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Avec son pourvoi en cassation, le pari risqué de Marine Le Pen
Après son jugement en appel, Marine Le Pen a confirmé mardi qu'elle sera la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle tout en faisant le choix de se pourvoir en cassation. Une façon de gagner du temps pour celle qui espère que soit les délais de justice, soit la pression politique, médiatique et populaire sur les juges lui permettront de faire campagne sans entrave.
Marine Le Pen, le 7 juillet 2026, sur le plateau du 20h de TF1. © Christian Hartmann, AFP

"Il n’y a plus de scénario où je ne pourrai pas me présenter en 2027." Marine Le Pen avait de quoi être satisfaite, mardi 7 juillet sur le plateau du 20 h de TF1. Le jugement de la cour d’appel du tribunal de Paris lui a offert la possibilité de rester candidate à l'élection présidentielle et de suspendre sa peine de prison ferme grâce à un pourvoi en cassation. Une façon pour elle de gagner du temps.

Ce pourvoi en cassation a pour effet de suspendre la condamnation en appel de Marine Le Pen, alors qu’elle aurait dû, sans cela, rencontrer un juge d’application des peines dans les prochaines semaines pour être informée des modalités du port de son bracelet électronique. La quadruple candidate à l’élection présidentielle (2012, 2017, 2022, 2027) est désormais assurée de rester libre de ses mouvements au moins jusqu’à la fin de l’année 2026.

Et en 2027 ? Cela dépendra du calendrier de la décision de la Cour de cassation. Son premier président, Christophe Soulard, avait indiqué le 8 janvier dernier qu’en cas de pourvoi en cassation de Marine Le Pen, une décision serait prise "dans la mesure du possible" avant la présidentielle.

En attendant, la candidate du Rassemblement national va pouvoir non seulement faire campagne, mais aussi continuer à clamer son innocence, comme elle l’a fait mardi soir sur TF1. "J'ai ‌les mains propres et je me pourvois en ⁠cassation pour le démontrer, a-t-elle déclaré. Je considère que deux juridictions ‌peuvent commettre une erreur. Je veux aller au bout des voies de recours qui me sont offertes pour défendre mon ​innocence dans ce dossier."

Ces déclarations font toutefois partie d’une stratégie de communication. La Cour de cassation, dernière juridiction de l’ordre judiciaire, ne juge en effet pas les faits et ne se prononce pas sur le fond des affaires. Son rôle est de s’assurer que le jugement n’est pas entaché d’une erreur de raisonnement juridique et de vérifier la correcte application de la loi par les juges qui ont rendu la décision contestée. La Cour de cassation ne se prononcera donc pas sur l’innocence ou la culpabilité de Marine Le Pen.

"Les Français seront juges"

Quels scénarios désormais ? Si le jugement en appel venait à être "cassé", l’affaire serait alors renvoyée devant une autre juridiction de même nature que celle qui a rendu la décision initiale. L'affaire serait alors rejugée par cette juridiction, mais n’aurait aucune chance de l’être avant l’élection présidentielle. Marine Le Pen pourrait donc faire campagne sans entrave jusqu’au scrutin.

À moins que la cheffe de file de l’extrême droite française parie tout simplement sur une décision tardive de la Cour de cassation. Ses délais sont habituellement compris entre huit mois et un an pour qu'elle se prononce sur un pourvoi formé contre une condamnation en appel.

Et en dépit des déclarations de son premier président en début d’année, Marine Le Pen pourrait espérer que la pression politique et médiatique finisse par faire reculer la Cour de cassation, à l’image de la cour d’appel qui a prononcé une peine d’inéligibilité nettement allégée malgré la jurisprudence en matière de détournement de fonds publics.

Ses déclarations peuvent d’ailleurs être interprétées dans ce sens. "J'ai été heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de voter et que la Cour me rende mon éligibilité, a-t-elle dit sur TF1. Les Français seront juges car ils vont avoir la liberté de choisir, ce qui jusqu'ici n'était pas le cas", a-t-elle ajouté, tout en les enjoignant à la soutenir en s’inscrivant sur son site de campagne.

"Tension avec les juges"

Après le jugement en première instance le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait parlé de "déni démocratique", puis organisé dans la foulée une manifestation de soutien sous le hashtag #SauvonsLaDémocratie. L’un des axes de sa campagne qui démarre tout juste consistera sans doute à encourager ses électeurs à maintenir une forme de pression populaire. Un déplacement avec Jordan Bardella est d’ailleurs prévu dès mercredi, en fin de matinée, sur le marché de La Flèche, dans la Sarthe.

Que cela mène à un jugement cassé ou à une décision qui n’arriverait pas à temps, le pari de la Cour de cassation reste toutefois risqué politiquement. D’abord parce que les adversaires de Marine Le Pen ne manqueront pas de l’attaquer sur sa probité. Mais aussi car sa condamnation deviendrait définitive et sa peine d’un an de bracelet électronique mise à exécution si une décision était finalement rendue début 2027 et que son pourvoi était rejeté.

Dans ce scénario, la pose du bracelet électronique interviendrait quelque part entre l'hiver et le printemps, soit au moment où la campagne présidentielle entrera dans sa dernière ligne droite, voire sera tout juste terminée.

"Elle va créer en milieu de campagne une sorte de tension avec les juges, en disant ‘vous ne pouvez pas m'imposer un bracelet alors que je suis en pleine campagne’. C'est couillu", observe un avocat auprès de la Cour de cassation, sollicité par l’AFP.

Interrogée sur TF1 sur la possibilité d’être à nouveau désavouée, Marine Le Pen a botté en touche : "Nous verrons", a-t-elle répondu, semblant déjà certaine de sa stratégie, que celle-ci consiste à parier sur l’accumulation des délais de justice pour mener campagne ou à jouer la carte d’une justice qui n’oserait pas prendre une décision aux lourdes conséquences politiques.