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"On est au début du chemin" : trouverons-nous un jour d'autres vies dans l'univers ?
Les astronautes de la mission Artémis 2 viennent de mettre le cap vers la Lune, une première en un demi-siècle. Un retour vers l'espace qui inspire à France 24 une question : où en est la science dans la quête de signes de vie extraterrestre ?
La Voie lactée est visible au-dessus de l'observatoire de Haleakala et des lumières de Kahului, à droite, le 23 novembre 2024, au sommet du parc national de Haleakala, près de Kula, à Hawaï. © Lindsey Wasson, AP

Une nouvelle page est en train de s'écrire dans l'aventure spatiale alors que quatre astronautes filent vers la Lune. Le dernier vol du genre remonte à 1972. Objectif d'Artémis 2 : préparer le terrain pour permettre à des astronautes de fouler à nouveau le sol lunaire, d'ici 2028, lors de la mission Artémis 3.

Selon les connaissances actuelles, la Lune est un caillou dépourvu de toute forme de vie. Il y a néanmoins "un lien entre le redéploiement de missions spatiales habitées et la recherche de traces de vie", commente Christian Mustin, expert en exobiologie et exoplanètes au Centre national d'études spatiales (Cnes) : un humain bien outillé cherche mieux qu'un robot seul dans l'espace. 

3,4 % de phénomènes aérospatiaux non identifiés inexpliqués

Multimillénaire, la question d’une vie extraterrestre passionne avant tout sur la terre ferme. En février, dans un podcast, Barack Obama faisait un aveu : l'ancien président américain est convaincu de l'existence d'autres vies dans l'univers. Irrité par les propos de son prédécesseur, Donald Trump promettait ensuite la déclassification prochaine de dossiers confidentiels sur les objets volants non identifiés (Ovni).

"On est au début du chemin" : trouverons-nous un jour d'autres vies dans l'univers ?
La fusée lunaire Artémis 2 de la Nasa décolle de la rampe de lancement 39-B du Centre spatial Kennedy, le mercredi 1er avril 2026, à Cap Canaveral, en Floride. © Chris O'Meara, AP

Souvent avérés humains, ces engins nourrissent fantasmes et fictions depuis l'après-guerre. Mais selon le Groupe d'études et d'information des phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan), 3,4 % des phénomènes aérospatiaux non identifiés restent inexpliqués. Et posent question, note Luc Dini, ingénieur en constructions aéronautiques  : "Qu'est-ce que c'est, d'où ça vient ?"

Les balbutiements d'une vie ancienne se seraient produits sur Mars. Mais rien ne permet d'affirmer qu'elle subsiste encore aujourd'hui.

Dans notre système solaire aussi, la présence la présence d'eau liquide sur des lunes glacées comme Encelade et Europe ou l'existence de conditions atmosphériques particulières sur Titan peuvent laisser espérer la présence de traces de vie, qui se limiteraient probablement à une vie microbienne…

Car la vie est littéralement compliquée : celle que nous connaissons sur Terre résulte d'une fascinante série de conditions. Une partie de dés, longue de près de 4 milliards d'années, où un coup joué différemment aurait suffi pour tout gâcher : nous pourrions être seuls dans le voisinage solaire, et au-delà.

"On est au début du chemin" : trouverons-nous un jour d'autres vies dans l'univers ?
Cette illustration fournie par la Nasa en 2017 représente la planète 55 Cancri e, à droite, en orbite autour de son étoile. Une atmosphère dense a été détectée autour de cette planète, deux fois plus grande que la Terre, dans un système solaire situé à environ 41 années-lumière, ont annoncé des chercheurs mercredi 8 mai 2024. AP

Mais les années 90 ont donné une crédibilité nouvelle à la quête de vie extraterrestre : cette immensité galactique est non seulement peuplée d'étoiles comme le Soleil, mais des planètes gravitent autour d'elles. La première exoplanète fut identifiée en 1995. La Nasa en recense près de 6 000 aujourd'hui.

"Impossible qu'il n'y ait pas de vie intelligente ailleurs"

Depuis la Californie, la centaine de scientifiques de l'institut Seti dédié à la quête de vie extraterrestre sondent les cieux, et les chiffres.

"Il y a des trillions de galaxies. Chaque galaxie a des centaines de milliards d'étoiles. Chaque étoile a au moins deux planètes. Et il y en a 10 % qui sont très certainement similaires à la nôtre", estime l'astronome franco-américain Franck Marchis. Sa conclusion : "Il est impossible qu'il n'y ait pas une autre vie intelligente ailleurs dans notre univers."

À ces forme de vies supposées, des messages ont été envoyés. En 1977, la Nasa glissa dans ses sondes Voyager le Golden Record. Avec du rock, de la musique classique, des sons de la nature et des salutations en 55 langues, ce disque, supposé résister aux milliards d'années, a vocation à faire connaître la culture terrienne. En vain. Pour le moment, l'univers reste muet.

Pourtant, plusieurs scientifiques l’affirment : l'absence d'extraterrestres dans l'univers "serait une absurdité statistique", comme le déclarait en 2021 l'astrobiologiste Nathalie Cabrol sur les ondes de France Inter.

Un paradoxe — celui de Fermi qui s'interroge sur l'absence de trace de vie extraterrestre — auquel la science propose plusieurs réponses. Une question de distance spatiale, d'abord : trop éloignée, une civilisation du même niveau technologique que le nôtre serait tout simplement inapte à trouver le chemin de la Terre, et de ses ondes.

La distance peut aussi être temporelle. Et si nous n’étions pas en synchronicité avec les autres formes de vie ? C'est ce qu’explique Franck Marchis : les vies intelligentes recherchées peuvent avoir disparu. Ou leur degré d'avancement nous empêche de les percevoir : "quand moi où mes collègues du Seti cherchons des signes de vie, nous cherchons une vie similaire à la nôtre. La difficulté, ce n'est pas de trouver de la vie, c'est de trouver de la vie intelligente comme la nôtre."

Découvrir une planète semblable à la Terre dans 10 ans ? 

Et nous n'avons aucune idée de ce que pourrait être une intelligence non terrestre, explique Christian Mustin : "Il y a plus de diversité dans l’univers que ne le laisse supposer l’apparente simplicité et unicité du chemin suivi par la vie sur Terre"

À défaut de saisir cette "altérité" potentielle, la science fera-t-elle au moins — dans un avenir proche — un mini-bond dans la quête de vie extraterrestre ?

Si la vitesse de nos engins ne permet pas de rêver vraiment plus grand, nos télescopes permettent de voir toujours plus loin.

"Grâce à eux, nous allons voir une exoplanète semblable à la nôtre — ce sera la première image d'un monde similaire à la Terre observée avec nos instruments. Cela se produira dans une dizaine d'années", prédit Franck Marchis.

Un "tout petit point bleuté" qui marquera des générations, poursuit le franco-américain. Elles pourront se dire "nous avons enfin un endroit où aller, pour voir un cousin, ou peut-être un être intelligent comme nous".

Une planète habitable ne signifie pas nécessairement planète habitée, tempère Christian Mustin : "On est vraiment au tout début du chemin".