Alors que 3 000 commerces ont été dégradés et pillés le 17 octobre, les représentants du secteur commercial français, reçus par le ministre du Commerce, ont rapidement obtenu des annonces de mesures de soutien exceptionnelles : la création d'un fonds spécifique et la prise en charge du chômage partiel des salariés à 100 % durant la cessation d'activité.
Grandes enseignes saccagées ou petits commerces de proximité pillés... Si tous les commerces sinistrés lors des manifestations du 17 octobre n'ont pas la même capacité pour faire face aux dégâts, l'ensemble des représentants du secteur ont été reçus, lundi 19 octobre, par le ministre du Commerce, Serge Papin. Des mesures d'urgence visant à limiter la "casse sociale" liée à la cessation temporaire d'activité et à soutenir financièrement les commerces sinistrés ont été annoncées par le gouvernement.
"La plus grande inquiétude, c'est que ça se reproduise"
Stocks envolés, vitrines brisées, trésoreries menacées : alors que les dégâts causés par les violences du week-end en France sont évalués à "des centaines de millions d'euros", selon le président du réseau des chambres de commerce et d'industrie Alain Di Crescenzo, le gouvernement a annoncé de premières mesures à destination d'un secteur sous le choc.
"La plus grande inquiétude, c'est que ça se reproduise", souligne Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du Commerce, interrogé par l'AFP, alors qu'un acte II est d'ores et déjà annoncé pour le 24 octobre.
Les représentants du secteur, le réseau des Chambres d'industrie et de commerce (CCI), et des Chambres des métiers et de l'artisanat (CMA) ont été reçus dans la matinée par le ministre du Commerce Serge Papin : "L'heure était à trouver des solutions aux difficultés des gens", selon Michel Picon, le président de l'U2P (entreprises et commerces de proximité), "mais il n'y avait rien de concret".
"Le traumatisme est important, certains magasins ont été pillés sans la présence de la police", a regretté auprès de l'AFP Jean-François Brunet, délégué général du Conseil du commerce de France (CdCF). En octobre, c'est "le début de la saison automne/hiver, on se prépare pour la fin d'année, les stocks étaient élevés".
Pour répondre aux commerçants, le gouvernement a annoncé lundi "déclencher le chômage partiel dès demain [mardi] tout de suite à 100 %". "Il n'est pas question qu'il y ait de la casse sociale dans cette affaire", a défendu le Premier ministre Sébastien Lecornu à la mi-journée.
Un fonds de soutien spécifique destiné aux commerces sinistrés, dont "au moins" 3 000 ont été touchés selon le gouvernement, verra aussi le jour afin de les aider à faire face à des besoins de trésorerie.
"Des centaines de millions d'euros" de dégâts
Dans plusieurs grandes villes, les conséquences des pillages sont visibles. Devant une boutique et atelier de réparation de vélos, des planches de bois recouvrent les vitrines fracassées. Son propriétaire, Thomas Aireau, estime qu'une quarantaine de vélos ont été dérobés, après l'intrusion d'une trentaine de personnes.
"Forcément, on va avoir une baisse de chiffre d'affaires", déplore Thomas Aireau. "Mon assureur m'a dit qu'il allait couvrir le pillage, mais en valeur d'achat. La marge qui devait être dégagée par ces vélos, à un moment il va falloir la compenser".
Dans la capitale, le BHV Marais a fait savoir à l'AFP qu'une "trentaine de personnes avait enfoncé l'entrée" de l'emblématique grand magasin parisien dimanche. Ils "ont saccagé le rez-de-chaussée du magasin. Le bâtiment a été dégradé à l'extérieur, et de nombreux vols de marchandises ont été commis", a indiqué la direction.
Les violences du week-end ont aussi eu "des conséquences significatives pour la grande majorité du réseau Galeries Lafayette", a fait savoir le groupe, notamment à Bordeaux, Nantes et Rennes.
Des grandes enseignes et des petits commerces concernés
SFR a indiqué qu'une quinzaine de boutiques avaient subi des dégradations, tandis que le géant français de l'affichage publicitaire JCDecaux a déploré le vandalisme de plus de 450 éléments de mobilier urbain (sur des dizaines de milliers) à travers la France.
Le groupe Casino (Monoprix, Franprix), qui repose à 85 % sur des établissements franchisés, a dénombré une cinquantaine de magasins attaqués partout sur le territoire. "Il n'y aura aucun commerçant indépendant du réseau Casino qui fera faillite", a assuré à l'AFP le patron du groupe Philippe Palazzi. Il prévoit notamment de repousser les délais de paiement pour les stocks afin de limiter les dommages au niveau de la trésorerie.
Un "conseil exceptionnel des entreprises" doit se réunir mardi matin à Bercy, en présence des ministres Jean-Pierre Farandou (Travail), Roland Lescure (Économie) et Serge Papin (Commerce).
Du côté des banques, le Crédit Agricole a annoncé qu'il allait mettre en place des mesures pour "soulager" les besoins de trésorerie des commerces touchés par des dégradations, avec notamment un moratoire sur les remboursements de crédits et une ligne de crédit d'urgence à 2,5 %, pouvant aller jusqu'à 20 000 euros, déblocable sous 48 heures.
Le gouvernement a aussi indiqué avoir entamé des discussions avec les assurances pour "accélérer les différentes expertises", a souligné Sébastien Lecornu et "éviter d'emmener nos amis commerçants dans des tracasseries de procédures qui n'en finiraient pas".
Avec AFP
