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Pourquoi les États-Unis ciblent le port iranien de Bandar Abbas avec des drones navals
Les États-Unis ont dit avoir mené, dimanche, une attaque inédite à l'aide de drones navals sur une installation de maintenance de sous-marins de Bandar Abbas. Ce port stratégique situé au sud de l’Iran est dans le collimateur de Washington depuis le début de la guerre, voici pourquoi.
Un drone de surface américain a atteint un complexe de maintenance de sous-marins et de navires à Bandar Abbas, en Iran, selon les images fournies par le Commandement central américain, lundi 13 juillet 2026. © U.S. Central Command, via Reuters

Près d’un mois après la signature d’un accord de paix provisoire, l'Iran et les États-Unis reprennent les hostilités. Téhéran a mené des attaques contre les cargos empruntant des itinéraires "non autorisés" dans le détroit d'Ormuz. De son côté, Washington a lancé des frappes aériennes meurtrières contre des infrastructures militaires sur la côte sud-est de l’Iran, entraînant des représailles contre les États du Golfe abritant des installations militaires américaines.

Mardi, les États-Unis ont également imposé un nouveau blocus naval sur les ports iraniens. Quant au président américain Donald Trump, il a une nouvelle fois menacé de prendre pour cible des infrastructures civiles si Téhéran ne revenait pas à la table des négociations. Jusqu’ici, rien de nouveau.

Cependant, Washington tente d'innover sur le plan opérationnel : l'armée américaine a ainsi annoncé lundi avoir déployé, la veille, une nouvelle arme issue de son vaste arsenal. Dans une vidéo en noir et blanc publiée sur ses réseaux sociaux, le Commandement central américain (Centcom) montre trois drones navals de surface filant à toute allure vers ce que l’armée américaine présente comme une base de maintenance de sous-marins et de navires dans la ville portuaire de Bandar Abbas.

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Washington a fait savoir qu'il avait utilisé des drones de surface "Corsair" pour mener cette attaque sans précédent. Conçu par l’entreprise Saronic technologies basée au Texas, ce drone naval peut porter une charge de 450 kg sur une distance de 1 860 km, et atteindre une vitesse de 65 km/h. Un mode opératoire qui n'est pas sans rappeler les attaques menées par l'armée ukrainienne en mer Noire contre les bâtiments et les infrastructures russes.

Il y a un mois, l'engin sans pilote s'était également distingué mais au cours d'une opération de sauvetage. Il avait permis de secourir deux pilotes d’un hélicoptère AH-64 Apache touché par des tirs iraniens dans le golfe d’Oman.

Une ville QG de la marine iranienne

Depuis le début du conflit, Bandar Abbas est une cible de choix pour les États-Unis. Cette ville de plus d’un demi-million d’habitants, qui abrite le plus grand terminal à conteneurs du pays et assure plus de la moitié de son trafic maritime, est frappée régulièrement par les forces aériennes américaines.

De fin février à l’annonce du cessez-le-feu provisoire, au moins 96 frappes américaines ont été dénombrées sur la ville et dans ses environs, selon les données collectées par l’ONG Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED). Un tiers d’entre elles auraient visé des infrastructures militaires, notamment des sites de missiles et des installations navales. Fin mars, une frappe israélienne avait notamment coûté la vie au commandant naval des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri.

Abritant à la fois la marine iranienne et la branche navale des Gardiens de la Révolution, Bandar Abbas occupe une position stratégique unique sur la rive nord du détroit d’Ormuz, passage étroit par lequel transitait plus d’un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié avant la guerre.

Bloqué par Téhéran après le déclenchement de la guerre israélo-américano contre l’Iran, ce passage crucial est devenu le moyen de dissuasion le plus efficace de la République islamique – et une source potentielle de revenus indispensables si Téhéran sortait de la guerre avec l’autorisation de percevoir des droits sur les navires transitant par le détroit.

