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Le président américain Donald Trump et son vice-président J.D. Vance cherchent à présenter le mouvement lycéen et les manifestations du 17 octobre comme le résultat d'une crise migratoire. Une instrumentalisation de la situation qui sert les intérêts du mouvement Maga.

Donald Trump et J.D. Vance, les deux têtes de l'exécutif américains, ont été prompt à récupérer les violences en marge des manifestations lycéennes. © Studio graphique France Médias Monde

Pour Donald Trump, "Paris brûle" et "il faut fermer les frontières". Son vice-président J.D. Vance était sur la même longueur d'onde, dimanche 18 octobre, assurant que les manifestations en France et les débordements violents sont dus à la manie des "libéraux [comprendre les progressistes, NDLR] occidentaux d'importer le tiers-monde en France et ailleurs".

Le troisième larron de ce triumvirat de Magaland, Elon Musk, s'était déjà exprimé le 6 octobre au début du mouvement lycéen assurant que cette colère n'avait rien à voir… avec les lycéens, mais tout avec "une lente invasion". Le milliardaire propriétaire du réseau social X avait qualifié tous ceux qui "soutiennent ce mouvement de traîtres qui doivent être traités comme tels".

J.D. Vance en première ligne

La révolte des lycéens pour exiger des moyens supplémentaires pour l'éducation, et les manifestations du 17 octobre rassemblant une foule plus vaste pour dénoncer "la vie chère" semblent fasciner l'administration Trump.

Loin de faire écho aux revendications des manifestants, ils préfèrent tordre la réalité pour servir leurs intérêts. Comme leurs messages sur les réseaux sociaux l'indiquent, "il s'agit de tout reformuler pour en faire un événement cadrant avec la théorie du grand remplacement", souligne Jérôme Viala-Gaudefroy, spécialiste des États-Unis chargé de cours à Sciences Po et auteur de l'ouvrage "Les Mots de Trump". Très en vogue dans les milieux d'extrême droite des deux côtés de l'Atlantique, cette thèse raciste attribue à une petite élite un complot contre les Occidentaux "blancs" afin de les remplacer par des non-Européens, majoritairement musulmans.

Il y a comme une répartition des tâches, pas forcément volontaire, dans cette récupération politique par la Magasphère de la crise sociale française. Elon Musk joue le rôle du trumpiste menaçant qui promet que ceux qui soutiennent le mouvement social seront traités comme des "traîtres" à la nation, c'est-à-dire coupables d'un des crimes les plus graves aux États-Unis.

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Image de couverture : bell © France 24

Moins violent, "Donald Trump reste dans le registre plus émotionnel en mettant l'accent sur les images de destruction, tandis que J.D. Vance inscrit ses commentaires dans un combat culturel plus théorique en mettant l'accent sur les questions d'assimilation des immigrés et de compatibilité culturelle", résume Jérôme Viala-Gaudefroy.

Le vice-président a d'ailleurs bondi sur l'actualité française pour tenter un retour sur le devant de la scène médiatique. J.D. Vance sait que les élections de mi-mandat risquent de coûter cher aux républicains, et il ne s'est pas fait beaucoup entendre au sujet de la guerre en Iran ou de celle en Ukraine. "Ces derniers temps, il a donné quelques interviews où il se présente notamment comme le champion de la lutte contre la fraude, mais avec les manifestations en France, il a trouvé l'occasion de s'adresser à la base du mouvement Maga en surfant sur la thématique de l'immigration", assure Scott Lucas, spécialiste de la politique américaine à l'université de Dublin.

Pour J.D. Vance, la crise française est une vraie bouffée d'air politique. "Elle lui permet de déplacer la focale médiatique loin des dossiers iraniens et israéliens, sur lesquels il n'est pas à l'aise ne partageant pas l'intégralités des prises de positions de Donald Trump, tout en investissant un domaine où il est en total accord avec le président américain", analyse William Genieys, spécialiste de l'Amérique trumpienne et directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po Paris.

Arrière-Pensées électoralistes

Le mouvement lycéen revu et corrigé à l'aune des obsessions migratoires du mouvement Maga "apporte aussi de l'eau au moulin de J.D. Vance", assure William Genieys qui rédige une biographie du vice-président américain. Pour cet expert, J.D. Vance "s'est toujours présenté comme le porte-parole de la classe ouvrière blanche qui serait menacée de déclassement", et lors de son fameux discours à Munich en février 2025, il s'était déjà permis de critiquer les gouvernements européens, responsables à ses yeux de laxisme envers l'immigration qui menacerait le mode de vie des blancs-chrétiens. Les récents commentaires du vice-président américain sont dans la droite ligne idéologique de ce discours qui avait fait couler beaucoup d'encre en Europe.

Mais ce n'est pas seulement pour soigner l'image de J.D. Vance auprès de la base Maga que le camp pro-Trump s'empare des manifestations en France. Pour la plupart des experts interrogés par France 24, il y a d'évidentes arrière-pensées électoralistes à quelques semaines des élections de mi-mandat. La crise française "est utilisée comme une mise en garde. Donald Trump et J.D. Vance assurent que si les électeurs ne votent pas pour des candidats prônant une fermeté absolue à l'égard des immigrés, ce qui se passe en France va arriver aux États-Unis", explique René Lindstaedt, spécialiste de la politique américaine à l'université de Birmingham.

"C'est une distraction bienvenue pour le président américain", assure Richard Hargy, spécialiste de politique américaine à l'université d'Ulster. "Donald Trump est à la peine sur des sujets comme le coût de la vie, la hausse du prix des carburants et il espère pouvoir recentrer avec cette crise les débats autour d'un sujet, comme l'immigration, qui lui réussit mieux", ajoute cet expert. Même si, comble de l'ironie, il instrumentalise au nom de la lutte contre l'immigration une crise française.... liée au coût de la vie.

Pour autant, "il y a peu de chances que la situation française pèse lourd dans le vote des électeurs", nuance Richard Hargy. Cette "instrumentalisation de la crise française vise essentiellement à faire peur aux électeurs Maga tentés par l'abstention pour les élections de mi-mandat afin de les motiver à se déplacer", précise Jérôme Viala-Gaudefroy. Pour lui, il s'agit davantage d'un argument de mobilisation que d'un thème de campagne de dernière minute.

Ingérence "Made in USA"

D'autres estiment même que la dimension de politique intérieure n'est que secondaire. "Le but est de favoriser les mouvements d'extrême droite en Europe car cela fait partie des priorités des États-Unis telles que définies par l'administration Trump dans sa nouvelle Stratégie de sécurité nationale", assure Scott Lucas.

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Image de couverture : Crise politique : que se passe-t-il en France ? © Reuters

Ce document publié en décembre  2025 insiste sur la nécessité de "soutenir les alliés européens qui veulent restaurer l'identité occidentale".

Pour René Lindstaedt, les sorties de Donald Trump, J.D. Vance ou Elon Musk sont "autant de coups de pouce au Rassemblement national de Marine Le Pen". En insistant sur le chaos qui régnerait en France, ils appellent à une réponse plus ferme pour un retour de l'ordre… ce qui est précisément la ligne adoptée par le RN.

Il y a fort à parier pour les experts interrogés que les sorties des responsables américains sur la situation française soient un prélude à d'autres tentatives d'ingérence de la part de l'administration américaine en amont d'élection présidentielle française.