
Le siège des Nations unies à New York et le logo de l'organisation, le 28 février 2022. © John Minchillo, AP
Quatre candidats se préparent à succéder au chef de l'ONU, Antonio Guterres, dont le mandat se termine le 31 décembre prochain. Mardi 21 et mercredi 22 avril, les postulants se sont efforcés de convaincre oralement les représentants des États membres de leurs aptitudes.
Après l'entretien d'embauche viendra le vote de l'Assemblée générale. Mais "tout va se jouer sur leur capacité à obtenir soit l'accord des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie), soit l'abstention bienveillante de l'un d'entre eux", prévient Anne-Cécile Robert, journaliste au Monde diplomatique et chargée de cours à l'université Paris 2, sur l'antenne de France 24.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
Réessayer
Selon la tradition de rotation onusienne, le patron de l'organisation devrait venir d'Amérique latine. La région n'a pas eu cet honneur depuis 1991, avec le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar. De nombreux États plaident aussi pour qu'une femme prenne pour la première fois la tête de l'ONU.
-
Michelle Bachelet : la défense des droits humains en 2026, un point faible ?
Deux atouts pour le Chili ? Âgée de 74 ans, Michelle Bachelet, torturée pour son opposition au régime d'Augusto Pinochet, a été la première femme présidente de son pays, à la tête duquel elle a réalisé deux mandats (2006-2010 puis 2014-2018). La socialiste était ainsi devenue une figure incontournable du paysage politique international.
Sa candidature est portée par le Mexique et le Brésil. Mais son propre pays, le Chili, lui a récemment retiré son soutien après la prise de fonction du nouveau président d'extrême droite, José Antonio Kast.
Son passage à la tête du Haut-commissariat de l'ONU pour les droits de l'Homme (2018-2022) lui a attiré d’autres ressentiments. "Elle a été très offensive sur les droits humains. Et cela ne plaît pas à un certain nombre de membres permanents du Conseil de sécurité", résume Alexandra Novosseloff, chercheuse associée au Centre Thucydide de l'université Paris-Panthéon-Assas et spécialiste des Nations unies, sur l'antenne anglophone de France 24.
La Chine avait en effet vivement critiqué la publication par Michelle Bachelet d'un rapport accablant sur le sort de la minorité des Ouïghours.
La Chilienne a aussi essuyé les critiques des conservateurs américains pour ses opinions en faveur du droit à l'avortement et, ce mois-ci, Mike Walz, nouvel ambassadeur de Washington auprès de l'ONU, a semblé torpiller sa candidature en déclarant qu'il partageait les inquiétudes quant à son aptitude à occuper ce poste.
-
Rafael Grossi : "sauver l'humanité" avec la bénédiction américaine
Le pays de l'Oncle Sam semble d'ailleurs pencher en faveur d'un autre candidat latino-américain. "Ce n'est un secret pour personne : à ce stade, les États-Unis préféreraient Rafael Grossi", tranche Alexandra Novosseloff.
Dans sa lettre de candidature, l'Argentin de 65 ans plaide pour un "retour de l'ONU à ses bases fondatrices : sauver l'humanité du fléau de la guerre". Un discours en phase avec l'administration Trump.
Ce diplomate de carrière est entré sous les projecteurs en prenant la tête de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) en 2019.
Le polyglotte est un invité régulier des médias internationaux, à commencer par France 24, dans un contexte de vives inquiétudes autour de la sécurité nucléaire, que ce soit en Ukraine ou en Iran.
Son poste l'a en effet amené à s'occuper du programme nucléaire iranien et des dangers liés à la centrale de Zaporijjia, occupée par les forces russes – deux dossiers brûlants impliquant directement plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité.
"C'est celui dont le nom circule le plus. Son profil correspondrait au contexte puisqu'il a l'habitude de négocier avec les grands, y compris les plus turbulents, y compris les grands méchants", résume Anne-Cécile Robert. "Dans la période qui s'ouvre, cette capacité à discuter avec les grandes puissances nucléaires sera extrêmement utile."
-
Les talents discrets de Rebeca Grynspan
La Costaricaine Rebeca Grynspan ne possède certes pas la même expérience en matière de risques nucléaires, mais n’a pas à rougir pour autant de son CV. L'ancienne vice-présidente du Costa Rica dirige l'agence de l'ONU pour le commerce et le développement (Cnuced). À ce titre, elle a négocié en 2022, avec Moscou et Kiev, "l'Initiative de la mer Noire" pour faciliter l'exportation des céréales ukrainiennes après l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine.
La candidate est née de parents juifs ayant survécu de peu à l'Holocauste avant d'immigrer en Amérique centrale. "Je n'attends pas de traitement de faveur. Je veux l'égalité de traitement", déclarait-elle récemment à l'AFP.
Si Rebeca Grynspan demeure peu connue du grand public, elle bénéficie d'autres atouts, estime Anne-Cécile Robert : des contacts nombreux ainsi qu'"un savoir-faire pour se mettre en valeur dans les milieux diplomatiques".
-
Macky Sall, l'Africain dont l'Afrique ne veut pas
Macky Sall, 64 ans, est le seul candidat n'étant pas issu d'Amérique latine. Sa candidature à l'ONU, portée par le Burundi – à la tête de la présidence tournante de l'Union africaine –, n'est soutenue ni par le bloc régional, dont 20 des 55 pays membres s'y sont opposés, ni par son propre pays. "Ses chances d'atteindre le stade final sont donc très faibles", tranche Alexandra Novosseloff.
Les actuelles autorités sénégalaises l'accusent en effet d'avoir réprimé dans le sang les violentes manifestations politiques ayant fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024. "Il était autrefois pris au sérieux. Puis cette séquence a vraiment joué en sa défaveur", décrypte Anne-Cécile Robert.
Au cœur des reproches adressés au "sortant", justement, l'impuissance onusienne face aux violations des droits humains. Ukraine, Gaza, Soudan : la décennie Guterres a été marquée par une multiplication des désastres humanitaires et une remise en cause inédite du droit international. Le président Trump voudrait par ailleurs acter le remplacement de l'ONU par une instance placée sous sa coupe, le Conseil de la paix.
Le nom du futur chef de l’ONU ne sera connu qu'à la fin de l'année, mais la question posée aux candidats lors de leur grand oral ne faisait guère de doute : que peuvent les Nations unies pour le XXIe siècle ?
Avec Reuters et AFP
