
Le ministère de l'Économie et des Finances, situé dans le 12e arrondissement de Paris, le 26 juillet 2025. © Hugo Mathy, AFP
Une économie qui se retrouve "percutée par les désordres mondiaux". En France, la croissance devrait être moins bonne que prévu aux premier et deuxième trimestres, en raison d'une inflation liée à la hausse des prix des hydrocarbures, même si elle "résistera" à ce stade, a indiqué l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) mardi 24 mars.
Après une croissance de 0,5 % au troisième trimestre 2025, puis un ralentissement à 0,2 % au quatrième trimestre, l'Insee prévoit à nouveau une hausse de 0,2 % du produit intérieur brut (PIB) aux premier et deuxième trimestres 2026, est-il précisé.
C'est en-deçà de la précédente estimation de décembre : l'Insee tablait alors sur une croissance de 0,3 % au premier trimestre et autant au deuxième.
"L'environnement international a brutalement changé", a indiqué le chef du département de conjoncture de l'Insee, Dorian Roucher, lors d'une conférence de presse.
Une croissance "fragilisée"
La hausse des prix du gaz et de ceux du pétrole, "qui tutoient les 100 dollars contre un peu plus de 60 dollars" avant le conflit "propulseraient l'inflation au-delà de 3 % d'ici juin dans la zone euro comme aux États-Unis et autour de 2 % en France" au "cours du printemps", a-t-il ajouté.
Cette "brusque remontée" de l'inflation ne "contaminerait pas encore les autres secteurs" au premier semestre, sauf "le transport aérien", de par le prix du kérosène, selon l'Insee.
L'institut statistique, qui retient l'hypothèse d'un maintien des cours du pétrole autour de 100 dollars jusqu'en juin, estime ainsi que la croissance serait "fragilisée", mais "résisterait" à ce stade. "Les enquêtes de conjoncture étaient plutôt encourageantes jusqu'au déclenchement du conflit, ce qui nous fait penser qu'à très court terme, la croissance résiste grâce à cet élan de reprise qui était déjà en cours", a souligné Dorian Roucher.
Mais l'Insee prévient : une intensification du conflit, notamment en cas de destruction des capacités de production d'hydrocarbures des pays du Golfe, "conduirait à une hausse encore plus marquée des prix", avec des effets plus graves sur l'économie.
Dans le même temps, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a assuré mardi devant l'Assemblée nationale que la guerre au Moyen-Orient provoquait "un nouveau choc pétrolier". "L'hypothèse d'une crise passagère, dont les conséquences économiques s'effaceraient avec la fin des bombardements, n'est malheureusement désormais plus d'actualité", a-t-il dit devant la commission des Finances.
Quels effets sur les ménages ?
Les ménages seront touchés par le regain d'inflation, notamment leur pouvoir d'achat, qui "flancherait". "Ce sont les ménages qui paieraient à court terme la facture", a insisté Dorian Rocher.
La consommation des ménages, elle, "serait freinée", souligne l'Insee, mais l'effet "ne serait toutefois pas immédiat", car les Français atténueraient le choc inflationniste en puisant dans leur épargne.
Au premier trimestre, la consommation ralentirait nettement (+ 0,1 % après + 0,4 %), mais surtout du fait de la douceur de l'hiver. Au deuxième trimestre, le rebond serait limité (+ 0,2 %), les ménages "commençant à restreindre leurs dépenses" sous l'effet de l'inflation.
L'institut a relevé une "ruée vers les stations-service début mars", en analysant les paiements en carte bleue à la pompe. Mais il prévoit qu'elle "ne devrait pas avoir d'impact sur la consommation du trimestre, car elle serait compensée par de moindres achats sur la deuxième partie du mois".
Pour l'Insee, qui ne donne pas encore de prévision pour le second semestre, "l'essentiel des effets" de la guerre au Moyen-Orient sera "attendu en seconde partie d'année".
Avec AFP
