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Mohammad Bagher Ghalibaf : un "faucon" du régime iranien comme interlocuteur pour Washington ?
Le nom du président du Parlement iranien circule de plus en plus comme étant celui du nouvel homme fort du régime. Mohammad Bagher Ghalibaf pourrait même être un interlocuteur valable aux yeux de Donald Trump. Pourtant, il incarne la ligne dure du régime de Téhéran.

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Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement iranien, est de plus en plus souvent présenté comme le nouvel homme fort du régime, y compris pour Washington. © AFP - Atta Kenare
02:19

Donald Trump ne veut pas dire de qui il s'agit, mais le président américain a assuré, lundi 23 mars, avoir discuté avec "un homme que je crois être le plus respecté [en Iran] et qui n’est pas le guide suprême".

Malgré les dénégations iraniennes sur d’éventuelles négociations en cours pour mettre un terme à la guerre avec les États-Unis et Israël, plusieurs médias américains - dont Politico - pensent avoir une idée de celui qui se trouvait à l’autre bout du fil en Iran. "L’administration Trump considère Mohammad Bagher Ghalibaf - le président du Parlement - comme l’une des principales options pour des négociations", assure le site, citant des sources au sein de l’administration américaine.

"Mohammad Bagher Ghalibaf a, lui-même, décrit ces affirmation comme fausses et trompeuses", nuance Sahar Maranlou, experte des relations entre droit et société en Iran à l’université Royal Holloway de Londres.

Itinéraire d’un ambitieux

Mohammad Bagher Ghalibaf semble avoir pris de l'importance en Iran ces dernières semaines. Surtout depuis la mort d’Ali Larijani, l’ex-chef de la sécurité iranienne, qui était perçu comme le "nouvel" homme fort du régime après l'assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, le 28 février.

Dorénavant, l’heure de Mohammad Bagher Ghalibaf semble avoir sonné. Président du Parlement depuis 2020, ce général semble cocher toutes les cases pour devenir le nouveau visage de l’Iran aux yeux de Washington. "Toute personne qui veut pouvoir jouer un rôle de négociateur de l’Iran avec les États-Unis doit avoir la bénédiction avant tout des Gardiens de la révolution, mais aussi des ayatollah et de la frange la plus conservatrice au Parlement. Cela semble être le cas pour Mohammad Bagher Ghalibaf", assure Shahin Modarres, spécialiste de l’Iran à l’International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.

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© France 24
45:18

Ambitieux, le président du Parlement iranien parfait son CV depuis les premières heures de la révolution islamique. Né en 1961, "il a réussi à tisser ses réseaux et son influence à la fois dans les milieux militaires et sur la scène politique iranienne", souligne Mehrzad Boroujerdi, spécialiste de l’Iran et doyen du collège des arts, des sciences et de l’éducation de l’université du Missouri. Au fil de sa carrière, "il a occupé des postes à tous les nœuds stratégiques du pouvoir en Iran", précise Sahar Maranlou.

Rares sont les responsables iraniens encore en vie après les assassinats ciblés au début de la guerre au Moyen-Orient à avoir un tel pedigree. Ali Larijani avait un peu le même profil "sauf que ce dernier cherchait à tirer les ficelles en coulisses quand Mohammad Bagher Ghalibaf préfère davantage évoluer en public", note Tim Epkenhans, spécialiste de l’Iran et du monde musulman à l’université de Fribourg-en-Brisgau.

Trois fois candidats à la présidence iranienne

Il a commencé sa carrière au service de la révolution iranienne durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). "Il est devenu, à cette occasion, l’un des plus jeunes commandants des Gardiens de la révolution à l’âge de 21 ans", souligne Mehrzad Boroujerdi.

Après avoir combattu dans l’infanterie, Mohammad Bagher Ghalibaf devient pilote et il sera même nommé chef de l’armée de l’air des Gardiens de la révolution à la fin des années 1980.

En dix ans seulement, il s’était déjà fait une place de choix au sein de l’appareil sécuritaire iranien. Mais il ne s'agissait que d’un début. Après le mouvement étudiant de 1999 et sa répression, il devenait en 2000 le chef de la police iranienne, un poste qu'il a occupé jusqu'en 2005.

