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"Ma mère a emporté son secret dans la tombe" : le Royaume-Uni face au scandale d'adoptions forcées
Le Premier ministre Keir Starmer a présenté jeudi des excuses officielles pour le scandale des 185 000 adoptions forcées de bébés nés de mères non mariées entre 1949 et 1976. À la chambre des Communes, la députée Sarah Pochin a fondu en larmes en racontant que sa mère avait été "poussée à confier un bébé à l'adoption" par un système "géré par l'Église". 
Le Premier ministre britannique Keir Starmer participe à une réunion avec des militantes pour discuter du scandale des adoptions forcées, à Downing Street, à Londres, le 2 juillet 2026. © Isabel Infantes, AFP

C'est un mea culpa historique pour le Royaume-Uni face à l'une des pages les plus sombres de son après-guerre. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a présenté jeudi 3 juillet des excuses officielles pour le scandale des plus de 185 000 adoptions forcées d'enfants nés de mères célibataires pendant des décennies après la Deuxième guerre mondiale.

"Ce n'est pas à vous d'avoir honte, ça n'a jamais été à vous. C'est à nous d'avoir honte. Je le dis au nom du pays tout entier, je le dis à chacune des personnes touchées : nous en sommes profondément et sincèrement désolés", a déclaré le chef du gouvernement démissionnaire au Parlement. "Ce qui leur est arrivé (...) n'aurait jamais dû se produire. C'est une tache sur notre histoire", a-t-il insisté.

Au total, plus de 185 000 enfants nés de mères non mariées ont été adoptés sur une période allant de 1949 à 1976 en Angleterre et au Pays de Galles, selon une évaluation de la commission parlementaire aux droits humains réalisée en 2022.

Ces adoptions "qui se sont poursuivies au-delà de ces années", selon le Premier ministre, étaient réalisées sur fond de stigmatisation des femmes ayant des enfants hors mariage à cette époque.

"Des enfants ont grandi en croyant n'avoir pas été désirés, des mères ont été accusées d'immoralité" et "il ne s'agissait pas d'actes isolés ou accidentels", a déclaré Keir Starmer.

Deux députées, personnellement concernées par ce scandale, n'ont pu retenir leurs larmes jeudi en évoquant leur expérience à la chambre des Communes. "Je ne sais pas si ma mère biologique s'est sentie contrainte de me faire adopter. Je sais toutefois qu'avant ma naissance, elle se trouvait dans un foyer mère-enfant de l'Église d'Écosse", a ainsi témoigné la travailliste Tracy Gilbert, née en 1972.

Des excuses qui arrivent trop tard

"Ma propre mère a été poussée à confier un bébé à l'adoption, et tout cela a été géré par l'Église. Je ne l'ai découvert qu'après sa mort - elle a emporté son secret dans la tombe", a aussi raconté la députée de Reform UK Sarah Pochin, expliquant avoir dû "payer de (sa) poche" les recherches pour retrouver son frère.

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Dans ses colonnes, le grand titre de la presse britannique The Independent rappelle que cette victoire arrive trop tard pour certaines victimes, à l'image de Veronica Smith, militante historique décédée en juin 2024 sans avoir pu entendre les mots de Keir Starmer. Interrogée par le journal, la présidente du collectif Movement for an Adoption Apology (MAA) a confié sa tristesse de voir que tant de mères, ayant "travaillé sans relâche" pour que ce jour arrive, ne soient plus là pour le vivre.

Sur le site de la BBC, le mari d'une victime déplore que le Premier ministre n'ait pas eu un mot pour les mères dont les bébés sont morts dans les foyers pour mères célibataires, à l’instar de son épouse violée à l'adolescence, dont le nouveau-né handicapé avait été laissé sans soins car jugé "inadoptable" avant de mourir.

De son côté, le quotidien The Times a salué cette initiative en rappelant que ces excuses officielles de l'État britannique, bien que tardives, s'imposaient comme une "décision juste" pour "ces femmes qui ont été traitées avec tant de cruauté".

Aider les victimes à retracer leur passé

D'autres pays, comme l'Irlande en 2021 et l'Australie en 2013, ayant connu des pratiques similaires, ont présenté par le passé des excuses officielles et mis en place des indemnisations pour les victimes.

Le Premier ministre britannique n'a pas annoncé jeudi de compensations financières, mais la création en ligne d'"un point d'accès unique pour localiser les archives" afin d'aider les victimes à retracer leur passé et leurs origines.

Une consultation sera organisée afin que les archives existantes soient conservées "pendant 100 ans pour qu'elles restent accessibles toute la vie des personnes affectées".

Les gouvernements gallois et écossais ont déjà présenté leurs excuses en 2023. Un processus est en cours en Irlande du Nord, où une enquête publique doit être lancée prochainement.

Avec AFP