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Des images inédites révèlent comment la Russie recycle en Afrique les drones du front ukrainien
Au Mali, les mercenaires russes d’Africa Corps - qui succèdent au groupe Wagner aux côtés de l’armée malienne - déploient de nouveaux drones de combats. Tout droit venus d’Ukraine, ces appareils font leur entrée sur le terrain sahélien, pour lequel ils n’ont pas été pensés.
La rédaction des Observateurs a pu documenter l’usage de nouveaux drones par les troupes russes d’Africa Corps au Mali © Observateurs

À première vue, il ne s’agit que de quelques bouts de tôle éparpillés sur le sable du désert malien. Pourtant, ces photos, fournies à la rédaction des Observateurs par une source anonyme au sein du Front de libération de l’Azawad, montrent les débris d’un drone kamikaze russe déployé pour la première fois au Mali. 

Le 15 avril dernier, le Front de libération de l’Azawad (FLA) - un mouvement séparatiste  - s’emparait de la ville clé de Kidal, lors d’une offensive massive menée aux côtés du JNIM, un groupe jihadiste sahélien. Chassés de la ville, les Russes du groupe Africa Corps et les forces armées maliennes qu’ils épaulent, multiplient désormais les frappes de drones et de munitions rôdeuses contre les deux groupes rebelles, avec des engins jusque-là utilisés essentiellement en Ukraine.

Selon la source au sein du FLA consultée par la rédaction des Observateurs, la frappe de drone aurait eu lieu dans la région de Tombouctou. L’engin aurait été dirigé contre un véhicule décrit comme civil - une information qui n’est pas vérifiable de façon indépendante.

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Cette image envoyée par une source anonyme à la rédaction des Observateurs montre les débris d’un drone. © Observateurs

Analysées par la rédaction des Observateurs, ces images montrent les ailes de la munition rôdeuse russe Lancet.

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Ici, une minution rôdeuse Lancet publiée sur le site de son fabricant, le groupe Zala Aero. © Cat Uxo

Le Lancet s'apparente à un petit missile autopropulsé capable de voler pendant une période relativement longue grâce à une caméra embarquée qui permet à son opérateur de piloter l'engin. Fabriqué par le groupe Zala Aero, une filiale de la célèbre entreprise russe Kalashnikov, le Lancet est en service au sein de l'armée russe depuis 2020.

Un site de vente en ligne ukrainien permet d’identifier un nouvel appareil au Mali 

Sur un site ukrainien de revente en ligne, Reibert.info, les débris de Lancet pullulent au fil des petites annonces. Le site a ouvert une plateforme d'achat et de revente de matériel russe à la suite de l'invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Les soldats ukrainiens y mettent aux enchères leurs trophées de guerre, dont des munitions rôdeuses comme le Lancet. Les images publiées sur le site correspondent aux débris envoyés par notre source au Mali.

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En haut, les images fournies par une source proche du FLA. En bas, des ailes de Lancet publiées dans une annonce sur le site de vente en ligne Reibert.info, le 4 décembre 2023. © Observateurs / Reibert.info
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À droite, une image d’un débris de Lancet trouvé au Mali, et à gauche une image de la même pièce postée sur Reibert.info. La pièce recouvre la batterie du moteur du Lancet. © Observateurs / Reibert.info

Selon le chercheur à l’Institut français des relations internationales (IRFI) Vincent Tourret, le déploiement du Lancet dans un terrain comme le Mali n’a pourtant rien d’évident : 

“Le Lancet est un appareil utilisé en Ukraine pour frapper principalement des blindés ou des pièces d'artillerie. Ce n’est pas en soi une arme conçue pour faire de la contre-insurrection comme au Sahel. Mais les Russes peuvent tout de même l'utiliser contre les pick-ups des groupes armés. Le Lancet joue ainsi le rôle d'une roquette ou d'un petit missile.

Cet appareil est souvent couplé à des drones de reconnaissance. Ce dernier va survoler une zone, reconnaître la cible et transmettre sa position au Lancet, qui va ensuite effectuer une frappe sur l'objectif.”

Une vidéo permet d’identifier deux drones inédits au Mali 

Le 19 juin le compte X du groupe russe a partagé une vidéo montrant une attaque de drone kamikaze sur un pick-up.

Cette vidéo partagée le 19 juin par Africa Corps montre un pickup ciblé par une munition rodeuse Lancet. X / TheAfricaCorps

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L'analyse du graphisme de l'affichage de l'écran de pilotage de l'engin permet d'identifier un Lancet. On retrouve les mêmes traits et le même ciblage sur d'autres vidéos partagées par la chaîne Telegram du fabricant de la munition, vantant les mérites du Lancet.

