
Le poing rageur du capitaine du Paraguay, Gustavo Gomez, après la victoire de sa sélection aux tirs au but face à l'Allemagne à Foxborough lors du Mondial, le 29 juin 2026. © Robert Cianflone, Getty Images via AFP
La tension est à son comble dans le Gillette Stadium de Foxborough. Devant près de 64 000 spectateurs, le Paraguayen José Canale s'élance. Il y a 3-3 aux tirs au but. S'il marque, les Guarani créent l'exploit et éliminent l'Allemagne. Manuel Neuer est pris à contre-pied, le Paraguay bascule dans la liesse. Des scènes de joies affluent sur les réseaux sociaux, dans la capitale Asuncion ou encore dans l'est du pays.
Alors que la presse allemande déplore "une catastrophe" pour la Mannschaft, son homologue paraguayenne ne manque pas de superlatifs pour parler de la performance de l'Albirojja, notamment qualifiée de "coup de tonnerre mondial" par le quotidien ABC. Signe d'un moment exceptionnel pour le pays, le président du Paraguay Santiago Pena a décrété un jour férié le lendemain de la victoire en 16es de finale.
Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choix"Cette liesse s'explique par le fait que le Paraguay n'a pas participé à une Coupe du monde depuis 16 ans", affirme à France 24 Guillaume Savary, responsable du compte X "Garra Guarani", qui suit l'actualité du championnat paraguayen et de la sélection nationale. Lors du Mondial 2010, "l'Albirojja s'était inclinée 1 à 0 face à l'Espagne en quarts de finale sur un but de David Villa dans les dix dernières minutes. Le peuple paraguayen a alors eu l'impression d'avoir vécu une sorte d'injustice. Il a mal vécu cette défaite et a ensuite dû attendre que toute une génération se reforme, jusqu'à cette année."
Les effusions de joie ont aussi été à la hauteur de plus d'une décennie d'attente chez les joueurs et leur sélectionneur. Julio Enciso, auteur du but de l'Albirojja face à l'Allemagne, a fondu en larmes après la victoire, tandis que le coach Gustavo Alfaro a dédié la qualification aux Paraguayens "qui savent l'énorme effort que cela (leur) a coûté d'arriver jusqu'ici", ajoutant : "Cette qualification est pour eux. Pour ceux qui ont toujours cru en nous, pour ceux qui nous ont accompagnés et nous ont fait sentir leur soutien à chaque instant."
Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixL'ADN du Paraguay, "c'est 'vaincre ou mourir'"
Pour faire tomber l'Allemagne, le Paraguay a mis en place un système tactique basé sur un bloc bas, une discipline défensive à toute épreuve, une bonne dose d'agressivité dans les duels qui a rendu la Mannschaft nerveuse, et aussi un peu de réussite à des moments clés du match – comme lors du but de Jonathan Tah refusé durant la prolongation pour une faute légère sur le gardien paraguayen.
Par-dessus tout, c'est l'état d'esprit de l'Albirojja qui fait chavirer tout un pays depuis près de deux ans : le fameux "Garra Guarani", l'ADN du Paraguay. "C'est la hargne, le supplément d'âme que les joueurs vont apporter au collectif. C'est littéralement la phrase 'vaincre ou mourir' en essayant jusqu'à la toute dernière minute sur le terrain", explique Guillaume Savary.
L'expert du football paraguayen précise que les Guarani "sont un peuple de guerriers" indigènes d'Amérique du Sud dont les valeurs inspirent fortement la sélection nationale quand elle joue sur le terrain : "Ils se comportent comme des guerriers, soudés, en bloc bas, à vouloir mettre le pied sur tous les ballons." C'est l'ancien gardien mythique du Paraguay, José Luis Chilavert, qui a résumé cet état d'esprit en déclarant avant les 16es de finale : "Quand un Allemand reçoit le ballon, trois Paraguayens doivent lui mettre la pression et l'étouffer."
Après la victoire, le sélectionneur paraguayen a lui aussi fait référence aux origines guaranies de son équipe : "Nous, nous venons de la terre rouge. Le maillot que nous portons, ce sont les bandes de la terre rouge (un maillot rouge et blanc, NDLR). Et c'est sur cette terre que nous apprenons à jouer, pieds nus, avec les sacrifices faits par nos parents pour que leurs enfants, leurs fils, puissent accomplir leurs rêves."
"Une guerre psychologique aux Français"
L'équipe de France est prévenue : son adversaire des 8es de finale promet d'être coriace et de ne rien lâcher jusqu'à la dernière minute. "Les Bleus ont le niveau pour ne pas se rendre le match difficile", tempère Guillaume Savary. "Maintenant, s'ils se heurtent au bloc bas paraguayen, tergiversent et ne trouvent pas les espaces, le Paraguay pourrait alors tenter d'imposer une guerre psychologique aux Français, et c'est là où ça peut devenir dangereux. C'est là où les Allemands se sont cassé les dents."
D'autant que la ligne défensive paraguayenne sait se montrer rugueuse, comme face à la Mannschaft. La ligne de quatre Alonso-Alderete-Gomez-Caceres promet de donner du fil à retordre à l'attaque de feu tricolore Mbappé-Dembélé-Barcola-Olise. Mais les acteurs du football mondial sont dithyrambiques sur le potentiel offensif des Bleus, surtout après le récital face à la Suède en 16es de finale.
Pas de quoi effrayer Julio Enciso, qui déclarait, avant le match contre l'Allemagne : "Nous n'avons peur de personne." Il a affiché le même état d'esprit au sujet de la France : "C'est une très bonne équipe, avec des joueurs de très haut niveau. Inutile de les nommer, ce sont des stars. (...) Nous avons aussi nos propres atouts, et avec notre style de jeu, nous allons essayer de mettre en difficulté n'importe quel adversaire."
L'état d'esprit "Garra Guarani" résonne, là aussi, dans ces propos qui pourraient être légèrement perçus comme arrogants au premier abord. "Ce que dit Enciso, c'est vraiment ce que l'équipe et le peuple paraguayen pensent", précise Guillaume Savary. L'ailier de l'Albirojja ne dit d'ailleurs pas autre chose que la phrase écrite dans le col des maillots du Paraguay en guarani : "Ndaipori kyhyje" ("Il n'y a pas de peur").
Prudence, donc, pour l'équipe de France. C'est aussi ce qu'a déclaré Bixente Lizarazu, champion du monde 1998, qui avait croisé la route du Paraguay... en 8es de finale – victoire 1-0 sur un but en or de Laurent Blanc durant la prolongation. "Ça a été un match très éprouvant. Ils nous ont fait vraiment souffrir et douter", se rappelle l'ancien latéral des Bleus. Sur l'équipe de 2026, il estime que l'Albirroja "sait faire déjouer un adversaire". Il ne reste plus aux Français qu'à ne pas tomber dans le piège paraguayen.
