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Pourquoi Samsung se prend une claque boursière malgré des profits astronomiques
Le géant sud-coréen Samsung a connu une chute en Bourse de près de 6 % alors même que ses profits augmentent de 1 800 %. Une étrange mésaventure boursière pour l’un des principaux fournisseurs de semi-conducteurs, essentiels pour faire tourner la machine de l'intelligence artificielle.
Le géant sud-coréen Samsung a beau annoncer des profits records, sa valeur en Bourse a pris une claque. Un avant goût de ce qui attend les géants de l'IA ? © Ahn Young-joon, AP Photo

Pour échouer, faut-il réussir ? L’action de Samsung a chuté de près de 6 % à la Bourse sud-coréenne mardi 7 juillet alors même que ce champion de l’électronique venait d’annoncer des profits en hausse de 1 800 %.

"C’est une performance en tout point remarquable", assure Alexandre Baradez, responsable de l'analyse de marché pour IG France. Pour le troisième trimestre d’affilée, Samsung a annoncé, pour la période d’avril à fin juin, des revenus records. Ses bénéfices devraient être 17 fois supérieurs à ceux enregistrés l’an dernier à la même période, précise le Financial Times.

"Le phénoménal est le nouveau normal"

La machine à profits du géant sud-coréen s’appelle les semi-conducteurs. Samsung est, en effet, l’un des principaux vendeurs de ces petites puces informatiques indispensables pour faire tourner toujours plus vite la machine à intelligence artificielle et que les grands noms du marché comme Nvidia et OpenAI s'arrachent à prix d'or. 

Et pourtant, les investisseurs ont sanctionné cette bonne santé financière. "Certes, une hausse de près de 2 000 % des profits est extraordinaire, mais c’est du passé, et les marchés ont le regard tourné vers l’avenir", souligne Daniele D’Alvia, spécialiste des secteurs bancaires et financiers à la Queen Mary University de Londres.

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Pourquoi Samsung se prend une claque boursière malgré des profits astronomiques
01:29

La Bourse sud-coréenne avait déjà largement récompensé le succès de Samsung dans la révolution de l’intelligence artificielle. "Depuis avril 2025, la trajectoire de l’action du groupe est impressionnante puisque son cours a été multiplié par sept", constate Alexandre Baradez.

Autrement dit, "le marché a déjà intégré les bons résultats et attend autre chose", note Alex Dryden, spécialiste des marchés financiers à l'Université de Londres. Mais que peut-il attendre ? Comment faire mieux qu’une hausse de 1 800 % ?

La chute de l’action Samsung est révélatrice d’un état d’esprit sur les marchés financiers, et pas seulement en Corée du Sud. "Dans cette ère où tout tourne autour de l’IA, la question pour les investisseurs n’est plus seulement de savoir si l’entreprise grandit mais si elle grandit beaucoup plus vite que ses concurrents", assure Daniele D’Alvia.

Autrement dit, "le phénoménal est le nouveau normal pour les résultats financiers de ces groupes et il faut faire mieux si on veut continuer à attirer les investisseurs", résume Alex Dryden.

En l’occurrence, les investisseurs espéraient que Samsung continuerait à les faire rêver dans ses prévisions, traditionnellement jointes aux résultats financiers. Or, si le groupe espère continuer à empocher des profits conséquents, "il a aussi mis en garde contre des risques de surproduction et une croissance du secteur peut-être moins rapide", souligne Alex Dryden.

Dépendance à Samsung

Ce n’est peut-être pas ce que les investisseurs voulaient entendre, mais de là à infliger une chute de plus de 6 % de l’action… "En temps normal, la correction n’aurait pas été aussi sévère. Mais la période est tout sauf normale et le contexte sud-coréen est aussi particulier", poursuit le spécialiste.

En fait, le principal indice boursier sud-coréen, appelé Kospi, est devenu accro à Samsung. Pour être plus précis, deux fabricants de semi-conducteurs - Samsung et SK Hynix - représentent plus de 50 % du Kospi. "En janvier 2026 c’était encore seulement 30 %", rappelle le Financial Times.

Là encore, c’est une dépendance tout à fait extraordinaire, soulignent les experts interrogés. Quand tout va bien au royaume de l’IA, Samsung et le Kospi dansent… Mais lorsqu’il commence à y avoir des fissures dans l’édifice IA, les deux déchantent. Le géant sud-coréen ne chute ainsi pas seulement parce que ses propres annonces n’ont pas suffisamment enthousiasmé les investisseurs, mais aussi "parce qu’il commence à y avoir des doutes plus globaux sur le niveau des investissements futurs des géants de l’IA, notamment aux États-Unis", explique Alexandre Baradez.

Et si les investisseurs commencent à se poser des questions sur l’IA et ses débouchés, le marché financier sud-coréen va en pâtir, tant il est dominé par ces deux géants des semi-conducteurs. La chute boursière de ces mastodontes - SK Hynix a également baissé de 6 % - reflète donc ce qui ressemble à un début de défiance envers le marché sud-coréen.

Les conséquences pourraient être financièrement douloureuses si la tendance se confirme. En grande partie à cause d’un type de produit financier très particulier : les ETF à effet de levier sur valeur unique. Derrière cette appellation complexe se cache une manifestation de la créativité du monde financier qui inquiète jusqu’aux responsables politiques sud-coréens : il s’agit de placements dans des produits dont la seule raison d’être est de multiplier par 2, 3 ou plus l’exposition à une valeur.

Autrement dit, un investisseur qui mise sur un tel ETF indexé, par exemple, sur Samsung peut gagner deux fois plus que la hausse du cours de l’action si l’effet de levier est de deux. Plus encore si l’effet de levier est plus important. Mais, lorsque le cours de l’action chute… "les pertes peuvent rapidement s’accumuler aussi", prévient Alexandre Baradez. Le problème, actuellement, est "que l’on ne sait pas exactement combien d’argent a été placé sur ces ETF à effet de levier indexés sur des valeurs de l’IA", ajoute Alex Dryden.

Pour lui, la contre-performance boursière de Samsung malgré des profits historiques "doit servir à de leçon à tous les investisseurs qu’il est urgent de ralentir les mises sur ces géants de l’IA, que ce soit en Corée du Sud ou ailleurs".