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La visite du pape Léon XIV en Algérie peut-elle aider à la libération de Christophe Gleizes ?
Alors que le pape Léon XIV achève mardi une visite historique de deux jours en Algérie, les proches et soutiens de Christophe Gleizes espèrent que la discrète diplomatie du Vatican aura œuvré à la libération du journaliste, incarcéré depuis juin 2025. Interpellé sur le sujet lundi dans l'avion qui l'emmenait à Alger, le souverain pontife a indiqué être au courant de l'affaire.
Le journaliste sportif Christophe Gleizes. © Famille de Christophe Gleizes via AFP

"Oui, je connais le cas Christophe Gleizes." C'est par ces mots simples que le pape Léon XIV a sobrement répondu lundi 13 avril aux prières d'un reporter de Paris Match. Arthur Herlin, qui rapporte l'échange sur compte X, explique qu'il a demandé au Saint-Père dans l'avion qui l'emmenait à Alger "de faire tout ce qui était en son pouvoir et d’user de son influence" pour obtenir la libération de son confrère, incarcéré depuis juin 2025. Le journaliste a été condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme". Une peine confirmée en appel le 3 décembre.

Collaborateur des magazines français So Foot et Society, Christophe Gleizes avait été arrêté le 28 mai 2024 en Algérie, où il s’était rendu pour un reportage sur le club de football le plus titré du pays, la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK). La justice algérienne lui reproche l'interview de personnalités issues du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste par Alger. Par ailleurs, les autorités estiment qu'il aurait dû solliciter un visa journalistique au lieu d'un simple visa touristique.

Cette incarcération a replongé la relation déjà houleuse entre Paris et Alger dans une crise sans précédent. Depuis, les tentatives d'apaisement se sont multipliées, notamment à travers le déplacement de l'ancienne candidate à la présidentielle Ségolène Royal et présidente de l'Association France-Algérie (AFA), qui a obtenu le transfert du journaliste de Tizi Ouzou à Alger en janvier.

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Un mois plus tard, la visite du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a également permis de faire baisser d'un cran la tension, mais sans permettre d'obtenir une grâce présidentielle pour le journaliste de 36 ans. Ce dernier a également formé un pourvoi en cassation pour avoir un nouveau procès.

Face à cette impasse diplomatique, la venue du pape Léon XIV a suscité un immense espoir parmi les proches et soutiens de Christophe Gleizes. Libéré fin 2025, l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal voit notamment dans la visite du pape une "fenêtre" pour faire avancer le dossier du journaliste. "Saint-Père, s’il vous plaît, quand vous allez en Algérie, insistez pour ramener Christophe Gleizes avec vous. Ne le laissez pas derrière vous (…), demandez au gouvernement algérien de le libérer", a insisté l'académicien lors d'une interview à Sud Radio.

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"Le Vatican est totalement autonome"

"Le pape ne va pas défendre le dossier individuel, mais il va délivrer un message de paix. C'est dans ce cadre-là qu'on peut espérer que peut-être le président Tebboune pourra entendre le message universel d'humanité du pape", a estimé sur France Info Sylvie Godard, la mère de Christophe Gleizes.

Devant le monument aux Martyrs de la guerre d'indépendance à Alger, le souverain pontife a reconnu lundi qu'il était "difficile de pardonner" mais que "la véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura été conquise".

Léon XIV a aussi appelé à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération", "alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde".

La semaine dernière, Emmanuel Macron s'était rendu à Rome pour une rencontre avec Léon XIV. Officiellement centrée sur la situation au Liban, le chef de l'État en a probablement profité pour solliciter l'aide du Vatican sur le cas Christophe Gleizes.

Le Saint-Siège, qui entretient des relations diplomatiques avec 184 États, s'appuie sur un vaste réseau d'agents mais aussi de prêtres et de religieux répartis sur le globe pour nouer des contacts et peser sur des décisions politiques. Avec au cœur de son action une autorité morale qui le place au-dessus des intérêts nationaux.

Depuis des décennies, le Vatican est un médiateur clé dans les relations entre Cuba et les États-Unis. Il a ainsi obtenu la libération de centaines de prisonniers politiques cubains. En septembre 2022, le pape François avait aussi affirmé avoir joué un rôle de médiateur avec la Russie pour accélérer la libération de quelque 300 prisonniers ukrainiens.

"Au nom des droits de l'Homme, Léon XIV peut éventuellement avoir soumis le cas de Christophe Gleizes. Mais il faut garder à l'esprit que le pape avait beaucoup de dossiers sur les bras. En Algérie, il y a la question des chrétiens, la fermeture des églises, des Algériens qui sont condamnés pour leur foi. Par ailleurs, il y a beaucoup d'autres prisonniers politiques", souligne l'historien Pierre Vermeren, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 

"Ce que j'observe, c'est que le pape a tout fait pour ne pas mettre ses pieds dans les pas de l'héritage français", poursuit l'expert du Maghreb. "Il s'est exprimé en anglais, il n'est pas allé à Tibéhirine. Nous avons tendance à tirer la couverture à nous mais en réalité, le Vatican est totalement autonome. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que quand le pape va en Algérie, c'est d'abord pour s'adresser au peuple algérien et aux croyants algériens."

Un succès diplomatique pour Alger

Si une demande directe de libération semble peu probable, le message d'apaisement du pape peut-il être entendu par les autorités algériennes ? Les voies diplomatiques d'Alger et du Vatican sont impénétrables mais un constat s'impose : les discours de Léon XIV fustigeant la guerre en Iran et les tendances "néocoloniales" ont été très appréciés par l'opinion publique algérienne et les autorités.

Dans son discours, le président Abdelmadjid Tebboune a salué "la voix la plus convaincante de la paix dans le monde", citant sa "position courageuse face à la tragédie de Gaza" et "aux nombreuses souffrances qui ont frappé la région du Golfe", sur fond de guerre au Moyen-Orient.

Malgré la fausse note du double attentat-suicide commis à Blida, au nord-ouest d'Alger, le succès diplomatique est incontestable pour l'Algérie. Le quotidien francophone El Watan s'enthousiasme ainsi pour un évènement "salué par la presse internationale" qui confirme "la portée symbolique et géopolitique d’un voyage historique". Mais ce moment de grâce peut-il se poursuivre par un geste magnanime envers Paris et une grâce présidentielle pour Christophe Gleizes ?

"On ne peut pas l'exclure mais, au final, cela dépendra des intérêts de l'Algérie, ses intérêts diplomatiques, ses intérêts en France et vis-à-vis de l'Union européenne", tranche Pierre Vermeren. "Mais ce jour pourrait arriver plus vite que prévu, du fait de la campagne présidentielle française, à laquelle l'Algérie accorde une très grande attention."