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Vacances plus longues, école plus tôt… Face aux fortes chaleurs, faut-il adapter les rythmes scolaires ?
Face à la vague de chaleur qui touche la France, plusieurs établissements scolaires ont annoncé modifier leurs horaires dès ce jeudi. Alors que les épisodes comme celui-ci sont voués à se multiplier sous l'effet du dérèglement climatique, le débat est relancé : faut-il aménager les rythmes scolaires en fonction du mercure ? Une question déjà omniprésente dans les pays du Sud depuis plusieurs années.
Un petit groupe d'enfants suit un cours à l'extérieur de leur salle de classe pour profiter de la fraîcheur de la cour, à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 1er juillet 2025. © Philippe Lopez, AFP

À travers tout l'Hexagone, une chaleur intense se fait déjà ressentir, jeudi 18 juin. Et dans les salles de classe, les élèves suffoquent. En réaction, divers établissements ont annoncé des "aménagements" pour la fin de la semaine, suspendant les cours après une certaine heure. De son côté, le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a annoncé la mise en place d'ajustements locaux pour les élèves passant les épreuves du baccalauréat et du brevet.

Ce n'est pas la première fois qu'une vague de chaleur comme celle-ci vient perturber la fin de l'année scolaire. En 2019, plusieurs épreuves du brevet des collèges avaient dû être reportées. L'an passé, en 2025, 2 000 établissements avaient quant à eux fermé quelques jours avant la date officielle des congés d'été. 

Alors que ces épisodes caniculaires sont amenés à se multiplier et à s'intensifier sous l'effet du dérèglement climatique, le débat est relancé : faut-il durablement ajuster le calendrier scolaire pour mieux prendre en compte ces hausses du mercure ? Quels enseignements peut-on tirer du fonctionnement de nos voisins du sud de l'Europe, l'Espagne ou l'Italie, déjà habitués depuis longtemps à ces situations extrêmes ?

De plus en plus d'établissements concernés

Pendant longtemps, les établissements scolaires français étaient en effet épargnés par les températures extrêmes. Pour une raison simple : les cours étaient déjà terminés et les enfants en vacances quand la chaleur estivale s'installait. 

Cette problématique touchait principalement le sud de l'Espagne, l'Italie ou encore la Grèce, au climat plus aride. Les élèves subissent déjà "le plus grand nombre de journées de forte chaleur", selon un rapport de l'Observatoire européen du climat et de la santé. Dans le détail, selon cet organisme, environ 5 % des établissements scolaires européens, majoritairement ceux situés dans le sud de l'Europe, subissent aujourd'hui des journées à plus de 30°C pendant l'année scolaire. 

Mais avec le dérèglement climatique, cette réalité change : il fait plus chaud plus tôt et plus souvent partout sur le continent. D'après l'institut européen Copernicus, l'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 1980, avec des températures élevées de mai à octobre. 

D'ici 2050, si la trajectoire actuelle se poursuit, le nombre d'établissements concernés par ces vagues de chaleur où la température dépasse les 30°C s'élèvera à environ 31 500, soit 9 % du total, puis à 25 % en 2100. Et la France se retrouvera en première ligne.

Allonger les vacances d'été ?

Pour s'adapter, certains évoquent une idée assez radicale : allonger les vacances d'été en y intégrant les mois de juin et de septembre.

En France, les "grandes vacances" débutent officiellement le 4 juillet, bien plus tard que dans plusieurs pays d'Europe du Sud. Et les vacances sont plus courtes, 56 jours, contre 97 en Italie ou encore 77 en Espagne, détaille Eurydice, le réseau d'information sur l'éducation de la Commission européenne. Pour les jeunes Italiens, les cours s'achèvent ainsi généralement entre le 6 et le 11 juin pour reprendre à la mi-septembre.   

Pour autant, disposer des vacances d'été les plus longues d'Europe ne suffit pas à protéger les écoliers contre les fortes chaleurs en classe. Les alertes sur les classes en surchauffe font régulièrement la une des médias locaux. Le 28 mai, encore, la presse italienne relatait par exemple le cas d'une élève de 12 ans, conduite à l'hôpital après un malaise dans une école d'Émilie-Romagne, dans le nord du pays, à cause de la chaleur. 

Le débat est donc vif sur le sujet. En septembre 2025, un syndicat enseignant, l'Anief, appelait ainsi à rallonger encore les congés à l'occasion d'une rentrée caniculaire. "On ne peut pas continuer avec le même calendrier scolaire qu'il y a cinquante ans à l'heure du changement climatique", alertait Marcello Pacifico, dirigeant de ce syndicat.