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© France 24
03:44

"Il a aussi codirigé Khatam al-Anbiya, l’un des plus grands conglomérat économique iranien, entre les mains des Gardiens de la révolution. Impossible d’être à un tel poste au sein d’une entreprise aussi influente et omniprésente dans le quotidien du pays sans avoir la confiance des responsables des Gardiens de la révolution", assure Tim Epkenhans.

En parallèle, il se lance dans le grand bain politique en 2005, en se présentant une première fois à l’élection présidentielle qui sera, finalement, remportée par Mahmoud Ahmadinejad. En tout, Mohammad Bagher Ghalibaf va se présenter sans succès trois fois à la présidentielle (2005, 2013, 2024), sans compter 2017 lorsqu’il se lance dans la campagne, mais décide de se retirer juste avant le scrutin.

Accusations de corruption

Il n’a pas connu que des échecs en politique. Loin de là. En 2005, il devient maire de Téhéran. "Il a occupé ce poste pendant 12 ans, jusqu’en 2017, ce qui en fait la personne qui est restée le plus longtemps maire de Téhéran", précise Mehrzad Boroujerdi.

Un poste "essentiel dans un pays aussi centralisé que l’Iran", souligne Tim Epkenhans. C’est dans ce rôle que Mohammad Bagher Ghalibaf "va se créer son réseau au sein de la bureaucratie iranienne", explique Shahin Modarres.

Son passage à la mairie de Téhéran "lui a valu de nombreuses accusations de corruption", assure Tim Epkenhans. Il a même été qualifié  de "général le plus corrompu d’Iran" par des médias hostiles au régime qui sont basés en dehors d’Iran.

Politiquement, Mohammad Bagher Ghalibaf "incarne la ligne dure du régime", assure Mehrzad Boroujerdi. Par exemple, lors du mouvement étudiant de 1999, il a cosigné une lettre de généraux menaçant de renversement le président Mohammad Khatami s’il ne réprimait pas les manifestations.

"L’équivalent de la droite populiste"

Après ce mouvement de contestation, il a aussi été placé à la tête de la police iranienne par l’ayatollah Ali Khamenei qui voulait s’assurer d’avoir un homme à poigne à ce poste.

"Il appartient à la faction des 'principles' qui représente un groupe idéologiquement très attaché aux principes de la République islamique, tout en prônant une gouvernance efficace", explique Sahar Maranlou. "En terme de positionnement politique dans le monde occidental, c’est plus ou moins l’équivalent de la droite populiste", analyse Tim Epkenhans.

De quoi faire plaisir au très populiste et droitier Donald Trump. Surtout que dans les médias occidentaux, comme Politico, il est aussi qualifié de "pragmatique ou flexible".

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Mohammad Bagher Ghalibaf : un "faucon" du régime iranien comme interlocuteur pour Washington ?
© France 24
42:27

Mais attention, "c’est un terme à prendre avec des pincettes et qui se comprend dans le contexte iranien ou l'on peut être partisan d’une ligne dure politique tout en étant prêt à des compromis pour faire fonctionner les institutions", nuance Mehrzad Boroujerdi.

Difficile, en tout cas, d’imaginer que Mohammad Bagher Ghalibaf puisse devenir la version iranienne de Delcy Rodriguez, adoubée par les États-Unis pour diriger le Venezuela à la place de Nicolas Maduro.

Pourtant, "le but serait de trouver quelqu’un comme ça qui travaillerait avec les États-Unis", assure un membre de l’administration américaine à Politico. "C’est un scénario inimaginable en Iran", assure Tim Epkenhans. "Au Venezuela, le pouvoir était plus concentré entre les mains du président, alors qu’il est plus réparti entre plusieurs organes en Iran", ajoute Sahar Maranlou.

"Si Mohammad Bagher Ghalibaf acceptait un tel rôle, il se ferait tout simplement évincer par d’autres factions en Iran", résume Shahin Modarres. Et pour lui, si les États-Unis choisissent bel est bien Mohammad Bagher Ghalibaf comme interlocuteur pour d’éventuelles négociations, "l’idée d’un changement de régime en Iran s’éloigne."