
Un thermomètre de pharmacie affiche une température de 39°C à Thionville, dans le nord-est de la France, le 26 juin 2026 pendant un épisode de canicule en France et en Europe. © Jean-Christophe Verhaegen, AFP
Une vague de chaleurs aux conséquences inquiétantes. Alors que la canicule amorce son reflux ce week-end en France, avec la fin de la vigilance rouge attendue dimanche soir, l'inquiétude se porte désormais sur le bilan d'une semaine qui a épuisé les corps.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a indiqué observer "un nombre de décès supérieur à la normale", dans un entretien à La Tribune. "On a des signaux qui montrent qu'il y aura très probablement une mortalité plus élevée qu'à la même période l'an dernier", a-t-elle ajouté.
"Les chaleurs extrêmes de ces derniers jours agissent avec un effet retard, notamment chez les personnes fragiles mais aussi chez certains plus jeunes, qui arrivent aux urgences parfois cinq à dix jours après la canicule", a expliqué la ministre.
Les autorités ont de plus comptabilisé 74 décès par noyade depuis le 18 juin en France, "en grande partie sur des plans d'eau non autorisés, non surveillés: les fleuves, les rivières, les étangs, notamment", où beaucoup se baignent en quête de fraîcheur, a précisé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, dans un entretien au Parisien.
L'AP-HP (hôpitaux publics parisiens), où le plan blanc d'urgence sanitaire a été déclenché, fait état d'une activité "exceptionnellement élevée" dans les services d'urgence parisiens et d'une hausse de 80 % cette semaine des appels au Samu à Paris et dans sa petite couronne.
"Si la canicule recule, ses effets sur la pression sur le système de santé, eux, restent devant nous", a prévenu Matignon.
Lourdes implications économiques et sanitaires
La vigilance rouge canicule concernait encore 37 départements du quart nord-est samedi, mais plus que 24 dimanche au petit matin.
Dès 06 h dimanche, 22 départements, dont ceux de l'Ile-de-France, rétrograderont en vigilance orange, et l'alerte maximale sera levée à 22 h pour les deux derniers départements, en Alsace.
Principalement causé par la combustion des énergies fossiles, le changement climatique intensifie les vagues de chaleur comme celle qui étouffe une grande partie de l'Europe où, selon un calcul de l'AFP, au moins 193 millions de personnes ont connu samedi des températures supérieures à 35°C. Ces épisodes ont de lourdes implications économiques ou sanitaires.
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"Cet épisode exceptionnel dépasse celui d'août 2003 en termes d'intensité et est équivalent en termes de durée", affirme Météo-France samedi. De quoi épuiser les organismes.
"Quatre à cinq heures de sommeil alors qu'il me faut six à sept heures... On tire sur la corde", déclare Nelly Koebel, 37 ans, dans le centre de Strasbourg.
La canicule "fait mourir, hélas, des personnes qui ne devraient pas mourir", "de 40, de 50 ans" qui "sont chez elles, isolées", selon Antoine Alibert, adjoint au maire de Paris chargé de la Santé, qui pointe cet "angle mort" des décès à domicile.
Bilan difficile à évaluer
Il faut toutefois des mois ou plus pour déterminer la surmortalité liée à la chaleur, décrite comme "un tueur silencieux". La causalité est souvent difficile à démontrer. Selon l'agence Santé publique France, la chaleur a tué quelque 5 700 personnes en France en 2025.
Le directeur général de l'AP-HP, Nicolas Revel, s'est toutefois montré mesuré quant au bilan final de l'épisode actuel, rappelant sur France Inter que des progrès dans la prise en charge ont été faits depuis la canicule historique de 2003.
Gautier Caton, porte-parole de la Fédération nationale du funéraire, constate "depuis 24 à 48 heures, une saturation des chambres funéraires, avec une grande disparité selon les régions".
C'est le cas à Paris, qui ne dispose que de deux funérariums. "Depuis ce matin, ils n'ont plus de capacité d'accueil et on reporte la capacité sur la petite couronne", a affirmé à l'AFP la déléguée générale de la fédération nationale du funéraire, Elisabeth Charrier.
Avec la chaleur, Météo-France prévoit "des orages très violents", avec grêle, fortes rafales de vent et pluies intenses, qui pourront toucher plusieurs régions du nord au sud-ouest du pays samedi.
Quelque 35 départements sont en vigilance orange orages, dont Paris. La ville a fermé ses parcs, jardins et le site de baignade du canal Saint-Martin en fin d'après-midi.
Dans le Lot-et-Garonne, les concerts de samedi soir du festival Garorock sont annulés et les autorités ont évacué les 20 000 festivaliers face au risque d'orages.
Le risque d'incendie est accru avec les fortes chaleurs, comme en Haute-Loire où un incendie a déjà parcouru 70 hectares. La préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes indique sur X que "près de 700 sapeurs-pompiers sont mobilisés" pour "éteindre une dizaine de feux de végétation de tailles diverses".
Partout, des événements ont été reportés : festival Solidays, Marche des Fiertés LGBTQIA+ à Paris, trois jours de concerts à Chambord. La préfecture de police de Paris a également interdit par arrêté une manifestation et un festival prévus dimanche.
Laurent Nuñez comptabilise "336 mesures liées à la canicule" prises par les préfets en France, dont "64 arrêtés d'interdiction d'événements sportifs et 14 arrêtés pour des événements culturels".
Avec AFP