"Plaque tournante" de la logistique iranienne

Le protocole d’accord signé par les deux pays en juin stipulait que Téhéran mettrait tout en œuvre pour permettre aux navires commerciaux de transiter en toute sécurité par le détroit d’Ormuz pendant 60 jours. Dans l’intervalle, l’Iran et Oman – situé de l’autre côté de la voie navigable – s’accorderaient sur la "gestion future" du détroit. Mais alors que Téhéran soutient que cet accord provisoire reconnaît son droit de gérer le trafic sur cette voie navigable, Washington conteste ce point essentiel.

Ce désaccord menace désormais de replonger la région dans la guerre et l’économie mondiale dans le chaos. La semaine dernière, l’armée américaine a mené une série de frappes visant à "affaiblir davantage la capacité de l’Iran à attaquer la navigation marchande", annonçant avoir détruit des radars, des systèmes de défense aérienne et plus de 60 petits bateaux utilisés par les Gardiens de la Révolution.

Pourquoi les États-Unis ciblent le port iranien de Bandar Abbas avec des drones navals
Une image satellite BlackSky Gen-3 avec analyse basée sur l'IA mettant en évidence divers navires militaires et sous-marins dans le port de Bandar-Abbas, en Iran, prise le 30 mars 2025. © AP archives

Une situation qui fait de Bandar Abbas le centre névralgique de la logistique maritime de la République islamique, selon Bilal Saab, directeur général adjoint du centre de recherche américain Trends. "On ne peut pas parler de la défense côtière iranienne sans évoquer Bandar Abbas", indique l'expert, qui a aussi été un responsable du Pentagone sous la première administration Trump. "C’est la plaque tournante de la logistique maritime. Si vous la neutralisez, vous paralysez les capacités maritimes de l’Iran".

L’offensive éclair israélo-américaine lancée en février a décimé la marine conventionnelle iranienne, détruisant ou endommageant plus de 155 navires de guerre. La flotte de la République islamique a été coulée de fait avant même que ses navires de guerre n’aient pu quitter le port de Bandar Abbas. Mais la perte de cette puissance navale n’a guère empêché l’Iran de bloquer à sa guise le trafic de marchandises dans le détroit d’Ormuz.

Pouvoir de nuisance

"(Téhéran) s’appuie en grande partie sur des moyens terrestres" pour défendre la voie navigable, selon une analyse du cercle de réflexion américain Jamestown Foundation, publiée en juin. "L’Iran défend principalement le détroit à l’aide de drones aériens et d’une variété de missiles terrestres et de drones maritimes lancés depuis des positions fortifiées, plutôt qu’en recourant à des navires de guerre conventionnels. Avec l’ajout de mines larguées depuis de petits hors-bord, le passage dans le détroit devient une entreprise périlleuse, même pour de puissants navires de guerre".

La structure de commandement décentralisée de la branche navale des Gardiens de la Révolution – héritage des années sombres de la guerre Iran-Irak – la rend particulièrement adaptée au type de guerre asymétrique auquel l’Iran a eu recours.

Néanmoins, les analystes estiment qu’une grande partie des installations de commandement et de contrôle maritimes de la République islamique reste concentrée à Bandar Abbas et dans ses environs – tout comme une grande partie de ses infrastructures de surveillance côtière et de drones.

Bilal Saab juge que les récentes frappes américaines semblent s’inscrire dans une stratégie à long terme visant à porter un préjudice réel et durable à la capacité de l’Iran à contester la domination navale sans égale de Washington.

"Le Centcom détruit délibérément les infrastructures de Bandar Abbas, et pas seulement les navires", précise-t-il. "Ces infrastructures ont une durée de vie à long terme. Les navires sont facilement remplaçables. Ce n’est pas le cas des cales sèches, des chantiers de réparation et de l’ensemble des opérations de maintenance nécessaires au maintien de la puissance navale iranienne".

Dans cette perspective, les drones navals sans pilote pourraient être amenés à jouer un rôle accru en renforçant la capacité de projection américaine face à une marine iranienne, qui malgré les coups reçus, conserve jusqu'ici un immense pouvoir de nuisance.

Article adapté de l'anglais par Grégoire Sauvage. L'original est à retrouver ici.