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La 17e conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité a démarré, lundi, à Erevan, en Arménie. Quatre ans après l’ambitieux accord de Kunming-Montréal, qui avait fixé une vingtaine d’objectifs à atteindre d’ici 2030, la communauté internationale doit faire un bilan de mi-parcours. 

Des flamants roses au lac Duden, près de la ville de Kulu, dans la province de Konya, en Turquie, mardi 13 octobre 2026. © Emrah Gurel, AP Photo

L'heure d'un premier bilan. Près de 200 pays se retrouvent à partir du lundi 19 octobre pour tenter de remettre la protection de la nature sur les rails en luttant mieux contre ce qui la détruit comme la déforestation, les pollutions et la surexploitation des ressources naturelles.

Réunis pour deux semaines à Erevan pour la 17e édition de la COP Biodiversité organisée sous l'égide de l'ONU, leur tâche est compliquée par les difficultés budgétaires et la crise du multilatéralisme.

Pourtant les extinctions d'espèces, la dégradation des forêts et des récifs coralliens, et l'aggravation des catastrophes naturelles rendent les efforts des États de plus en plus urgents.

• Un bilan à mi-parcours des accords de Kunming-Montréal

Fin 2022, la COP15 sur la biodiversité avait abouti à un ambitieux accord dit de "Kunming-Montréal". Parfois comparé à l’Accord de Paris sur le climat, ce dernier fixe 23 cibles à atteindre d’ici 2030 : protéger 30 % des terres et des mers, stopper l’extinction des espèces liée aux activités humaines, restaurer 30 % des écosystèmes dégradés, réduire de moitié le risque global lié aux pesticides et autres produits chimiques dangereux…

Quatre ans plus tard, la communauté internationale doit donc faire un premier bilan à mi-parcours. Pour cela, elle va se baser sur une synthèse de rapports nationaux transmis, à ce jour, par 129 pays. Et le constat s'annonce peu glorieux. 

Dans sa globalité, un point est à saluer : le rapport marque un "engagement mondial sans précédent", avec la quasi totalité des États qui ont émis leurs propres objectifs nationaux. 

Mais ces ambitions peinent à se concrétiser en actes. Dans le détail, la grande majorité des 23 cibles sont loin d'être atteintes. Seule la cible 8, qui vise à "minimiser les impacts du changement climatique sur la biodiversité", apparaît en bonne voie. 

"À moins que la mise en œuvre collective ne s’accélère rapidement, les objectifs et la mission ne seront pas atteints à l’horizon 2030", alerte ainsi le rapport, présenté jeudi dernier.

"Nous devons admettre en toute honnêteté que, collectivement, nous ne sommes pas encore sur la bonne voie", a reconnu, vendredi, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, à l'occasion d'un sommet des chefs d'État et de gouvernement, au cours duquel les dirigeants de premier plan ont surtout été ceux de pays voisins.

"Il nous faut davantage d'actions, plus de rapidité et plus de volonté", a aussi exhorté le patron de l'ONU, Antonio Guterres, présent à Erevan, qui avait déjà la veille regretté que "la guerre contre la nature" continue.

• Les énergies fossiles au cœur du débat

Particulièrement en retard sur les objectifs figurent les subventions aux énergies néfastes pour la planète, dont les énergies fossiles, évaluées à 2 600 milliards de dollars (2 300 milliards d'euros) par an. Or, en vertu des accords de Kunming-Montréal, les États sont supposés réduire d'au moins 500 milliards de dollars par an ces aides. 

"Ici, en Arménie, où les montagnes ont tant façonné le paysage, c'est peut-être une analogie pertinente : nous ne pourrons pas atteindre le sommet si, pour chaque pas en avant que nous finançons en faveur de la nature, des subventions néfastes pour l'environnement nous font reculer d'un pas", a lancé Céline Beaulieu, responsable des partenariats avec le secteur public à l'ONG WWF, au cours d'une conférence de presse. 

Des produits chimiques dans l'agriculture à la production d'énergies fossiles, les subventions néfastes à la nature sont abondantes, et difficiles à abaisser dans un contexte économique très difficile.

"En général, la logique économique qui sous-tend ces mesures est la suivante : nous voulons créer des moyens de subsistance, nous voulons créer des emplois et favoriser la croissance économique", indique à l'AFP le président du WWF, Adil Najam, présent à Erevan.

"Mais à mesure que nous en apprenons davantage, nous nous rendons compte qu'elles ont des effets néfastes qui sont parfois bien plus importants que les effets positifs pour lesquels elles avaient été initialement conçues", ajoute-t-il.

• Tensions autour des financements

Les négociations de ces deux prochaines semaines porteront aussi sur le financement de ces actions en faveur de la biodiversité. En 2022, la communauté internationale s’était engagée à mobiliser 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros) par an d’ici 2030, dont 30 milliards de dollars (27 milliards d’euros) versés des pays développés vers les pays en voie de développement. 

Mais c'est cette question, qui ravive les tensions autour des inégalités Nord-Sud, qui avait mené à l'échec des négociations lors de la COP16 Biodiversité à Cali, en Colombie, en 2024. Il avait fallu un deuxième round de discussions quelques mois plus tard, en Italie, pour que les États s'accordent finalement sur une feuille de route sur le sujet.  

Les États ont donc la lourde tâche de se repencher sur le dossier. Il s'agira notamment de débattre de la création d'un nouveau fonds de financement mais aussi de déterminer les États y contribuant. La liste remonte en effet à 2006, certains pays comme la Chine, l'Inde ou encore les Pays du Golfe n'en font donc pas partie. 

Pour Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), cette COP pourrait être considérée comme un succès si des actions concrètes pour accélérer sur les 23 objectifs sont décidées, et si des avancées sur les financements se produisent, tant sur les subventions néfastes que sur l'augmentation des flux publics et privés.

Avec AFP