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Bruxelles reçoit des responsables talibans pour évoquer le retour d'exilés en Afghanistan
Des responsables talibans ont été reçus mardi à Bruxelles par des représentants de l’UE pour discuter du retour d’exilés afghans, une première qui suscite de vives critiques d’ONG et de défenseurs des droits humains.
Les dicussions entre la Comission européenne et des responsables talibans sur le retour d'exilés afghans se déroulent à "un niveau technique", pas gouvernemental. © Nicolas Tucat, AFP

C'est une première pour la diplomatie européenne. Bruxelles a accueilli, mardi 23 juin, une délégation talibane pour des discussions avec l’UE consacrées au retour de ressortissants afghans, une rencontre inédite qui provoque l’indignation de défenseurs des droits humains.

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Bruxelles reçoit des responsables talibans pour évoquer le retour d'exilés en Afghanistan
Image de couverture : La presse européenne critique la visite d'une délégation talibane à Bruxelles © France 24
06:19

Il s'agissait de "discuter de la reprise des services consulaires pour les Afghans vivant en Europe et de résoudre les problèmes de ceux dont les demandes d'asile n'ont pas acceptées", a affirmé sur le réseau X le chef de cette délégation afghane, Abdul Qahar Balkhi.

"Il est à espérer que cette visite ouvrira de nouvelles voies pour des interactions positives", a ajouté ce porte-parole du ministère afghan des Affaires étrangères.

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De son côté la Commission européenne a confirmé, par la voix d'un porte-parole, la tenue de cette réunion "technique" entre des représentants d'États européens et des "autorités afghanes de facto responsables du retour et de la réadmission" des migrants.

Une quinzaine de pays de l'UE ont participé à l'entrevue, "ce qui a permis de donner suite aux discussions techniques qui avaient eu lieu en janvier 2026 à Kaboul, en particulier en ce qui concerne l'identification des rapatriés, la délivrance des documents de voyage et leur retour", a précisé ce porte-parole, Markus Lammert.

Des États membres voudraient en priorité renvoyer en Afghanistan des "personnes représentant une menace pour la sécurité et des criminels ayant commis des infractions graves", selon Bruxelles.

Mais la réunion a provoqué une pluie de critiques de la part de défenseurs de droits humains, et une manifestation en fin d'après-midi devant le siège de la Commission.

"Au-delà du scandale"

"On est au-delà du scandale", s'est insurgé Ludovic Laus, d'Amnesty International Belgique, qui appelait à ce rassemblement. Il a accusé l'UE de "se compromettre avec un régime complètement liberticide, qui piétine les droits humains chaque jour".

Même indignation de la part d'une lauréate du prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai.

La militante pakistanaise s'est dite "ébranlée et profondément troublée" par cette visite, en accusant les autorités talibanes "d'arrêter, de battre et d'exécuter les femmes qui osent s'exprimer ou enfreindre leurs règles".

Le gouvernement taliban est revenu au pouvoir en 2021, après 20 ans de guerre et un retrait précipité des forces américaines d'Afghanistan, mais n'a depuis jamais été reconnu par l'Union européenne.

Depuis cette date, les talibans se targuent d'avoir rétabli la sécurité dans un pays qui a connu des décennies de guerre et de nombreuses attentats dans le passé.

"Nous n'allons pas reconnaître le régime taliban, certainement pas, mais je pense qu'il est malgré tout important de leur parler" des questions migratoires, avait mis en avant le commissaire européen Magnus Brunner, il y a une dizaine de jours.

Bruxelles reçoit des responsables talibans pour évoquer le retour d'exilés en Afghanistan
Un rassemblement devant la Commission européenne contre la réunion entre l'UE et des représentants des talibans le 23 juin 2026. © Nicolas Tucat, AFP

Face aux critiques, la Commission européenne souligne depuis des semaines que cette réunion, coordonnée avec la Suède, se déroule à un niveau "technique", et donc pas directement avec les dirigeants du gouvernement afghan.

"Honteux pour l'Europe"

"La capacité de renvoyer les personnes qui n'ont un droit de séjour légal est une pierre angulaire d’un système d’asile et de migration crédible et efficace, tant pour la Suède que pour l’Union européenne", a affirmé le ministre suédois chargé de la Migration, Johan Forssell.

La rencontre faisait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan, portant sur le même sujet, selon l'exécutif européen.

Dans une lettre en octobre, une vingtaine d'Etats européens avaient réclamé à Bruxelles "des solutions diplomatiques et pratiques" pour avancer sur ce dossier.

Les pays de l'UE ont reçu environ un million de demandes d'asile déposées par des Afghans entre 2013 et 2024, selon l'agence de statistiques de l'UE. Environ deux fois moins ont été approuvées sur cette période.

Côté afghan Abdul Qahar Balkhi a souligné avoir eu des entretiens avec plusieurs pays mais aussi en bilatéral. Il n'a cité aucun Etat.

Lui et quatre autres responsables talibans avaient obtenu lundi l'autorisation d'entrer en Belgique, selon une porte-parole du ministre belge des Affaires étrangères. Cela laissait augurer d'un déplacement imminent, finalement confirmé de source proche des discussions.

"Les pays de l'UE sapent leur crédibilité en condamnant d'un côté les exactions des talibans, exigeant que leurs auteurs rendent des comptes, tout en coopérant avec les talibans sur les retours forcés d'autre part", a dénoncé l'ONG Human Rights Watch.

"C’est un chapitre honteux pour l’Europe", a renchéri Cecilia Strada, eurodéputée italienne (S&D, sociaux-démocrates).

Avec AFP