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Un rapport publié par la plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique révèle avoir identifié près de 300 biens immobiliers aux États-Unis liés à des personnalités politiques nigérianes. Des propriétés acquises pour la plupart en liquide avec de l'argent public, alors que ces personnalités occupaient des fonctions officielles.

Une vue de Los Angeles, en septembre 2026. La Californie fait partie des États où des biens immobiliers achetés par des personnalités politiques nigérianes ont été identifiés. © Michelle Mosqueda, Getty Images/AFP

C'est un rapport qui lève une partie du voile sur l'ampleur de la corruption au Nigeria. La Plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique (PPLAAF) et l'Anti-Corruption Data Collective (ACDC) affirment dans ce document avoir identifié 284 propriétés immobilières aux États-Unis liées à 61 personnalités nigérianes qui occupent ou ont occupé des postes à responsabilité au sein de l'appareil d'État ou sécuritaire.

Fait troublant : plus de 80 % de ces biens, dont la valeur totale est estimée à 271 millions de dollars, ont été acquis, selon ce rapport diffusé le 22 septembre, avec de l'argent liquide, très probablement issu de détournements de fonds public.

"271 millions de dollars, cela semble peu lorsqu'on compare ce chiffre à la taille de l'économie du Nigeria. Mais il faut signaler que c'est un travail qui a été fait uniquement aux États Unis, dans quelques États. Or, il y a beaucoup d'autres paradis fiscaux qui ne font pas partie de cette étude comme Dubaï ou encore les îles Vierges. Ce montant, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt", explique sur France 24 Jimmy Kandé, directeur exécutif de la PPLAAF.

L'argent détournée de la lutte contre Boko Haram

Si toutes les couches de l'appareil d'État sont touchées par cette corruption endémique, les personnalités liées aux services de sécurité concentrent plus d'un tiers de la valeur des propriétés immobilières identifiées, selon le rapport. Parmi ces personnalités, Sambo Dasuki, ancien conseiller national à la sécurité auprès du président Goodluck Jonathan. L'ancien officier, dont le procès est toujours en cours, est soupçonné d'avoir détourné deux milliards de dollars destinés notamment à la lutte contre Boko Haram.

Le Nigeria est miné par des problèmes sécuritaires, en particulier la région nord-est, un foyer de l'insurrection jihadiste Boko Haram, qui a fait plus de 40 000 morts et déplacé plus de deux millions de personnes depuis 2009, selon les estimations des Nations unies.

"Le président Goodluck Jonathan a utilisé une partie de l'argent qui était censé lutter contre Boko Haram et sécuriser le Nigeria pour acheter des biens aux États-Unis", indique Jimmy Kandé, rappelant que ces sommes détournées sont également autant d'investissements en moins pour les hôpitaux, les écoles et l'électrification des zones rurales. 

"Une destination de choix pour l'argent sale"

Les propriétés identifiées dans le rapport sont principalement concentrées dans cinq États : le Texas, la Caroline du Nord, la Californie, la Géorgie et le Maryland. 

Washington et Abuja entretiennent des liens économiques étroits et les États-Unis accueillent une importante diaspora nigériane : environ 640 000 ressortissants vivent outre-Atlantique. Selon le rapport, les États-Unis sont perçus au Nigeria comme "une destination de choix pour l'argent sale" en raison de contrôles jugés insuffisants sur certaines transactions en espèces et un cadre législatif variable en fonction des États.  

"Les États-Unis promeuvent la transparence dans le monde, ils devriant donc être les premiers à pouvoir enquêter. Or, on se retrouve avec un pays qui accepte des achats de biens en cash de personnes politiquement exposées et déjà citées dans des affaires de corruption au Nigeria", indique Jimmy Kandé. "Les États-Unis restent quand même très en retard comparativement à l'Union européenne sur la question de suivi des flux financiers illicites".