Mais en face, des milliers de parents d'élèves plaidaient pour le scénario inverse. Plus de 76 000 personnes avaient signé une pétition organisée par l'ONG We World visant à l'inverse à raccourcir les vacances d'un mois. Leur principal argument : au-delà de la question climatique, plus les vacances sont longues, plus cela pénalise les enfants des parents qui travaillent et ne peuvent pas leur offrir 1001 activités pendant les congés.

À cela s'ajoute un autre problème : laisser les enfants chez eux plus longtemps n'est pas toujours l'option la plus bénéfique pour eux, alertait en mars lors d'une conférence organisée par l'OCDE Conceicao Pinheiro, une enseignante de la région de Porto, au Portugal, un pays lui aussi fortement touché par cette problématique. "On l'a vu pendant la pandémie de Covid-19, pour certains élèves, l'école reste un sanctuaire important et il est important de ne pas les laisser éloignés trop longtemps."

Un constat partagé en France par Fatima Souchi, membre du syndicat des directrices et directeurs d'école, et directrice d'une école primaire dans l'Essonne. "Plutôt que de rallonger les vacances, je serais plutôt favorable à accueillir les élèves plus tôt, une semaine en avance par exemple. Lutter contre la chaleur est une chose, mais il faut aussi lutter contre les inégalités", explique-t-elle.

Commencer l'école plus tôt ? 

Moins radicale, l'autre option serait plutôt d'ajuster les horaires d'école, en évitant les heures les plus chaudes de la journée, l'après-midi. En Italie, c'est déjà le cas depuis de nombreuses années : les élèves enchaînent cinq heures de cours dans la matinée, très dense, pour terminer à 13 h ou 14 h. 

En Espagne, en revanche, même si les villes sont connues pour somnoler à l'heure de la sieste, les écoliers, eux, travaillent toute la journée. Comme en France, ils commencent en moyenne leur journée à 8 h pour terminer à 17 h. 

Pour s'adapter aux vagues de chaleur, certaines régions ont ainsi lancé des expérimentations ces dernières années. La ville de Madrid, par exemple, prévoit désormais de déplacer les cours aux heures les plus fraîches, le matin, en cas d'épisode caniculaire. Même chose dans la région de l'Andalousie, dans le sud : à partir de la mi-mai, quand le mercure grimpe trop, les établissements peuvent "libérer les élèves de manière anticipée" à condition que les familles aient préalablement donné leur accord.

En France, la ville de Montélimar, dans la Drôme, a expérimenté un système similaire en juin 2024. Les enfants commençaient à 8 h au lieu de 8 h 30 et finissaient à 15 h au lieu de 16 h 30. En échange, le temps du déjeuner avait été raccourci d'une heure. Le système a globalement été approuvé par les enseignants, mais moins par les parents, qui déploraient des levers trop tôt et un manque de temps pour manger le midi. L’expérience n’a pas été reconduite.

"C'est une question de société", estime Fatima Souchi. "Sur le papier, l'idée est bonne. Le problème, c'est qu'aujourd'hui les rythmes scolaires sont synchronisés avec les horaires de travail des parents. Pour que cela fonctionne, il faudrait donc que tout s'ajuste. Sinon, les enfants font quoi les après-midi ? Comment vient-on les chercher ? Ils vont où ?"

La directrice d'école, de son côté, milite pour une troisième option : couper la journée en deux avec un temps en présentiel, aux heures fraîches, puis de l'enseignement à distance, aux heures les plus chaudes. "Les élèves qui le peuvent rentreraient chez eux le midi et reprendraient les cours en visio. Ceux qui en auraient besoin pourraient toujours rester à l'école. Ils seraient moins nombreux et souffriraient donc moins de la chaleur", développe-t-elle.

La nécessité d'adapter les établissements

Si ces solutions reviennent ainsi régulièrement dans le débat public, pour Fatima Souchi, le constat reste finalement sans appel : il faut, et sans attendre, améliorer l'aménagement des établissements scolaires. 

En France, avec deux tiers des écoles, collèges et lycées construits avant 1970, le bâti est en effet très mal adapté au climat qui se réchauffe. Sans compter les cours de récréation où le bitume peut facilement grimper jusqu'à 50°C. "Et les mesures restent limitées", regrette Fatima Souchi, qui détaille ce qui a été mis en place dans son établissement – "une clim dans le préau, quelques ventilateurs dans les classes".

Et le constat est le même dans le sud de l'Europe. En Espagne, la fin de l'année scolaire est ainsi marquée par une série de grèves chez les enseignants qui réclament, entre autres, le déblocage de fonds pour accélérer l'adaptation des bâtiments. Des revendications largement soutenues par les parents d'élèves.

À la fin, "il faut s'atteler à ces travaux d'ampleur et mettre en place des protocoles clairs pour réagir lors de ces épisodes de chaleur", résume Fatima Souchi. "Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui les consignes qui consistent à dire aux élèves de boire de l'eau et de mettre des vêtements adaptés ne suffisent plus."