
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky tente d'exercer une pression toujours plus importante sur le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko. © Studio graphique France Médias Monde
Volodymyr Zelensky sur le chemin de la guerre… contre la Biélorussie ? Le président ukrainien a lancé un ultimatum, vendredi 19 juin, à son voisin du nord, souvent considéré comme un État-vassal de la Russie.
Il a donné une semaine au président biélorusse Alexandre Loukachenko pour démanteler des stations relais installées par l’armée russe, selon Kiev, à la frontière ukrainienne pour faciliter les frappes de drones.
Kiev de plus en plus menaçant
Une semaine sinon quoi ? Si les autorités biélorusses "ne le font pas, nous le ferons", a affirmé le président ukrainien, sans préciser quels moyens les Ukrainiens utiliseraient.
Volodymyr Zelensky a, en revanche, été beaucoup plus disert quant aux autres griefs contre Minsk. Le dirigeant ukrainien a aussi menacé les raffineries pétrolières et les usines de production d’équipements militaires biélorusses. Ces installations qui nourrissent l’effort de guerre russe en carburant et munitions.
Autrement dit, Kiev semble menacer très directement la Biélorussie, alors que "l’Ukraine n’avait aucune politique définie envers son voisin depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022", souligne Ryhor Nizhnikau, spécialiste des pays de l'espace post-soviétique à l'Institut finlandais des affaires internationales.
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Pour être plus précis, Kiev semblait même ménager Alexandre Loukachenko "afin d’éviter de pousser davantage le régime en place à Minsk dans les bras de Vladimir Poutine", a expliqué Balazs Jarabik, un ex-diplomate slovaque, dans une analyse publiée par le think tank Carnegie Russia Center, mercredi 17 juin.
Mais tout semble avoir changé "au début de 2026. Le ton envers Minsk s’est radicalement durci, et l’Ukraine a imposé deux séries de sanctions en février et en avril à des entreprises et individus biélorusses", note Kamil Klysinski, spécialiste de la Biélorussie au Centre d’études orientales à Varsovie (Pologne).
Comble de la provocation : l’une des principales opposantes à Alexandre Loukachenko, "Svetlana Tikhanovskaïa, a été accueillie en visite quasi-officielle à Kiev en mai dernier, alors que Volodymyr Zelensky avait évité depuis plusieurs années d’inviter l’opposition biélorusse", ajoute Ekaterina Pierson-Lyzhina, spécialiste de la Biélorussie à l’Université libre de Bruxelles.
L’Ukraine plus sûre d'elle-même
Cette offensive initiée et nourrie par l’Ukraine "a débuté peu après le départ en novembre 2025 d’Andriy Yermak, l’ex-directeur de cabinet de Volodymyr Zelensky, qui représentait l’un des principaux obstacles à un durcissement du ton à l’égard de la Biélorussie", explique Ryhor Nizhnikau. L’influent et controversé conseiller - accusé de corruption - ne voulait absolument pas froisser Alexandre Loukachenko de peur qu’un second front s’ouvre le long de la frontière nord de l’Ukraine.
Cette crainte ne semble plus être autant d’actualité. "L’Ukraine est portée par ses récents succès militaires et pense pouvoir se permettre de mettre ainsi la pression sur la Biélorussie", affirme Ekaterina Pierson-Lyzhina.
Les Ukrainiens "savent cependant qu’ils ont une fenêtre de tir étroite pour agir car leur principal avantage sur le terrain - la supériorité dans la guerre des drones - peut s’estomper dans les prochains mois. La Russie travaille à combler son retard technologique", affirme Ryhor Nizhnikau.
Avec son ultimatum, Volodymyr Zelensky a franchi un pas important dans la pression exercée sur la Biélorussie. "C’est très risqué car cet ultimatum rendu public oblige l’Ukraine à agir si Alexandre Loukachenko n’honore pas les délais", prévient Kamil Klysinski.
C’est là que le bât blesse. "Le président biélorusse ne peut pas décider seul du démantèlement de ces stations-relais. Il lui faut l’accord de Vladimir Poutine, qu’il n’obtiendra probablement pas car ces installations sont importantes pour le suivi de la trajectoire des drones envoyés vers la Russie", explique Ryhor Nizhnikau.
La guerre hybride version ukrainienne
Si rien ne se passe d’ici la fin de la semaine, l’Ukraine peut-elle lancer une opération militaire contre la Biélorussie ? "Ce serait de la pure folie car l’armée ukrainienne n’a pas les moyens de défendre contre la Russie au sud du pays tout en assurant une offensive sur un second front au nord’, assure Kamil Klysinski.
Pour lui, le plus probable "serait des opérations des forces spéciales qui viseraient spécifiquement ces installations".
L’Ukraine pourrait aussi opter pour des frappes de drones. "La Biélorussie n’a rien pour se défendre efficacement contre une telle menace", assure Ekaterina Pierson-Lyzhina. Des frappes en territoire biélorusse "pourraient déstabiliser le régime d’Alexandre Loukachenko, qui n’est pas très solide", estime Ryhor Nizhnikau. "Une part importante de la population est opposée à la guerre en Ukraine et le soutien au président est en baisse depuis 2020", détaille Ekaterina Pierson-Lyzhina.
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Il n’empêche que si l’Ukraine attaque un allié de la Russie, cela crée un dangereux précédent qui peut être exploité par Moscou, selon les experts interrogés. Ce ne serait, en effet, plus seulement une guerre entre deux pays, et la Russie "estimerait sans doute que pour défendre son allié, s’en prendre à des soutiens de l’Ukraine serait justifié", avertit Ryhor Nizhnikau.
L’ultimatum peut très bien représenter une arme de "guerre informationnelle, estime Kamil Klysinski. La menace peut en effet avoir un effet tout aussi déstabilisateur sur le régime que l’exécution. Cette rhétorique de plus en plus guerrière de Kiev pourrait amener Alexandre Loukachenko à réfréner son soutien logistique à l’effort de guerre russe. Pour Kamil Klysinski, "il n’y a pas que la Russie qui mène une guerre hybride pour saper le soutien des pays européens à l’Ukraine. Kiev utilise dorénavant des ressorts similaires contre la Biélorussie".