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À gauche, une capture d’écran du Lancet d’Africa Corps dans la région du Tombouctou. À gauche, une autre vidéo de Lancet partagé par le fabricant Zala le 25 juin, on y voit l’appareil russe cibler un tank ukrainien. © Telegram / ZALA_INT

Le Lancet s’écrase ensuite sur le pick-up, ce que ne montre pas sa caméra embarquée. Mais dans la deuxième partie de la vidéo, un second appareil survole le pick-up et filme le Lancet alors qu’il percute le véhicule. Ici aussi, l’écran de contrôle du drone permet d’identifier le drone qui filme la frappe : c’est le Zala Z-16, un drone de reconnaissance fréquemment utilisé en complément du Lancet.

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À gauche, une capture d'écran de la vidéo postée le 19 juin par Africa Corps. À droite, une image tirée d’une vidéo partagée le 19 juin par l’unité de dronistes russes Rubicon déployée sur le front ukrainien. Ces deux images montrent toutes deux l’interface graphique du drone Zala Z-16. © Telegram / icpbtrubicon
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Ici, un soldat russe déploie le drone de reconnaissance ZALA Z-16 © . zala-aero.com

Le Garpiya, un drone inattendu au Mali 

Une vidéo du 17 mai montre encore un autre modèle. Des hommes, qui pourraient être des membres du JNIM, inspectent les débris d’un aéronef.

Cette vidéo montre des membres du JNIM observer les débris d’un drone russe. X / BrantPhilip

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L’appareil qui gît au sol est peu commun. C’est un Garpiya-A1, un drone d’attaque à longue portée russe calqué sur le Shahed iranien.

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Sur cette capture d’écran d’une vidéo diffusée le 17 mai, le numéro d’identification du drone Garpiya est visible sur un des ailerons : “ КК18095”. © X / BrantPhilip

Selon le site spécialisé Defense blog, l’engin disposerait d’une charge à explosion aérienne conçue pour exploser au-dessus de la cible plutôt qu'à l'impact, ce qui est le cas du Shahed iranien et son équivalent russe, le Geran-2.

Pour le chercheur au Royal united services institute (RUSI) Justin Bronk, le déploiement d’un tel engin habituellement visible en Ukraine peut surprendre : 

“Le Garpiya-A1 est un dérivé du Geran, qui est lui-même une copie russe du drone iranien Shahed. En Ukraine, les drones de ce type sont utilisés par les Russes pour effectuer des attaques à longue portée sur des cibles fixes. Or, ce n’est pas une configuration que l’on trouve au Mali.”

Le Garpiya-A1 est conçu pour viser des infrastructures solides, or les groupes insurgés au Mali sont mobiles et n’ont pas d’installations fixes. 

Le drone Orion : un appareil taillé pour la contre-insurrection 

Si la présence d’un Lancet sur le terrain malien peut surprendre, le déploiement du drone Orion au Mali apparait nettement plus adapté à la contre-insurrection. 

Cette vidéo filmée depuis le sol et publiée le 8 juin montre un drone Orion à proximitéé de Bamako. X / Fabien / TikTok / sahelwood

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En l’occurrence, l’Orion a été utilisé lors de l’offensive des insurgés du 25 avril par Africa Corps. Dans une vidéo partagée sur sa chaîne Telegram le 26 avril, on reconnaît l’interface graphique de commande du drone, au-dessus de la ville de Kati où il cible des individus se déplaçant en pickups. 

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Cette capture d’écran de la vidéo filmée par le drone Orion dans la ville de Kati fin avril 2026 montre l’appareil engager un groupe d’individus se déplaçant en pickup.s Localisation: 12.736020642953132, -8.050972101832732 © Telegram / TheAfricanCorps

Selon Justin Bronk, le drone Orion répond aux besoins de la guerre de contre-insurrection au Mali: 

“C’est logique que les Russes déploient le drone Orion. Il répond au besoin de support des troupes au sol avec de la surveillance armée. C’est un drone taillé pour cela. Il va rester en l’air pendant une longue période afin d’observer des routes, des zones habitées dans le but de repérer de l’activité de groupes armés.

Déployer l’Orion au Mali est un bon calcul, car le drone n’est plus actif en Ukraine parce qu’il est trop vulnérable aux défenses anti-aériennes de moyenne portée. Donc cela ne gêne pas les Russes de le déployer en Afrique."

Qu’il s’agisse du drone Orion, du Garpiya ou même du Lancet, la guerre en Ukraine influe grandement sur le déploiement de matériel russe en Afrique, estime encore Justin Bronk : 

“Le Lancet ou le Shahed sont deux armes que la Russie produit en masse dans le cadre de sa guerre en Ukraine. Il est donc normal qu’elle puise dans ses stocks pour alimenter le groupe Africa Corps au Mali. De plus, ce sont des équipements peu chers qui permettent aux Russes d’accroître leur puissance de feu en dépensant un minimum de ressources.”