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Ukraine : comment Volodymyr Zelensky peut-il évoquer une fin du conflit dans 40 jours
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé, jeudi, le début d’une “opération de 40 jours” visant à faire plier la Russie. Mais aucun détail n’a été donné sur cette initiative censée être décisive. Une nouvelle étape dans la guerre de l’information ?
Le présdient ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé sur Facebook le début d'une "opération de 40 jours" pour faire plier la Russie. AP - Alex Brandon

Quarante jours pour faire plier la Russie ? Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé, jeudi 25 juin, sur Facebook, avoir approuvé une "opération de 40 jours pour contraindre l’État agresseur à mettre un terme à la guerre".

Cette annonce combine un objectif très ambitieux, un calendrier très précis et une absence presque totale de précision détaillant comment y parvenir. Le dirigeant ukrainien s’est contenté de mettre cette opération entre les mains du SBU, le service de renseignement interne ukrainien, et de féliciter l’armée pour ses succès à la fois pour les bombardements à moyenne portée - c’est-à-dire essentiellement contre les infrastructures en Crimée - et à longue portée, à l’image des récentes frappes de drones sur la région de Moscou.

Les services de sécurité aux manettes

Qu’est-ce que l’Ukraine pourrait faire de plus pour obtenir un résultat aussi décisif en si peu de temps ? Le rôle de grand coordinateur attribué au SBU pourrait être une indication de la nature des actions à venir. Le champ d’action de cette agence de renseignement "s’est nettement accru depuis le début de la guerre", souligne Ryhor Nizhnikau, spécialiste des pays de l'espace post-soviétique à l'Institut finlandais des affaires internationales.

Sur le papier, c’est "une entité chargée avant tout du contre-espionnage", précise Glen Grant, analyste pour le Baltic International Security Center et fin connaisseur de l’armée ukrainienne. Avec l’invasion russe à grande échelle, le SBU est devenu de plus en plus opérationnel, y compris sur le front.

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Ukraine : comment Volodymyr Zelensky peut-il évoquer une fin du conflit dans 40 jours
Image de couverture : gael veyssiere © France 24
17:39

"Si les activités de renseignement intérieur ne sont pas très populaires auprès de l’opinion publique, le SBU s’est forgé une image d’efficacité et de compétence sur le front", souligne Ryhor Nizhnikau.

Mais le SBU n’opère pas comme l’armée traditionnelle. "Ils se sont fait connaître avec des actions complexes, comme l’opération 'Toile d’araignée' en juin 2025", note cet expert. Les agents du SBU avaient alors réussi à frapper simultanément plusieurs bases militaires en territoire russe et jusqu’en Sibérie à une époque où les Ukrainiens n’avaient pas encore de drones à très longue distance.

Le lancement de cette grande campagne de 40 jours pourrait ainsi signifier "une hausse des opérations asymétriques et des missions spéciales qui sont la spécialité du SBU", estime Will Kingston-Cox, spécialiste de la Russie et de la guerre en Ukraine à l'International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.

Éloge de l’unité Alpha

Surtout que Volodymyr Zelensky a spécifiquement loué les prouesses de l’unité spéciale Alpha, l’une des divisions d’élite du SBU, chargée d’organiser les opérations spéciales. "Ils se sont notamment illustrés lors des bombardements et des actions menés contre les installations russes en Crimée", souligne Glen Grant.

Mais "pourquoi l’annoncer en amont ?", s’interroge ce spécialiste. Les opérations spéciales menées par des services secrets ont vocation à rester… secrètes. "Sauf si elles sont déjà en préparation depuis des mois", nuance Will Kingston-Cox. Et encore, pourquoi risquer de mettre l’ennemi en état d’alerte maximum, s’interrogent les experts interrogés par France 24.

Plus généralement, ce type de grande opération se prépare. "Il faut un travail d’organisation intensif en amont pendant au moins un mois ou deux, ainsi que la création de stocks d’équipements et de munitions pour ne pas être soumis aux aléas de demandes quotidiennes. Et il n’y a pas eu de signe, à ma connaissance, suggérant une hausse des importations de pièces détachées ou une montée en régime de la production interne", constate Glen Grant.

Pour lui, cette annonce du président ukrainien relève plus de l’opération de com’ que de  l’opération militaire. Le plus probable est que le président ukrainien a décidé de donner un cadre à l’ensemble des opérations de frappes de drones et de missions spéciales en cours, suggère Ryhor Nizhnikau.

Guerre psychologique

Un relooking qui peut avoir un sens opérationnel. Avec un SBU qui chapeaute tout, "les attaques contre des cibles isolées peuvent se transformer en campagne plus cohérente", estime Will Kingston-Cox.

Pour les experts interrogés, cela reste cependant avant tout une manière de faire passer des messages. Au Kremlin d’abord. Avec les bombardements en Russie, l’Ukraine donne l’impression d’avoir l’avantage, et "Volodymyr Zelensky veut profiter du moment pour mettre davantage encore la pression en affirmant qu’il passe à la vitesse supérieure", souligne Ryhor Nizhnikau.

À Donald Trump ensuite. Lors de leur rencontre en marge du G7 en France, le président américain a poussé son homologue ukrainien à "se montrer plus audacieux", ont affirmé les médias ukrainiens. À défaut de pouvoir faire beaucoup plus, cette annonce d’une "campagne de 40 jours" peut donner l’impression d’une folle audace ukrainienne.

Surtout que Volodymyr Zelensky fait miroiter la fin des combats comme objectif de ces 40 jours. C’est probablement précisément ce que Donald Trump, qui rêve depuis son retour à la Maison Blanche de mettre un terme à cette guerre, veut entendre.

Mais dans les faits, "c’est assez fou d’imposer ainsi un calendrier irréaliste", reconnaît Ryhor Nizhnikau. Ce n’est cependant pas la première fois que "le président ukrainien évoque l’objectif de mettre un terme à la guerre cet automne", ajoute cet expert.

Si cette annonce est peut-être de bonne guerre sur le plan informationnel, "elle peut être contre-productive d’un point de vue militaire", craint Glen Grant. En effet, pour lui, l’armée ukrainienne tient actuellement tête aux offensives russes, mais si on leur demande de faire plier l’ennemi en 40 jours sans pour autant assurer l’après-vente logistique, "cela peut saper le moral des troupes ukrainiennes".