Marine Le Pen et Jordan Bardella accusent le gouvernement d'impuissance et La France insoumise d'encourager les casseurs. Surfant sur les images de chaos qui ont rythmé le weekend, les dirigeants du Rassemblement national tentent de capitaliser en se présentant comme le parti de l'ordre, sans pour autant formuler des propositions de sortie de crise.
La scénographie a été parfaitement orchestrée. Dans un premier temps, la publication sur les réseaux sociaux, dimanche 18 octobre juste avant celle d'Emmanuel Macron, d'une allocution de Marine Le Pen, assise derrière un bureau, drapeau français en évidence, comme si elle était déjà présidente de la République. Puis le lendemain, une conférence de presse de celui qui a vocation à devenir son Premier ministre, Jordan Bardella, debout derrière un pupitre sur lequel était inscrit "Face au chaos, la France en ordre".
Les scènes de violences et de pillages qui ont tourné en boucle sur les chaînes d'information tout au long du week-end permettent au Rassemblement national (RN) de fustiger l'incapacité du gouvernement à rétablir l'ordre, tout en accusant Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI) d'être les instigateurs de ce chaos.
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Accepter Gérer mes choix"Notre pays est pris en étau, voire en otage, entre la violence et l'impuissance", a affirmé dimanche Marine Le Pen dans son allocution. Il y a selon elle "d'un côté les forces de la destruction qui banalisent la violence, encouragent l'affrontement, cible les policiers, les institutions et les représentants de l'État régalien comme des ennemis à abattre". Un "courant" qui aurait une "branche politique : LFI" et une "branche armée : les groupes antifas".
Et "de l'autre côté nous avons un pouvoir macroniste à bout de souffle, épuisé, désorienté, qui semble désormais incapable de faire autre chose que de commenter sa propre impuissance, sa propre déchéance", a-t-elle poursuivi, évoquant "un gouvernement qui déplore les événements sans parvenir à les prévenir, à les contrôler ou même à les gérer".
Cette double mise en cause s'est illustrée tout au long du week-end dans des visuels publiés par le Rassemblement national sur les réseaux sociaux. L'un d'entre eux montrait en vidéo l'effondrement du beffroi de la mairie de Limoges avec ce titre sur l'image : "Émeutes LFI / Macron : la République s'effondre".
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Accepter Gérer mes choix"À chaque fois une Nouvelle France qui cherche à en dominer une autre"
"On est dans un discours assez attendu de l'extrême droite sur l'ordre. Marine Le Pen profite du fait que beaucoup de Français n'ont vu des manifestations que les images de violences des chaînes d'information, qui amplifient le sentiment qu'il s'agit d'émeutes, mais aussi du discours du président de la République qui n'a pas répondu aux attentes des citoyens. Elle a adopté une posture très présidentielle, en traçant une ligne entre les revendications légitimes et la nécessité du maintien de l'ordre, tandis que Jordan Bardella s'est montré plus tranchant", analyse Jean-Yves Camus, président de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès et spécialiste de l'extrême droite.
Marine Le Pen a ainsi énoncé trois principes dans son allocution : la "règle du casseur-payeur", le "rétablissement de l'ordre républicain" et, pour mieux insister sur le changement qu'elle apporterait selon elle en arrivant à l'Élysée, le "retour d'un État qui écoute, qui comprend et qui décide".
Jordan Bardella s'est ensuite attaché lundi à étayer les propos de la candidate d'extrême droite à l'élection présidentielle en rappelant d'autres épisodes de violence à mettre selon lui à l'actif d'Emmanuel Macron : celles du fiasco de l'organisation de la finale de la Ligue des champions au Stade de France en 2022, celles des émeutes urbaines ayant suivi la mort de Naël en 2023, ou encore celles des casseurs lors des célébrations de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions en 2025 et 2026.
"À chaque fois une Nouvelle France qui cherche à en dominer une autre. À chaque fois l'alliance mortifère des milices d'ultragauche et des prédateurs de banlieue, les uns voulant la destruction de l'État, les autres désirant prendre une revanche contre la France", a accusé le président du RN, faisant ici référence au concept de "Nouvelle France" porté par Jean-Luc Mélenchon.
Ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella n'ont proposé de mesures concrètes pour répondre aux revendications des manifestants du 17 octobre. En revanche, ils n'ont pas manqué de souligner que la situation actuelle était aussi la conséquence de l'immigration et qu'il était surtout urgent de soutenir les forces de l'ordre.
Des mesures chocs
Jordan Bardella a ainsi affirmé qu'il fallait "mettre fin au désarmement de la police" et accorder aux forces de l'ordre la "présomption de légitime défense" pour que des policiers ne se retrouvent plus "en situation de devoir reculer face à des délinquants qui usent de la violence".
Il appelle également à un "sursaut pénal" et à la "fin de la culture de l'excuse" en abaissant la majorité pénale à 16 ans, en instaurant la suspension des allocations familiales et en ayant des peines minimales pour ceux qui s'en prennent aux forces de l'ordre avec un principe : "Tu touches à un policier, tu dors en prison".
Cette stratégie peut-elle assurer la victoire du RN à l'élection présidentielle de 2027 ?
Pour le directeur de l'Ifop, Frédéric Dabi, interrogé par l'AFP, les violences du week-end "relèvent du choc et ne vont pas être sans conséquence". "Il faut attendre les premiers sondages post-17 octobre, mais cela pourrait donc, en toute logique, renforcer le socle électoral de premier tour de Marine Le Pen", augure-t-il.
"Entre un président de la République en fin de mandat qui ne peut pas se représenter et qui ne dispose pas de majorité à l'Assemblée nationale, des anciens chefs de gouvernement candidats pour lesquels la question du maintien de l'ordre n'est pas la spécialité, et un candidat Les Républicains qui plafonne dans les sondages, il est assez logique que Marine Le Pen bénéficie de la situation et incarne pour une partie des Français cette figure d'autorité", juge de son côté Jean-Yves Camus.
Mais le politologue nuance toutefois : "L'élection a lieu dans six mois. Il peut encore se passer beaucoup de choses et il n'est pas évident que les Français auront encore en tête ces scènes de chaos au moment du scrutin", dit-il.
En attendant, Jordan Bardella peut déjà se réjouir d'une chose : l'actualité lui aura au moins permis de ne plus devoir répondre aux questions sur les propos antisémites qu'il est accusé d'avoir tenus dans le passé.
