu à cet âge-là car ils n’ont alors pas encore cotisé suffisamment longtemps pour toucher une retraite à taux plein.
Certains salariés entrés tôt sur le marché du travail atteindront le nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein avant leurs 62 ans, sans entrer pour autant dans les critères du dispositif "carrières longues" (qui permet à ceux qui ont commencé tôt de partir avant l’âge légal). Ils devront donc attendre deux ans de plus qu’auparavant pour toucher leur pension.
16 juin 2010 : Présentation par le gouvernement de l’avant-projet de loi relatif à la réforme des retraites.
24 juin 2010 : Journée de grèves et de manifestations contre le projet de réforme à l’appel de l’intersyndicale CGT, CFDT, FSU, Solidaires, Unsa.
13 juillet 2010 : Examen du texte en Conseil des ministres.
20-24 juillet 2010 : Examen du texte par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.
7 septembre 2010 : Début des débats publics au Parlement - la réforme devrait être adoptée avant la fin de l’année.
Le problème se posera d’autant plus pour les femmes ayant commencé tôt car elles sont peu nombreuses à bénéficier du dispositif "carrières longues", les annuités validées au titre de leur maternité n’étant pas prises en compte dans le calcul.
Les femmes aux carrières incomplètes
L’âge requis pour toucher une retraite à taux plein même si l’on n’a pas atteint le nombre de trimestres requis va être augmenter. Il passera de 65 à 67 ans. Le recul de ce "deuxième âge légal" concerne surtout les femmes.
Aujourd’hui, plus d’une femme sur cinq attend 65 ans pour prendre sa retraite, alors que les hommes ne sont que 9 %. Ce sont notamment celles qui ont interrompu longtemps leur carrière pour s’occuper de leurs enfants. Ces pratiques sont de moins en moins fréquentes pour les jeunes générations, mais les interruptions étaient encore importantes pour les femmes concernées par la réforme dès 2011 - des générations nées dans les années 1950.
Les fonctionnaires
La réforme des retraites prévoit d’aligner, en 10 ans, le taux de cotisation des fonctionnaires sur celui des salariés du privé. Il passera donc de 7,85 % à 10,55 %. Conséquence : leur salaire va diminuer.
En outre, les femmes de la fonction publique ont pour l’instant le droit de partir au bout de 15 ans de service sans décôte si elles ont trois enfants. Ce ne sera désormais possible que pour celle ayant eu trois enfants avant 2012.